Après avoir été en contact avec une mystérieuse substance, trois lycéens se découvrent des super-pouvoirs. La chronique de leur vie qu’ils tenaient sur les réseaux sociaux n’a désormais plus rien d’ordinaire… D’abord tentés d’utiliser leurs nouveaux pouvoirs pour jouer des tours à leurs proches, ils vont vite prendre la mesure de ce qui leur est possible. Leurs fabuleuses aptitudes les entraînent chaque jour un peu plus au-delà de tout ce qu’ils auraient pu imaginer. Leur sentiment de puissance et d’immortalité va rapidement les pousser à s’interroger sur les limites qu’ils doivent s’imposer… ou pas !
Les super-pouvoirs n’ont jamais été autant à la mode et rien ne vaut les digressions de type Misfits (excellente série fantastique anglaise), dont Chronicle est le pendant cinématographique. Au contact d’un organisme non identifié, trois adolescents vont jouer aux divinités avec un sens poussé de la déraison, de l’humour et de l’innocence. Un film aussi drôle qu’empreint de gravité où de nouvelles capacités vont faire naître un dérèglement de la personnalité et des séquences mémorables. A grands pouvoirs, aucun responsabilité.
Des rêves de gosse aux couloirs du lycée, Josh Tank impose un style ultra réaliste et confirme trois jeunes talents sur le devant de la scène (Dane DeHaan, Alex Russell et Michael B. Jordan). Impeccables dans leurs rôles, les acteurs composent avec les figures imposées : le nerd puceau, la star des étudiants et le bon pote romantique. On pourra toujours reprocher au scénario d’accentuer la misère existentielle du quotidien (mère au seuil de la mort, père alcoolique et violent…) mais les trois compères sont terriblement attachants dans leur quête de liberté et de popularité. Avec ses héros blogueurs blagueurs, le cinéaste démontre comment la notoriété éphémère des teenagers est bâtie sur du vide. Chronicle est la satyre de l’ère Facebook dans laquelle on chat plus que l’on parle, où l’on tweete sans vergogne dans un fast-food émotionnel. Un fracas de mots qui ne disent rien, confinant ces dialogues virtuels à du bruit de fond. A force de regarder au travers du prisme d’une caméra, les personnages ne se voient plus.
Adepte du found footage (pellicule retrouvée dans le genre Le Projet Blair Witch), Josh Trank s’est fait connaître avec des courts-métrages usant du même artifice de mise en scène. Il explore ici toutes les possibilités de cette semi-subjectivité faisant perdre les repères à bon escient. Hormis une séquence incongrue à l’hôpital, le concept du documenteur tient la route jusqu’à un final dantesque où toutes les panoplies d’enregistrement audiovisuel sont mises à disposition du cinéaste. Téléphone portable, tablette, caméras de surveillance : Chronicle, à l’image de la mutation physique de son personnage principale, devient un patchwork convulsif et multi-réseaux. L’âme en lambeaux, Andrew (Dane DeHaan) n’est plus qu’un méta-zombie brûlé vif, un demi dieu purulent bouffé par ses propres démons intérieurs. Quand les regards du monde entier sont enfin posés sur l’adolescent en crise, c’est pour assister à une auto destruction massive.
Fascinant, dérangeant et parfois roublard, Chronicle change de peau dans une logique de démesure. D’une fable intimiste sur une amitié naissante, le long-métrage prend des allures de blockbuster apocalyptique peuplé d’images de terreurs urbaines. Vous avez dit culte ?

