[CRITIQUE] CHIEN de Samuel Benchetrit

I wanna be your dog. Jacques Blanchot perd tout: sa femme, son travail, son logement. Il devient peu à peu étranger au monde qui l’entoure, jusqu’à ce que le patron d’une animalerie le recueille.

La nature humaine a horreur du vide existentiel. On ne s’en souvient plus aujourd’hui à l’heure du grand tout numérique, mais en 1972, Marco Ferreri avait réalisé Liza, un film fort peu aimé dans lequel Catherine Deneuve remplaçait un chien pour Marcello Mastroianni et s’épanouissant dans une relation SM du genre très bizarre. Mais il est vrai, tout le monde l’a oublié. Sauf peut-être Samuel Benchetrit qui en transposant (partiellement) son roman (paru en 2015 chez Grasset et écrit au sortir d’une dépression) a manufacturé une «fable dérangeante avec des stars» sur les rapports de domination, un peu dans la même veine (et, à en juger les retours des premiers critiques/spectateurs, la même détestation).

Le chien du titre, c’est Vincent Macaigne, habitué depuis toujours aux losers mélancoliques (et magnifiques), jouant de son physique de anti-héros. Anéanti par l’humanité, son personnage rend les armes et se laisse malmener par les autres. C’est le postulat d’une métamorphose Kafkaïenne qui creuse en vrai la veine de son précédent film (Asphalte) qui prend plaisir à dégénérer dans une étonnante lenteur, comme un glissement imperceptible dans un écrin inerte. L’homme devient chien, car sa femme (Vanessa Paradis) lui annonce qu’elle est allergique à sa présence et qu’il doit s’en aller. Quand son patron le vire pour des recherches internet jugées inappropriées, il s’en fout. Quand il va prendre des cours de dressage (son chien vient pourtant d’être écrasé) et que le patron de l’animalerie (Bouli Lanners, génial as usual, JCVD était initialement envisagé) lui demande de se mettre à quatre pattes, il va chercher la baballe. Une exploration qui dérape quand Jacques/Macaigne, adoptant la posture du chien fidèle, se laisse martyriser. Comme le suggère l’affiche, montrant Macaigne les babines rouge de sang, Jacques va se transformer à terme en méchant chien. Et la prochaine étape, c’est quoi? Le loup?

Bien sûr, rien n’est parfait et ce Chien, rappelant souvent par sa roublardise ce bon vieux «cinéma sous cloche» (mais avec hélas trop d’années de retard), est sciemment crispant (comment ça, c’est fait exprès?) jusque dans sa posture punk, son côté calcul-trashouille, son côté épate-bourgeois très Yorgos-Lanthimosien (Canine, bien sûr) ou Ulrich-Seidlien (Dogs days, tiens donc) avec zones urbaines désolées inhérentes. Mais quelque chose d’assez curieux se passe malgré tout ici. Voilà un film qui n’a peur de rien, surtout pas de l’embarras ou du ridicule, qui fonce à l’aveugle, qui veut dire un malaise très contemporain par l’absurde et qui nous rappelle que le terme «cynisme» provient du grec ancien signifiant… «chien». Vu les réactions extrêmes que la blague (bonne puisque mauvaise) provoque en ces temps où l’on se choque de tout, on ne saurait trop vous conseiller d’y jeter un œil. T.A.

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