[CRITIQUE] CAFE SOCIETY de Woody Allen

Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman (Jesse Eisenberg) a le sentiment d’étouffer. Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil (Steve Carell), puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux.

Malheureusement, la belle (Kristen Stewart) n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Refusant de laisser ses films concourir pour la Palme d’or, Woody Allen reste un grand habitué de l’ouverture du Festival de Cannes: il l’a faite en 2002 avec Hollywood Ending et en 2011 avec Midnight in Paris.

Rebelotte avec Café Society, projeté hors compétition à cette 69e édition , comme l’a été l’année dernière durant le Festival son précédent film, L’Homme irrationnel, avec Joaquin Phoenix et Emma Stone.

Café Society raconte l’histoire d’un loser qui se vit winner (Jesse Eisenberg, avatar de Woody) qui se rend à Hollywood dans les années 1930 dans l’espoir de travailler dans l’industrie du cinéma, tombe amoureux d’une jeune femme (Kristen Stewart, d’une beauté à tomber) et se retrouve plongé dans l’effervescence de la « Café Society », club sélect d’artistes et de mécènes qui a marqué cette époque.

On aimerait jouer les rabats-joie, souffler d’épuisement à la vue de la typographie du générique, se lasser d’entendre les sempiternels airs jazzy et trouver bien frivole cette impression de ronronnement.

Pourtant, loin de radoter, Woody Allen propose une nouvelle variation autour de ses obsessions et, surtout, il fonctionne au désir. En d’autres termes, Cafe Society est un exemple supplémentaire de la versatilité de ce cinéaste octogénaire qui, en jouant les mêmes notes, est capable d’obtenir des effets très différents.

De la même façon qu’il filmait Scarlett Johansson dans Match Point et Emma Stone dans Magic in the moonlight avec désir et sublimation, transcendées par une caméra énamourée, Woody Allen ne résiste pas au charme ni à la beauté de Kristen Stewart.

C’est simple, les sourires de la comédienne provoquent des micro-séismes, tout comme ses regards fuyants disent quelque chose de profond.

Peut-être est-elle aussi paumée que celui qui l’aime et la bade (Jesse Eisenberg, portant des vêtements trop grands, marchant de guingois) et qui va, presque à ses dépens, apprendre à devenir un homme?

Au fond, Bobby/Jesse Eisenberg est persuadé d’être le maître du monde mais il retourne dans la famille qu’il cherchait à fuir – une famille névrosée comme on les adore chez Woody Allen.

Ne vous fiez pas à la fausse superficialité: plus on repense à Cafe Society, plus il prend de la valeurcomme un croisement entre Comédie érotique d’une nuit d’été et Coups de feu sur Broadway. Sous ses airs glam, resplendisent une réelle noirceur et un spleen Fitzgeraldien.

Passant de Hollywood à New York, opposant en ce sens deux mentalités, le film, au départ lumineux puis crépusculaire, raconte comment on passe de la flamme à la fumée, du goût du miel au goût de cendre.

Inexorablement, le film perd tout éclat, traduit quelque chose qui s’éteint, dévoré par la solitude peuplée et la tristesse secrète. Et Woody de tout faire passer: les ravages du temps, l’impasse du couple, l’amertume qui guette, les choix cornéliens qu’il importe de faire – les mêmes depuis L’aurore de Murnau, enjeux vieux comme le monde récemment réactivés par James Gray dans son sublime Two Lovers.

Et quoi de mieux qu’une fête triste pour dire à quel point on est sans doute passé à côté de sa vie?

Une vie qui aurait pu être guidée par un amour inconditionnel, qui aurait pu être ensemble, qui aurait pu être nous, semble ruminer le héros Allenien, observant celle qu’il aime s’éloigner loin de lui, en retenant sa respiration. La flamme tremble. Puis Woody souffle sur la bougie pour l’éteindre.

On en pleurerait presque, si l’humour de Woody n’était pas la politesse du désespoir.

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