« Ça tourne à Séoul » de Kim Jee-Woon: une visite fascinante des coulisses du cinéma

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Lors de la présentation de Ça tourne à Séoul à la Cinémathèque où une rétrospective lui est consacrée, Kim Jee-Woon racontait avec un brin d’émotion que la seule école de cinéma qu’il ait fréquentée avait été la cinémathèque française. À l’occasion d’un séjour en France, il y a vu des centaines de films, sans jamais imaginer qu’il pourrait un jour en réaliser un. Jusqu’à présent, il est l’auteur de 10 longs métrages, passant d’un genre à un autre avec une apparente facilité: comédie familiale (The Quiet Family), satire sportive (Foul king), horreur mentale (Deux Sœurs), western kimchi (Le bon, la brute et le cinglé), sans oublier le thriller avec le terrifiant J’ai rencontré le diable. Un tel éclectisme pouvait passer pour de la dispersion, c’est qui explique pourquoi on ne l’a pas toujours pris autant au sérieux que ses pairs, mais avec le recul, il a sa place auprès des auteurs coréens majeurs comme Park Chan Wook, Bong Joon Ho ou Lee Chang Dong.

Son dernier long métrage est assez typique avec son mélange de satire désabusée et de virtuosité technique pour proposer une réflexion sur la fabrication d’un film. Il fait vaguement penser de ce point de vue au récent Livre des solutions, mais sans la dimension autobiographique et thérapeutique. Comme dans le Gondry, un réalisateur (Song Kang-ho) n’arrive pas à admettre que le tournage de son dernier film vient de se terminer, et à la suite d’un rêve, il demande une rallonge de deux jours pour changer la fin et tourner des prises supplémentaires, qui, dit-il, feront du film un chef-d’œuvre. Il se heurte non seulement à la directrice du studio, mais aussi au comité de censure (le film se passe dans les années 70) qui soupçonne les changements d’être subversifs. Avec beaucoup de difficultés et d’astuces, il va tenter sa chance pendant deux jours de suspens et d’impondérables. Aidé par un script fluide bien qu’un peu long, Kim Jee-Woon propose une visite fascinante des coulisses du cinéma. Le parti-pris comique est décliné sous des formes multiples, de la farce alcoolisée à l’autodérision en passant par le slapstick.

Le film dans le film est un mélodrame en noir et blanc sur la trahison et l’avidité, et le cinéaste passe de l’un à l’autre avec virtuosité, exprimant ses intentions avec clarté et précision, en dépit des exagérations. L’interprétation contribue largement à la vitalité ambiante, emmenée par l’omniprésent Song Kang-Ho qui montre l’étendue de ses capacités dans le rôle du réalisateur bipolaire. D’un côté, c’est un artiste ravagé par le doute et la mélancolie (son tourment est résumé dans une séquence évoquant la relation du réalisateur avec son maître, un cinéaste mort dans de conditions dramatiques sur le tournage de son dernier film). De l’autre, c’est un artisan frénétique et prêt à tout, même à remplacer un acteur défaillant. Song Kang-Ho joue très bien le mauvais acteur, de même que Jeon Yeo-bin dans le rôle de la très velléitaire nièce de la productrice et soutien fanatique du réalisateur. Elle aussi croit pouvoir remplacer une actrice défaillante au pied levé, et sa prestation à cette occasion fait d’elle l’un des personnages les plus drôles et attachants du film. Le climax raconte avec suspens la fabrication du dernier plan du film (dans le film), tourné en plan-séquence, qui est l’occasion d’une conclusion euphorisante en forme de mise en abyme totalement raccord avec le thème. G.D.

8 novembre 2023 en salle / 2h 13min / Comédie, Drame, Historique
De Kim Jee-Woon
Par Yeon-Shick Shin, Kim Jee-Woon
Avec Song Kang-Ho, Im Soo-Jung, Jung-se Oh
Titre original Geomijip

 

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