Gloria et Frances se sont rencontrées dans les années 80. Elles se sont aimées comme on s’aime à seize ans : drogue, sexe et rock&roll. Puis la vie les a séparées, et elles ont pris des chemins très différents. Vingt ans après, Frances revient chercher Gloria..
Plus de dix ans après Baise-moi, la romancière trash Virginie Despentes tente un second passage derrière la caméra en adaptant son roman Bye Bye Blondie. Sous l’impulsion de Béatrice Dalle, elle a transformé un personnage masculin en personnage féminin (celui finalement incarné par Emmanuelle Béart). Dit comme ça, cela peut paraître anodin, mais c’est une clef pour comprendre comment fonctionne le film : comment cette métamorphose et donc cette révélation – découvrir l’homosexualité à 35 ans – vont changer le regard de Despentes sur son œuvre et ses personnages. Celle qui fut taxée de vomir sur les hommes à l’époque de Baise-moi préfère filmer des femmes entre elles, que ça plaise ou non en réunissant Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle, deux icônes des années 80 et naguère fantasmes hétérosexuels. Derrière les promesses de comédie romantique saphique, se cache une vraie méditation mélancolique sur le temps qui passe : tous les personnages sont persuadés d’avoir changé mais, au fond, ils restent les mêmes. Les flash-backs semblent maladroitement agencés mais ils assurent que le passé et le présent sont intrinsèquement liés et que rien ne peut les séparer. C’est une tendance nostalgique de l’époque : retourner vers le passé pour comprendre ce qui ne fonctionne plus aujourd’hui. Et c’est probablement la préoccupation première de Despentes vu que le film ne parle que d’elle.
La partie avec Soko – habitée et hystérique – renvoie à l’adolescence punk prolo de Virginie Despentes (l’ennui provoqué par la famille et la ville, l’hôpital psy). Celle avec Dalle et Béart parle de l’écrivaine parisienne embourgeoisée d’aujourd’hui. Au-delà de l’histoire d’amour et des retrouvailles, le décalage permet de mesurer l’évolution des deux héroïnes: l’une a socialement réussi, l’autre s’est engluée en Province. Lydia Lunch, incarnation de l’underground new-yorkais des années 80, apparaît au Pulp et reprend Avec le temps de Léo Ferré. C’est presque ironique : avec le temps, rien ne s’en va ; et c’est ce que le récit dit en substance. Bye Bye Blondie souffre des écueils propres aux films de romanciers, comme La possibilité d’une île, de Michel Houellebecq : en littérature, Despentes a les mots pour traduire ce qu’elle ressent et ne les mâche pas. Au cinéma, elle semble beaucoup moins sûre d’elle, ne maîtrise absolument pas la mise en scène – c’était déjà le défaut criant de Baise-moi -, n’a plus aucune mainmise, même si elle veille à la bande-son (Les Béruriers noirs, Parabellum, La Souris déglinguée). Ceux qui s’attendaient à du bruit et de la fureur risquent d’être décontenancés par la candeur et la retenue de Bye Bye Blondie qui, sous couvert de marginalité et de destroy attitude, véhicule une pensée mainstream.

