Tourné à la vitesse de l’éclair (seulement une dizaine de jours), Buried cherche à mettre les nerfs à vif en plaçant le spectateur dans la position d’un homme, enfermé dans un cercueil. S’il est mal exploité, ce concept aussi simple qu’efficace peut rapidement devenir un effet de manche de petit malin (un bon argument de court métrage étiré en long). Bonne pioche: le réalisateur Rodrigo Cortes n’a pas eu besoin de changer une seule ligne du scénario écrit par Chris Sparling, exploitant systématiquement toutes les ressources du suspense. Sans relâcher la tension, il a juste cherché à inventer des situations visuellement stimulantes et à miser sur l’imagination. Lorsqu’il ne se passe rien ou que l’écran devient noir, on a le temps de supposer les pires hypothèses, entre le bluff (est-il réellement en Irak?) et l’effroi (on ne distingue pas réellement la nature de la menace). L’auto-persuasion reste la grande force du récit : donner l’illusion qu’il ne se passe plus que ce qu’il en est réellement. Invariablement, les conversations téléphoniques renseignent sur l’identité du personnage principal, incarné par Ryan Reynolds, plus connu pour être le petit ami de Scarlett Johansson à la ville qu’un bon acteur et qui, pourtant, est capable de beaucoup lorsqu’il prend des risques (l’inédit et excellent The Nines, de John August).
Grâce à son implication, le film concentré sur son visage et son corps devient une manifestation de savoir-faire qui devrait mettre tout le monde d’accord parce qu’elle repose sur des peurs universelles : la claustrophobie, la menace inconnue, la solitude, l’éloignement. Au-delà de cette dimension, on peut y trouver une ingénieuse réflexion sur la communication : comment s’en servir et comment la manipuler. Sans prévenir, Buried progresse vers un climax tellement sidérant qu’il ferait presque oublier toutes les invraisemblances patentes du récit : des problèmes de communication justifiés par le stress à l’intrusion d’un serpent égaré. C’est la récompense qui donne envie au spectateur de le voir à répétition, pour disséquer les rets de la manipulation. Mais cette impression s’évanouit rapidement, dès lors que l’on comprend que ce long épisode de «Alfred Hitchcock présente», qui, selon la formule consacrée, «ne prétend à rien d’autre que divertir», s’autodétruit aussi vite qu’il se consomme.

