[CRITIQUE] BRONSON de Nicolas Winding Refn

Nicolas Winding Refn a beaucoup appris avec l’expérience américaine de Inside Job et surtout avec Pusher, la trilogie qui l’a révélé de manière fulgurante. Le premier volet était un succès inattendu au box-office Danois et les deux autres, montés uniquement pour éponger une dette d’un bon million de dollars, ont été des réussites artistiques qui laissaient promettre le meilleur pour la suite. Contrairement aux apparences, Bronson, son nouveau long-métrage, n’est pas un biopic sur l’acteur qui fit le justicier dans la ville mais sur un homme de rien, seul avec ses rêves de gloire, incarcéré en 1974. Depuis, il a été condamné à perpétuité pour une série d’agressions envers les codétenus et les gardiens. Avec ce tour de force esthétique sidérant, NWR s’est surpassé.

Depuis le début de sa carrière, Nicolas Winding Refn s’intéresse à des protagonistes qui veulent s’affranchir de leur environnement. Chez lui, deux extrêmes s’opposent : soit les personnages se laissent anéantir par une force aussi invisible qu’aliénante (Inside Job) ; soit ils se vengent de manière radicale pour survivre (Pusher 2). Selon son propre aveu, son parcours de cinéphile suit le même principe : il aime autant le cinéma trash des années 70 que les comédies romantiques Hollywoodiennes, le nihilisme que le rose bonbon, le coup de poing que la camomille, mais pas les zones intermédiaires. Bronson descend de la veine sale de Pusher où un Sisyphe cherche son identité dans un monde dépressif, proche de Alan Clarke et Lindsay Anderson. En surface, ça ressemble à un remake déglingué de Orange Mécanique jusque dans la construction bipartite du scénario. Dans un premier temps, il retranscrit de manière subjective ce qui se passe dans la tête de Bronson en suggérant que l’oppression carcérale agit comme un refuge mental. Ensuite, il le confronte au monde extérieur en plaquant le regard que ceux qui le croisent portent sur lui. En profondeur, la mécanique est plus complexe.

Nicolas Winding Refn renvoie à la culture underground des années 60-70 qu’il connaît sur le bout des doigts, en empruntant des idées à Kenneth Anger et à Paul Morrissey. Chaque séquence, autonome, est un concentré de tension qui agresse comme une suite ininterrompue d’uppercuts. Derrière les barreaux ou en liberté, dedans ou dehors, Bronson doit toujours se battre pour revenir à la case départ. Parallèlement, il fantasme une vie de star qui se produit sur scène, devant une foule irréelle sortie d’un film de Roy Andersson, où il peut exprimer ce que personne ne sait voir sous son apparence monstrueuse. Lors de la sortie du premier Pusher au cinéma, certains spectateurs avaient héroïsé le parcours du personnage principal en le considérant comme un nouveau Tony Montana. On retrouve cette même ambiguïté morale dans Bronson mais il ne faut pas tomber dans ce contresens. Loin de la glorification, il y a avant tout une dimension tragique inéluctable. Lorsque vers la fin, Bronson essaye de reproduire un tableau de Magritte en utilisant le corps d’une victime, il oublie presque que son corps sculptural reste sa plus belle œuvre d’art, autant qu’une arme aussi dérisoire que magnifique, transformant des combats pugilistiques en ballets sanglants. Un peu comme Kenneth Anger dans Scorpio Rising, Nicolas Winding Refn va jusqu’à érotiser ce bloc de virilité. Les personnages que Bronson rencontre à sa sortie de prison représentent des créatures efféminées qui veulent soit le baiser, soit l’exploiter. La fille dont il tombe amoureux ressemble à un ange qui aurait pu le sauver, mais elle préfère lui donner son corps et non son cœur. Winding Refn, plus que jamais conscient qu’il va déconcerter une bonne partie du public, réussit à faire ce que seul Crispin Glover propose aujourd’hui en tant que cinéaste : modeler une œuvre à la fois extrême, référencée et inédite. Il aurait certainement adoré la réaliser dans les années 70 avec Malcolm McDowell dans le rôle principal. Mais en ours moustachu tragicomique qui n’arrive pas à danser sur un morceau des Pet Shop Boys, Tom Hardy est phénoménal.

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