Années 70. Abandonné étant bébé dans sa petite ville natale irlandaise, Patrick Braden, un jeune travesti attendrissant, plein d’esprit et à la dureté trompeuse, se rend compte très tôt qu’il est né dans le mauvais corps. Il survit à cet environnement très rude grâce à son esprit, son charme et à son refus total de laisser quiconque ou quoi que ce soit changer qui il est vraiment. Mû par le désir irrépressible de retrouver sa mère en vue d’une réconciliation, il s’installe à Londres. Une série de mésaventures tendres et hilarantes s’ensuit, et Patrick (ou Chaton, comme il préfère se faire appeler), finit par trouver l’amour et le bonheur dont il a tant besoin.
Dès les premières images, on pense beaucoup à la comédie musicale glam-rock Hedwig and the angry inch (quête identitaire flouée, importance sacrée de la musique…). Puis, de moins en moins. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à voir. Le parcours du personnage principal est encore plus rocambolesque, voire même trop (trop de péripéties causent l’épuisement de la rétine, trop de personnages secondaires peu ou prou inexistants soulignent que le film pèche par excès). A bien des égards, Jordan aurait sans doute gagné à épurer son style – du côté de la bande-son aussi, qui impose une très lourde présence. Mais ce qui est plus gênant dans Breakfast on Pluto, c’est la propension du cinéaste à recycler les mêmes sujets tout en faisant des films totalement différents. On a l’impression de voir le reader digest du réalisateur (tout ce qu’il a déjà fait est condensé en un laps de temps remarquable) avec une bonne louche de Crying game (toile de fond politique, twist fracassant en milieu d’histoire, même Stephen Rea qui tombe amoureux d’un androgyne sans le savoir…). Cette impression de rabâchage voire d’autocitation est légitimement tannante pour ceux qui connaissent déjà le travail de Jordan. Cillian Murphy maintient le film hors de l’eau par la simple fièvre qu’il dégage.

