BRAQUER POITIERS (59’): Thomas et Francis braquent Wilfrid, propriétaire d’un ensemble de carwash. Contre toute attente, celui-ci se montre ravi de cette compagnie venant égayer sa vie solitaire, et les autorise à piquer dans la caisse. Bientôt, Hélène et Lucie, deux copines du Sud, les rejoignent pour profiter de l’été à Poitiers.
WILFRID (26’): Wilfrid ne supporte plus sa solitude, quelque chose doit changer. Il faut forcer le destin afin de faire apparaître la communauté désirée…
Encore une comédie belge bedonnante avec des queues de cheval au coeur tendre et un scénario tout en déglingue? Oui mon neveu, mais pas que! Auréolé d’un Prix Jean Vigo que pas grand monde avait vu venir, ce moyen-métrage de Claude Schmitz transformé en long lorgne plus du côté du film de vacances, où l’on chante Brel à tue-tête à l’heure de l’apéro estival, que du classique film de braquage. Les deux malfrats bruxellois sont de toute façon trop peu entreprenants pour mettre à bien leur plan initial, et la victime, un Wilfrid impavide qui préfère discuter hortensias avec ses deux séquestreurs, n’affiche pas la moindre résistance…
Il y a évidemment du Pigeon de Mario Monicelli là-dedans (1958), à qui on aurait greffé l’humeur champêtre de Rozier et de Stévenin (voyez comme les références choisies sont élégantes). Car le film prend son temps, dévie volontairement de sa ligne quand deux fausses cagoles posent leur valise dans la maison. Et s’amuse à confronter plusieurs solitudes, ici dans le Sud-Vienne, à quelques 350 kilomètres de nos comédies d’appartement parisiennes qui préfèrent parler des tarifs prohibitifs pratiqués par les nounous du coin. Si l’expression « bouffée d’air frais » est souvent galvaudée, elle s’applique parfaitement ici, tant il réussit son pari formel.
Dans notre bilan du cinéma francophone 2018, nous vous parlions des Films de l’été, double programme (Rien sauf l’été de Claude Schmitz + Le film de L’été d’Emmanuel Marre) sorti par L’Agence du court métrage au mois de… janvier de la même année. Ravis de constater qu’en moins de deux ans, les deux cinéastes se sont imposés comme des brillants auteurs avec qui la cinéphilie de ces prochaines années va devoir composer. Longue vie au cinéma belge de France, ou l’inverse, on ne sait plus trop! G.R.