[CRITIQUE] BLACK PANTHER de Ryan Coogler

C’est l’histoire de la viiiiiiiie. Après la mort de son père dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier…

Pas la révolution black power tant espérée: ce n’est que du pur divertissement dans les règles du divertissement Marvel. Et c’est déjà pas si mal compte tenu la médiocrité et l’uniformité des blockbusters actuels. Créé dans les années 60 par Stan Lee et Jack Kirby, Black Panther, le super-héros africain, a enfin son film dédié dans la très lucrative série de productions Marvel et il se distingue d’emblée dans cet univers où chaque super-héros blanc arbore un marteau, une armure ou un bouclier pour se défendre. C’est pour cette raison que le dix-huitième film de l’univers cinématique Marvel tourne carrément au phénomène culturel aux États-Unis. Aux commandes, se trouve un jeune metteur en scène afro-américain plutôt doué: Ryan Coogler, à qui l’on doit le réussi Creed et le manichéen Fruitvale Station, bien entouré qu’il est du gotha des acteurs afro-américains (Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Angela Bassett, Forest Whitaker, Daniel Kaluuya…). Dans une Amérique gouvernée par Trump qui a utilisé des mots infâmes pour se référer aux nations africaines et à Haïti, dans ce pays concerné par le mouvement Black lives matter (mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre les violences et le racisme), Black Panther tombe pile poil où ça chauffe. Confirme-t-il tous les espoirs placés en lui? Partiellement.
Le spectateur, conscient de tout cela, peut – et on a presque envie de dire « doit » – faire fi de cette dimension monumentale, trop écrasante pour le film lui-même auquel on pourrait reprocher un étonnant manque d’ampleur comme d’audace. Black Panther s’apprécie mieux comme un simple divertissement de super-héros moyen, singulier dans son ambition mais banal dans ses enjeux, avec les scories habituelles (scènes d’action trop découpées, problèmes de rythme, images de synthèse parfois bof, climax inter-tribal décevant…) et les qualités indéniables (personnages féminins vraiment bien écrits, course-poursuite redoutablement efficace en Corée, choix du divertissement qui ne rechigne pas devant le spectacle et qui a-des-choses-à-dire-sans-les-dire-trop-fort). Dès son incipit, la super-production lorgne plus du côté du renouveau du cinéma afro-américain des années 90 (le cinéma de Spike Lee, Boyz N the Hood, Menace II Society etc.) que de la blaxploitation (Ryan Coogler appartient vraiment à une autre génération). Bien malin, le scénario cosigné avec Joe Robert Cole (American Crime : The People Vs OJ Simpson) raconte une guerre de succession sur fond de trahison familiale Shakespearienne et témoigne, en filigrane, aussi bien de l’Amérique des années 80 et 90 que de l’Amérique de Trump, thématiques afférentes. En effet, le choix du jeune réal de Fruitvale Station est cohérent et c’est ambitieux que de vouloir un aussi gros block-buster (à la fois divertisseur, sociopolitique, africanisant…) mais ça l’est sans doute trop et le soufflé finit par retomber.
D’un point de vue cinématographique, on se laisse d’abord séduire par la perspective de jouir de ce décorum, de cette peinture du Wakanda, contrée africaine imaginaire qui aurait gardé sa richesse (le vibranium, un métal extrêmement rare permettant de devenir une civilisation technologiquement très avancée) sans les ornières de la colonisation mais sans pour autant la partager au reste du monde. C’est une toile de fond utopique et passionnante, complexe et propre à l’afrofuturisme mais pas encore « cinématographiquement » exploitée, sans doute pour en donner plus dans le prochain Avengers. Sans doute par souci de clarté, Cooger en néglige le rythme rendant toute la première partie languissante. Niveau interprétation, Chadwick Boseman assure le job dans la peau du super-héros vertueux qui, avant de sauver le monde, veut avant tout préserver son peuple, sa culture et ses valeurs, mais Michael B. Jordan lui vole la vedette en enfant prodigue vindicatif et rival, ruminant un trauma familial, réussissant à apporter toutes les nuances qu’un personnage si casse-gueule et si archétypal nécessite. On regrette, en aussi bonne compagnie, que certains personnages passent à la trappe comme Klaw, ce trafiquant sud-africain joué par Andy Serkis, pas assez fouillé. Semi-ratage ou semi-réussite, le fan choisira son camp. Mais il fallait tenter le pari. Ce qui fait le plus plaisir à voir, c’est la jubilation évidente de Ryan Coogler qui joue avec sa caméra sans mesurer les conséquences. A la manière d’un enfant jouant avec son train électrique de luxe.

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Date de sortie 14 février 2018 (2h 15min) / De Ryan Coogler / Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong'o / Genres Action, Aventure, Science fiction, Fantastique / Nationalité américain[CRITIQUE] BLACK PANTHER de Ryan Coogler
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