[QUE LE MONDE EST PETIT] Toujours aussi insaisissable, ce Robert Zemeckis qui sur ce coup tente de nous refaire le coup du true story avec, grosso modo, l’imagination de son successful Forrest Gump et une utilisation consommée de la performance capture, son dada de toujours, quinze ans après Le pôle express, et donc un principe: utiliser ses acteurs comme des poupées. Force est de constater que le sujet de Bienvenue à Marwen s’y prête bien: Z raconte l’histoire vraie de Mark Hogancamp (Steve Carell), photographe victime d’une amnésie totale après avoir été sauvagement agressé parce qu’il a eu le malheur de confier son goût pour le transformisme. En guise de thérapie, il se lance dans la construction de la réplique d’un village belge durant la Seconde Guerre mondiale avec un double héroïque, des GIs, des SS et des amazones (les femmes qui lui témoignent au quotidien de l’affection deviennent des Barbie girls qui sauvent de tout). Ainsi, en traitant du chaos mental sous la forme d’un film d’action spectaculaire, il nous fait le panégyrique de l’imaginaire et de l’art consolateur sur le réel dévastateur. Le bon vieux principe de la catharsis, donc. Visuellement, pas de doute, avec ce mélange d’animation et de prises de vues réelles, c’est le chewing-gum de l’œil. Zemeckis s’éclate réellement à mettre en poupées ses actrices comme les affrontements à Marwencol et, en cédant à l’autocitation comme signature (Qui veut la peau de Roger Rabbit?, entre autres), il sous-tend évidemment à quel point tout cela lui parle intimement. On le comprend et il émane de ce lien quelque chose d’assez beau, aussi bien dans son rapport à l’art que dans son rapport aux femmes. Certes, les séquences dans le monde dit réel et ses tensions inhérentes (la toile de fond des suprémacistes blancs) sont exécutées avec moins d’enthousiasme, freinant les ardeurs; tout simplement parce que ça ne l’intéresse pas. Et certes aussi, c’est parfois écrit avec des semelles de plomb. Mais le résultat reste malgré tout notable (c’est pas la catastrophe Alliés), plus téméraire qu’on le pense dans son entreprise (ceci expliquant l’échec au box-office US), trouvant dans son déséquilibre narratif un reflet de l’intériorité tourmentée d’un personnage principal aussi ambigu que passionnant. J.F.M.
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