[CRITIQUE] BENEDETTA de Paul Verhoeven

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore. Virginie Efira joue Sœur Benedetta, jeune femme persuadée d’être en communication directe avec Jésus. Grâce aux miracles qu’elle semble accomplir, elle gravit les échelons dans sa communauté religieuse de Toscane, corsetée par la morale biblique (« Ton pire ennemi, c’est ton corps« , lui dit-on le jour de son arrivée) mais qui n’échappe pas à la corruption, en pleine épidémie de peste. Les choses basculent lorsqu’une jeune femme pauvre, violée par son père, soeur Bartolomea, trouve refuge dans le couvent et rentre dans les ordres. Entre les deux religieuses naît une passion amoureuse intense et charnelle, évidemment condamnée par l’Eglise. Benedetta résiste, forçant même Bartolomea à plonger ses mains dans l’eau bouillante pour la châtier puis succombe… avec la bénédiction de Jésus, qui la guide. Une histoire qui s’inspire d’un véritable procès d’une nonne lesbienne, qui s’est tenu au Moyen-Âge et dont les minutes, document rarissime, ont été conservées aux archives de Florence et redécouvertes par une historienne américaine, Judith C. Brown.

Qu’est-ce qu’on l’a attendue, la Benedetta! Repoussée sans cesse d’un Cannes à l’autre, et au milieu la santé vacillante de notre Paulo. Pas de film maudit s’il vous plaît, juste un maudit film. Et sans surprises, c’est le gros bis qui éclabousse Cannes de tous ses fluides: celui qui fait fuir les mamies égarées et déçoit ceux qui en attendaient une grande fresque Césarisable. Comme pour Elle, les approximations du passage du Hollandais en France (interprétation inégale, plastique fragile) finissent par nourrir la bête, lui donnant une allure de farce totalement recherchée, avec comme toujours cette frontière réjouissante et parfois floue entre premier et second degré (z’avez vu Showgirls, non?).

Stigmatisée et bénie, Sœur Benedetta (Virginie Efira, le soleil de toutes les nuits) devient la première fan girl de Jésus (qu’elle imagine comme un chevalier blanc au sexe indéterminé tout droit sorti d’un Harlequin), fait tirer la tronche à l’abbesse (Charlotte Rampling, toujours avec l’accent bwritsh au fin fond de l’Italie, aurait été remplacée par Franca Stoppi il y a 40 ans) et gravite les échelons de bénitiers tout en s’amusant au pieu avec sa protégée (délicieuse et diablotine Daphné Patakia, découverte dans la série OVNI(S). C’est un peu Nomi Malone à la messe, où la quête de gloire a été remplacée par celles de la jouissance et de la foi. Verhoeven brasse tout ce qui l’éclate (le monde du mensonge, le double tranchant du sacré, l’érotisme frontal, le féminin qui déborde, la trivialité scato…), ramène le sexe autant à sa dimension ludique (cyprine et vierge de bois, on adore) qu’à sa toute-puissance, et comprend très bien là où voulait en venir le nunsploitation (coquinou qu’il est, il a bien dû en voir).

Derrière les coups de fouet, les galipettes derrière les murs de pierre et les scènes de tortures, c’est aussi un moyen de parler de la condition des femmes contre la mainmise des hommes, de la sournoiserie du clergé, de la complexité dans la croyance… tout en échappant aux clichés de rigueur (les mères supérieures sadiques, les prêtres violeurs et on en passe) et en ne tombant jamais dans le piège de la gratuité, jusque dans une critique brillante de l’église, jamais bêtement anticléricale, qui entretient l’ambiguïté de son personnage principal, comprend ses adversaires et touche là où ça fait mal (antisémitisme et avidité, entre autres). Le réalisateur de La chair et le sang (film auquel on compare un peu trop Benedetta) y apporte toute sa passion pour l’histoire, son intelligence et son humour, d’ailleurs à deux doigts du camp qui tâche (Efira, possédée et la bave aux lèvres beuglant: ELLE DOIT SE FLAGELLER! – on est là pour ça oui les enfants). Et on le sait Verhoeven n’a peur de rien, ni des représailles, ni du grotesque: c’est du divertissement européen et déviant comme on n’en ose plus, avec du souffle, du sale, du grand-guignol et de la malice. J.M.

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9 juillet 2021 en salle / 2h 06min / Drame, Historique De Paul Verhoeven Scénario: Paul Verhoeven, David Birke Avec Charlotte Rampling, Virginie Efira, Hervé Pierre[CRITIQUE] BENEDETTA de Paul Verhoeven
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