Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment « la Medusa ». Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire.
Ne vous fiez pas aux citations de Mad Max et Mad Max 2 – le seigneur Humungus nommément cité dès l’introduction – ni même à l’accroche trompeuse d’énième produit de petit malin geek brodant sur un sujet à la mode (la fin du monde). Bellflower est sans doute trop louche pour être honnête, un poil opportuniste ; mais, derrière son style clinquant et sa pose arty, il s’avère faussement cool. Progressivement, le film révèle sa réelle nature de périple mnémosensoriel trempé dans l’acide du temps avec des répétitions, des ralentissements, des impressions de déjà-vu. Le dessein, c’est de traduire les répercussions d’une désillusion amoureuse chez deux personnages masculins, nihilistes et immatures, qui refusent les contingences du monde adulte et découvrent une autre «fin du monde» (pas celle qu’ils espéraient). Ils souffrent du syndrome «Star Wars» : leur amour de la contre-culture les fige dans un éternel état d’adolescents immatures, bulle sensible qui les conserve dans une illusion loin de la réalité. C’est donc un film sur les geeks mais pas pour les geeks.
Derrière ce fantasme d’apocalypse mondiale, il y a une évidente culture cinéphilique, un tempo propre aux road-movie existentialistes de Monte Hellman dans les années 70 (Macadam à deux voies), une mélancolie souterraine que l’on retrouvait dans les requiem pop de Gregg Araki période Doom Generation et Nowhere, autre cinéaste hanté par l’Apocalypse. Pas de zombies ni de vampires, mais du fantastique adulte où l’adolescence se fane et les blessures marquent à vie. La seconde partie fonctionnant comme une Odyssée intime est sans doute plus fragile, d’autant que le scénario s’enroule sur lui-même, remonte et descend le temps. En bon fétichiste de la nostalgie, Evan Glodell (acteur, réalisateur, scénariste, monteur, producteur etc.) ose de vraies expérimentations d’alchimiste ; et, s’il se manque, il trouve toujours le moyen de rebondir et réussit à fabriquer de l’universel marginal, à une heure où le cinéma indépendant crève la gueule ouverte. On aimerait que d’autres jeunes auteurs le suivent dans cette alternative on ne peut plus salutaire.

