Ils sont revenus. Après une terrible tragédie, la famille Deetz revient à Winter River. Toujours hantée par le souvenir de Beetlejuice, Lydia voit sa vie bouleversée lorsque sa fille Astrid, adolescente rebelle, ouvre accidentellement un portail vers l’Au-delà. Alors que le chaos plane sur les deux mondes, ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un ne prononce le nom de Beetlejuice trois fois et que ce démon farceur ne revienne semer la pagaille…
Les retrouvailles de la famille Burton. Dans les années 80, Beetlejuice premier du nom ne ressemblait à rien de connu. Entre deux commandes où il prouvait qu’il savait marier avec beaucoup de succès ses petites manies à travers des personnages pré-existants (en l’occurrence dans Pee Wee Big Adventure en 1985 et Batman en 1989), Burton s’était alors servi du personnage de Beetlejuice pour ouvrir grand le rideau sur son train fantôme intérieur. Soit une cour de récréation au rendez-vous de la mort joyeuse où Mario Bava, Chuck Jones et l’expressionnisme allemand se claquaient la bise à répétition. Un conteur au tempo comique démentiel (l’utilisation de la chanson Day-Oh) et aux images biscornues plein la caboche était né. Édulcorant à l’époque un scénario de Michael Mcdowell (écrivain horrifique oublié, mais réhabilité depuis quelques années chez la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture), Burton avait rapidement abandonné toute idée de sequel, en particulier un Beetlejuice à Hawaï qui a eu la sagesse de ne jamais se faire. Seule était restée cette série animée des années 90 où Beetlejuice perdait son statut d’antagoniste et tapait son meilleur five au personnage de Lydia. Une excuse pour développer un univers haut en couleur à peine entrevu dans le film et faire un peu de merchandising aussi…
Voir Burton revenir sur son film le plus représentatif, plus de 35 ans après, sonne à la fois comme une facilité et un manque d’estime. Cela fait bien vingt ans que ce cinéaste a baissé les armes, slalomant entre divertissements exsangues et catastrophes totales. Son improbable Dumbo sous-entendait que l’homme aux cheveux ébouriffés savait, entre deux spasmes, encore à peu près ce qu’il faisait: au milieu d’une production ultra-calibrée, l’ancien outsider de Disney revenait au bercail et s’y glissait comme un cheval de Troie pour tirer sur la maison mère de Tonton Walt! Reste qu’après Mercredi pour Netflix, l’existence même de ce Beetlejuice Beetlejuice faisait peur à frémir. Le résultat est à la hauteur des non-espérances: c’est un film de papi se croyant encore cool, écrit à la truelle et recyclant 90% des gags visuels du premier opus.
Comme beaucoup de ses prédécesseurs tentant de retrouver l’élan du passé, Burton se contente de poser un calque sur le film d’origine. On excuse, à la rigueur, le générique en miroir, reprenant quasi la même mise en scène que celle du premier film. Mais si Catherine O’Hara et Michael Keaton, déchaînés, réussissent à nous faire croire que rien n’a changé, tout le reste s’avère quand même beaucoup plus difficile à gober. La faute aux nouveaux seconds rôles, médiocres et peu inspirés, quand ils ne sont pas insupportables (Justin Theroux et William Dafoe, au secours!) ou cosmétiques (le personnage de Monica Bellucci, entre la new Lisa Marie et la Sally de L’étrange Noël de Monsieur Jack, ne sert à rien). Si les scènes dans l’au-delà ont beau offrir quelques jolis maquillages et trouvailles à l’aune du « Soul Train », dès qu’on retrouve le monde des vivants, on grince des dents. Même l’économie de CGI, qui aurait dû ravir à cette suite, n’y change pas grand-chose. Plus étonnants en revanche sont ces hommages à Mario Bava (avait-on besoin de savoir que Beetlejuice était italien d’ailleurs?) avec un flash-back façon Masque du démon ou à… Brian De Palma (!) dans une dernière séquence aussi démente que malade… Quelques traces de folies qui clignotent et subsistent malgré tout dans cette suite pas aussi baroque que prévu, parfois même gênante (l’interminable scène musicale sur MacArthur Park!) et fainéante (Jenna Ortega reprenant quasiment le même rôle que celui dans Mercredi…). Pitié, ne prononcez surtout pas son nom une troisième fois…
2.0 out of 5.0 stars11 septembre 2024 en salle | 1h 44min | Comédie, Fantastique, Epouvante-horreur De Tim Burton | Par Alfred Gough, Miles Millar Avec Michael Keaton, Winona Ryder, Jenna Ortega |
