[CRITIQUE] BATAILLE DANS LE CIEL de Carlos Reygadas

Marcos, le chauffeur d’un général, est hanté par l’issue tragique d’un enlèvement d’enfant qu’il a perpétré avec sa femme. Fragilisé, il se confesse à Anna, la fille de son patron… On se calme et on boit frais, surtout devant un film de Carlos Reygadas, provocateur en chef où rien ne sert de s’exciter. Quelques mois après son micro-scandale cannois où ça applaudissait ou huait selon l’humeur, Bataille dans le ciel gagne sans doute à être revu avec plus de sérénité, sans les gens autour qui hurlent, en considérant ses petites provocs comme un joli vernis spectaculaire et en écoutant plus attentivement un discours aussi fascinant qu’équivoque sur la culpabilité et la rédemption, magnifié par sa mise en scène, impressionnante, et ses interprètes, courageux. Ce que certains n’ont pas pardonné à Reyagdas, c’est sa vraie prise de risque. Sa dissection du conflit d’un être humain, tiraillé entre ses actions et sa nature. Pour cela, Reygadas part d’un phénomène courant au Mexique, les enlèvements, puis tente d’apporter des solutions en s’intéressant aux corps et à la religion. On pourra le trouver bien présomptueux tant, à travers chaque personnage, chaque situation, chaque dialogue, Carlos Reygadas enfonce les clous de son spectacle et lui donne des allures de parcours mystico-sexuel, riche en symboles, dans un monde dépourvu de spiritualité. Le film ne cherche pas à être aimé et détruit les clivages sociaux pour retranscrire un chaos latent et un monde pourri sur le point d’exploser. Sa radicalité mérite le respect. Seulement, si Japón donnait à penser que le cinéaste mexicain avait des choses à dire et à montrer, cette fois-ci, il pèche par excès. Le film finit comme il a commencé, il faut voir tout ce qui s’est passé. Ce bel objet glacé et brûlant comme l’enfer s’appréhende mieux lors d’un second visionnage. Clairement, des films qui divisent à ce point, suscitent la haine et réussissent à déranger, ne sont pas légion. Dommage que les ombres tutélaires de Pasolini, Rossellini, Buñuel ou même Bresson hantent la narration de manière ostentatoire et renforcent un peu la prétention. Mais Reyagdas sait filmer. Grand et beau.

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