[CRITIQUE] BAS-FONDS de Isild Le Besco

A la base, il y a un fait-divers survenu en Auvergne il y a huit ans : trois jeunes femmes sont arrêtées pour avoir tué en pleine nuit un boulanger d’une décharge de chevrotine. En tant que réalisatrice, Isild LeBesco travaille des obsessions (la marginalité, l’abandon, les pannes, les outlaws) avec un style abrasif dont l’équivalent US pourrait être Harmony Korine (Gummo). En proposant d’aller au-delà des apparences, elle enregistre le suicide social de trois girls interrupted (une beauté gâchée, un ogre vociférateur, une sœur simplette), décrites comme des «bouts de viande», en marge de la civilisation. Entre elles, les désirs ne se mélangent plus – deux d’entre elles sont amantes – et la misère affective se compense sexuellement (un mec trouvé au hasard, dans un bar) ou pas (un clébard arraché à son propriétaire).

A travers différentes variations d’intensité (avant, pendant, après le meurtre), Le Besco questionne notre perception : d’où sortent ces fauves orphelins, lâchés en pleine nature? Comment juger ce qui ne nous appartient plus et ce que l’on ne comprend plus? Moins à la recherche d’une séduction plastique que d’un cinéma primitif disséquant la pulsion animale, elle montre comment le monde traverse ces filles et comment elles finiront par traverser le monde avant de s’en exclure. En dépit d’effets arty dispensables (les poèmes clamés à l’aube, avec une voix d’outre-tombe, dans une forêt gothique), cette heure de trouille où se cognent des blessures assassines, des amours chiennes et des peurs indicibles percute violemment au-dedans. D’autant qu’au moment où l’on n’attendait plus rien des monstres, Le Besco leur rend un nom, une famille, un visage, un souvenir, une caresse, une illusion. Avant de devenir des bêtes blessées, elles ont cru aux contes de fées.

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