Comme une large majorité de nos respectables confrères (Libé, Cahiers du cinéma…), Chaos n’a pas été invité aux projections de presse de Barbie, la Warner considérant que, comme les médias suscités, les 50.000 lecteurs uniques qui viennent chaque mois sur ce site n’avaient pas besoin de connaitre notre point de vue sur le gros film bonbon rose de l’été. Une tempête dans un verre d’eau pour les critiques de cinéma capricieux? Pas si sûr… Non pas que nous soyons attendus au tournant sur un tel film, même si sur le papier, il avait clairement du potentiel dans le registre chaos-pink avec Greta Gerwig, venue du serail indé (Baumbach, Solondz…) aux commandes de cette grosse machine de luxe. Mais, pour la simple profession de critique cinéma, qu’autant de titres de presse aient été bannis des projos de presse (?) renseigne un peu beaucoup trop sur la manière dont les majors considèrent ce métier, et l’on s’étonne que le bien nommé Syndicat de la critique de cinéma ne s’en étonne pas plus. Car il s’agit bien là d’un cas inédit en termes de tartufferie, justifiant l’ire d’une bonne partie de la critique cinéma française qui, parce qu’on l’empêche de faire son métier, a bien raison d’ouvrir sa gueule: une enquête de Arrêt sur images met en lumière la méthode du studio (seuls les critiques jugés « collaboratifs » ont eu le droit de voir le film en « projection presse ») et à quel point certains médias, moins scrupuleux, auraient joué à un petit jeu malsain de pacte morbide (on laisse découvrir ici, en payant, c’est non seulement fouillé, mais aussi et surtout accablant). On attend une réaction dudit studio et des intéressés. Mais si tout cela est avéré, cela tient tout simplement d’une transgression de la déontologie, celle qui existe pour donner des repères et prévenir les abus. Libre aux lecteurs de continuer à acheter ou de sanctionner. Reste que, de manière générale, ces grands studios ne devraient pas oublier cette règle élémentaire: un film sans regard critique est un film mort. A.V.
