Bizarre, toujours aussi bizarre. Alors que Narumi et son mari Shinji traversent une mauvaise passe, Shinji disparaît soudainement et revient quelques jours plus tard, complètement transformé. Il semble être devenu un homme différent, tendre et attentionné. Au même moment, une famille est brutalement assassinée et de curieux phénomènes se produisent en ville. Le journaliste Sakurai va mener l’enquête sur cette mystérieuse affaire.
Nos cinéastes français obligatoires seraient inspirés de s’inspirer de Kurosawa. La créativité féconde d’un Kiyoshi Kurosawa et la distribution plutôt rapprochée de ses derniers films donnent l’impression d’un auteur stakhanoviste, s’attelant, avec la même diversité de ses débuts, au drame spectral à la française (Le mystère de la chambre noire), à la romance fantastique (Vers l’autre rive) ou au thriller crépusculaire (Creepy). Moins d’un an après la sortie de ce dernier, l’auteur de Cure et de Tokyo Sonata est de retour sur les écrans. Preuve supplémentaire de sa vigueur protéiforme. Tout ça, avec une comédie romantique de science-fiction aux élans philosophiques. Avant que nous disparaissions. Titre français plus lyrique que l’original Les envahisseurs en promenade (Jean Girault approved)!
Pour la faire courte, à la base du scénario: 3 extraterrestres sont envoyés en reconnaissance pour préparer l’invasion de la Terre. Chacun s’accapare le corps d’un terrien et vole des concepts aussi vastes que «la famille», «l’amour», «la propriété», «autrui» à d’autres autochtones terrestres. Tout ça pour que s’épanouisse une galerie variée de cinq personnages. Et que se croisent différents genres dans lesquels, fort de son expérience, Kurosawa excelle avec une aisance d’artisan aguerri. Dynamitant le fil désormais pantouflard du body snatcher movie. Sans toutefois aller jusqu’à en réinventer les formes ni à trouver un nouvel épanouissement esthétique à son style. L’humour couleuvrine permet à Kurosawa de s’extraire de la morosité de ses dernières œuvres et d’ôter au genre un certain sérieux pour le rapprocher des belles heures d’un Carpenter (Invasion Los Angelesen tête).
La belle et singulière idée du Sensei (qui signe là son 32e long de cinéma, sans compter ses épisodes de TV et ses courts-métrages) est de faire de cette invasion alien une histoire de compagnonnage aux ressorts philosophiques. Affilié à leur «guide», des terriens qui les accompagnent et les initient, ils découvrent les grands thèmes de l’expérience humaine. Tout cela mâtiné de gunfights, de course poursuite, d’explosions et de romance. Un apparent marshmallow des tons qui trouve pourtant son équilibre. Quand les défenseurs français du cinéma de genre en appellent à ce que les cinéastes hexagonaux s’inspirent des États-Unis ou de l’Espagne, ils devraient au moins autant invoquer les modèles du côté japonais. Dont Kurosawa est le patron.

