Alors que la guerre fait rage en Bosnie, Danijel et Ajla se retrouvent dans des camps opposés malgré ce qu’ils ont vécu. Danijel est un soldat serbe et Ajla une prisonnière bosniaque retenue dans le camp qu’il surveille. Pourtant, avant le conflit, l’un et l’autre partageaient d’autres sentiments. C’était une autre vie, avant la barbarie, avant que cet affrontement ethnique violent ne prenne leur futur en otage. A nouveau face à face dans cet épouvantable contexte, leur relation devient complexe, ambiguë, incertaine. La guerre a miné leur lien.
Au programme du premier long métrage d’Angelina Jolie réalisatrice : du sang (la guerre) et du miel (l’amour). Morale: «Faîtes l’amour, pas la guerre»? Pas si simple. Si la salive appelle le miel, la bouche, elle, est pleine de cendre. Beaucoup risquent d’ironiser sur le choix extrêmement risqué d’aborder la guerre de Bosnie-Herzégovine comme un film d’action. Pourtant, il faut au moins reconnaître au coup d’essai de la star plusieurs atouts. Tout d’abord, le refus de la démagogie : l’actrice que l’on sait sensible aux causes humanitaires paraît totalement investie, porteuse d’une mission, convaincue à chaque plan de la nécessité de montrer l’horreur avec plus de sécheresse que d’apitoiement. Sa sincérité ne peut être remise en cause : pas d’angélisme, pas de pathos, pas de complaisance – même lorsqu’il s’agit de filmer des viols ou des orgies barbares -, et plus d’ambiguïté que de manichéisme. Surtout, elle renoue avec une tradition Hollywoodienne en vigueur depuis Casablanca (Michael Curtiz, 1942), développant une idylle contrariée dans un contexte délétère (ici, un gardien d’un camp de concentration et une prisonnière qu’il a fréquentée avant le conflit) et ose, disons-le carrément, fréquenter le terrain plus glissant des frasques SM de Portier de nuit (Liliana Cavani, 1974).
Il aurait été tellement plus simple d’être déconnectée de la réalité, de multiplier les afféteries visuelles, de choisir un casting sexy et de le faire parler en anglais. Seulement, Angelina Jolie n’est pas Madonna. Elle s’est identifiée à l’héroïne, peintre passionnée et opaque en plein déni de soi, écartelée entre élans passionnels et aventures romanesques. Le premier et le dernier plan apportent un contrepoint essentiel au bourbier des Balkans, en célébrant l’art comme force transcendante et en le distinguant comme seule activité humaine qui élève indifféremment celui qui le produit comme celui qui le reçoit. De toute évidence, Jolie a été coachée par son binôme de Brad Pitt, que l’on sait bon producteur exécutif, notamment sur le scénario échappant par ailleurs au débat politico-partisan. Subsistent quelques réserves : la seconde partie répète un peu trop ce que la première avait réussi à traduire sans effets et des longueurs alourdissent inutilement l’ensemble. Mais, à l’arrivée, du cinéma classique loin d’être honteux qui, par-dessus tout, respecte les langues et les valeurs culturelles.

