[CRITIQUE] AU-DELA de Clint Eastwood

L’ouverture qui propulse le spectateur en plein tsunami a les allures d’une production Roland Emmerich et pourtant ce ne sont que les prémices du 31ème film de Clint Eastwood dont la singularité apparente (la représentation de l’au-delà, les effets spéciaux) cache une méditation sur la mort pour célébrer la vie. En substance, il s’agit d’une chronique polyphonique où se croisent un ouvrier américain (Matt Damon) possédant le don de communiquer avec les morts ; une journaliste française (Cécile de France) qui ne comprend pas comment elle a pu survivre ; et un écolier Londonien (les frères McLaren), subissant les lois du déterminisme et de la misère sociale, qui ne peut oublier le décès prématuré de son frère jumeau. Quelque part entre San Francisco, Paris et Londres, le destin favorise les connexions entre des personnages qui n’ont apparemment rien à voir. Malgré la distance, ils sont liés. A l’évidence, une composition aussi déterminée du chaos ne peut s’organiser sans un travail considérable et l’on comprend rapidement que le scénario de Peter Morgan (Le dernier roi d’Ecosse) lorgne vers l’ambition universelle d’une fresque humaniste proche de celles du duo Inarritu/Arriaga (Babel).

Dans ce genre d’exercice casse-gueule, la réussite dépend de la capacité à maintenir jusqu’au bout l’intérêt initial. Or, après un départ vertigineux, Au-delà perd très vite de la vitesse et termine dans un halètement asthmatique. Visuellement, Eastwood reprend la méthode de Steven Soberbergh pour Traffic en proposant différents traitements illustratifs en fonction des lieux et des cultures. La partie française est la plus faible, souffrant du même déséquilibre que dans Inglorious Basterds, de Quentin Tarantino : diriger des acteurs français est une bonne option à condition de choisir de bons comédiens. L’essentiel n’est pas qu’on y croie, mais qu’on ait envie d’y croire : l’irrationnel et la croyance étant présentés comme porteurs d’espoir, là où la science se révèle impuissante. Malgré les pièges de la sensiblerie et de la moralisation, quelques séquences éparses relèvent un peu le niveau (la passade entre Bryce Dallas Howard et Matt Damon) et on sait gré à Clint de prendre le risque du surnaturel, des années après Minuit dans le jardin du bien et du mal, de le traiter de manière rationnelle et instinctive, au premier degré, avec une mélancolie de dernière minute que l’on retrouve parfois au cinéma (certains Lelouch et Shyamalan) pour aider à croire que le monde d’aujourd’hui n’est pas totalement déshumanisé.

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