Présenté en première mondiale au Festival du film de Venise avant d’être diffusé sur Netflix, Athena de Romain Gavras, co-écrit avec Ladj Ly (Les misérables), montre l’insurrection d’une cité comme une tragédie antique et imagine la France sombrer dans la guerre civile.
Entre désir de vengeance et quête de réponse, une tragédie qui plonge la famille du jeune homme ainsi que la cité d’Athena, en banlieue parisienne, dans le chaos. Le nouveau film du réalisateur du Monde est à toi suit pendant une funeste journée le destin de trois hommes qui vont tomber, après la mort de leur plus jeune frère, apparemment victime d’une bavure policière, dans une machine à broyer que rien ne semble pouvoir arrêter. Dans une cité au bord de l’explosion, tandis qu’Abdel (Dali Benssalah), engagé dans l’armée, tente de calmer les esprits et d’en appeler à la justice, que l’aîné Moktar (Ouassini Embarek), dealer patenté, ne cherche qu’à protéger son business, le benjamin, l’impétueux Karim (Sami Slimane), appelle les « petits » à se soulever. Pris dans l’engrenage de la violence, qui conduira à l’enlèvement d’un CRS, joué par Anthony Bajon, tous trois courent à leur perte. Le tout sur fond de provocations de néo-nazis. Le tout avec des séquences spectaculaires (l’assaut d’un commissariat, la défense d’une cité aux airs de château-fort médiéval défendu par des hordes de jeunes armés…), aux antipodes du vérisme en vigueur pour ces sujets. “Je voulais partir d’une situation d’embrasement, pour la décliner sur plusieurs niveaux.” Romain Gavras précise vouloir mettre en scène une tragédie “au sens grec du terme”. La citation du dramaturge Sophocle dans le premier teaser est là pour poser les premières bases.
Mais sous ses airs de tragédie antique, Athena multiplie les clins d’œil à des images d’actualité des dernières années, dont l’arrestation de lycéens mis à genoux par des policiers en 2018 à Mantes-la-Jolie ou la répression des manifestations de « gilets jaunes ». Il sonne aussi comme une mise en garde: tandis que la cité Athena s’embrase, c’est la France entière, abreuvée aux chaînes d’informations en continu et cédant aux provocations de l’extrême droite, qui sombre dans la guerre civile. Une charge politique qui se veut explosive. Même si le réalisateur, qui avait signé il y a une quinzaine d’années le clip marquant de Stress pour le groupe de musique Justice, se défend d’avoir fait un film « à thèse ». Aura-t-il un impact sur le public français, comme De bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau en 1988, La Haine de Mathieu Kassovitz en 1995, Raï de Thomas Gilou la même année, ou Ma 6-T va cracker de Jean-François Richet en 1996? La réponse bientôt: il sort directement sur Netflix le 23 septembre. A.V.
