[CRITIQUE] AFTER BLUE (PARADIS SALE) de Bertrand Mandico

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Marre de la science-fiction aspirine? Prenez un Mandico et ça ira mieux. Mais gare aux effets secondaires: excroissances, orgasmes et transpiration excessive sont au menu. Le confort dans l’inconfort, on décolle pour After Blue, la planète de l’après. Car oui, la terre a pourri comme un fruit qu’on a oublié. «Tout est à faire, rien à refaire». Sur ce nouvel écosystème, les hommes ne survivent pas, tués par leur propre pilosité (!), laissant leur place à une génération de femmes sauvages. Sur une plage, la blonde Roxxy déterre le corps de Kate Bush, la guerrière poilue, la meurtrière légendaire, laissant derrière elle trois corps échauffés par la poudre et des réminiscences aphrodisiaques. Le village fait alors porter toute la responsabilité de cet outrage à la jeune fille et à sa mère, une coiffeuse inoffensive, et les exilent sur la montagne toxique: il faudra pour elles guetter et tuer la monstrueuse Kate pour réparer le mal. Mais mère comme fille n’ont jamais apprivoisé le paysage d’After Blue, micro-monde hostile dont la nature est «aussi généreuse qu’une boite pleine de moisissures».

Alors que Les garçons sauvages, premier et précédent long métrage de Bertrand Mandico, faisait forniquer William Golding et Shuji Terayama, After Blue: Paradis Sale s’imagine comme un western lesbien noyé dans un tableau de Zdzisław Beksiński. Une nouvelle manière de bafouer les normes viriles, avec des pistolets comme autant de sacs à main (un Gucci mortel, un Paul Smith létal) et une sexualité réinventée à grand coup d’inséminations ou d’androïde tentaculaire. À l’ouest, du nouveau, dans cette errance de rage et de plaisir, où même la nemesis d’une planète entière laisse derrière elle une impitoyable emprise sexuelle (la bouche de Kate Bush, bien sûr). Après les mauvais garçons, les maudites femmes: d’habitude maîtresse de cérémonie, Elina Löwensohn étonne ici par sa candeur en shampouineuse dépassée et séduite. À ses côtés, Bertrand Mandico amène deux visages sublimes et hantés venus de Pologne, la jeune Paula Luna (qui semble en effet venir de l’astre blanc) et l’impressionnante Agata Buzek, walkyrie insaisissable plus Frazetta que Babooshka qu’on dit «capable d’égorger un cheval en écoutant du disco». Femme-scorpionne et artiste pistolero amatrice de maman, Vimala Pons dévore tout sur son passage dans les fourrures de Veronika Steinberg, fantasme camp fissurant les quatre coins de l’écran.

Au cœur des forêts bleues et des roches humides, After Blue, c’est surtout le goût d’une SF-Fantasy plus qu’entraperçue dans Extasius et Ultra-Pulpe: un futur organique et sans technologie, une faune et une flore imaginaire, une anti-épure par excellence. Un territoire réfuté depuis, arpenté autrefois par des œuvres comme Zardoz, Krull et Dark Cristal, où tout est faux et vrai à la fois, où la croyance dans l’image et dans chaque centimètre du décor transforment le toc en or. Toujours aux synthés, Pierre Desprats y fait vibrer un souffle qui ferait presque trembler un Hans Zimmer usé. Perché sur son Globe d’argent (car on pense à Zuzu bien sûr), Mandico réveille l’esprit Metal Hurlant, égaré depuis bien longtemps en ces temps de space-opera chastes et d’anticipation façon pub Apple. Une sorte de vengeance aux mille couleurs sur un genre aseptisé, où l’on a fini par mieux estimer les ordinateurs que les émotions (oui, c’est notre minute Jodorowsky): Mandico, lui, y amène toute sa générosité, quitte à écraser et à préférer l’indigestion aux ventres creux. Paradis sale pour tous. J.M.

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