Produit par Johnnie To, Accident raconte l’histoire d’un homme travaillant dans une équipe chargée de maquiller des crimes en accidents et persuadé que le décès de sa femme n’est pas accidentel.
Accident démarre comme un épisode de Destination Finale (structure alambiquée pour retranscrire un accident mortel) avant de progresser comme un thriller paranoïaque. C’est exactement le même sujet que Inside Job, de Nicolas Winding Refn, qui à la manière de Blow Up, d’Antonioni, cherchait à décrypter la conspiration secrète d’un monde invisible pour exorciser des peurs enfouies et montrer des détails du quotidien que l’on ne voit pas. Pendant l’écriture du scénario, Pou-Soi Cheang, connu pour avoir co-réalisé la partie de Tsui Hark dans le cadavre exquis Triangle, s’est intéressé aux cas de ceux, anonymes, qui mourraient dans des accidents. Pour les besoins de la fiction, il les a transformés en meurtres. A l’écran, ça passe par une lente réinterprétation d’un monde urbain en pleine ébullition. Pendant la première heure, le cinéaste dispense une tonne d’informations avec la précision d’un orfèvre avant de se focaliser sur le véritable enjeu du film : un drame humain, où un homme n’arrive pas à faire le deuil de son épouse et éprouve la culpabilité d’avoir privilégié sa vie professionnelle au détriment de son couple.
De fil en aiguille, Pou-Soi Cheang efface les frontières entre la réalité objective et le monde mental de son héros mal en point qui veut aller au-delà des artifices (lumière, ambiance) pour découvrir la vérité. La force de Accident, c’est de donner une épaisseur humaine et psychologique aux archétypes du film de genre. A un moment donné, une scène sous la pluie très stylisée accentue les contours flous de la réalité pour manier le doute et l’ambiguïté. Ce que l’on retient, c’est qu’il est impossible de savoir. C’est aussi une manière de ménager le suspense (a-t-il raison ou est-il fou ?). Le film est sobre, sans fioritures, excellemment filmé et photographié. La bande-son de Xavier Jamaux (compositeur de Mad Detective et Sparrow, de Johnnie To) exacerbe le climat de suspicion. Les scènes spectaculaires d’accident sont réalisées comme des gunfights, avec une virtuosité proche des films de Brian de Palma dans les années 70 (Pulsions). C’est sa véritable influence formelle puisque comme De Palma, Pou-Soi Cheang est fasciné par l’exploration et la destruction des images. Le réalisateur de Scarface étant lié à Antonioni pour avoir signé Blow out, la version américaine de Blow up (le son à la place des photos). Pour une production Milkyway, c’est le haut du panier.

