En marge du monde des adultes prisonniers de leurs conventions et de leur mélancolie, Pär et Annica, avec l’ingénuité et la fraîcheur de leurs 15 ans, découvrent simplement l’envie et le bonheur d’aimer.
Premier long métrage de Roy Andersson inédit en France, A swedish love story ne ressemble pas – mais alors pas du tout – aux films que l’on connaît du réalisateur. A savoir les récents Chansons du deuxième étage et Nous, les vivants dans lesquels un humour cruel, faussement misanthrope, devenait la politesse du désespoir. Longtemps avant les expérimentations formelles et la débâcle de Gilliap en 1975 (film sibyllin qu’il renie presque, tellement il correspond à une mauvaise période artistique), Andersson n’assemblait pas encore les tableaux apocalyptiques et suivait une narration linéaire plus classique pour raconter la naissance d’un amour entre deux adolescents qui ont envie de franchir les étapes quitte à se brûler les ailes. Avec le sens de l’humour qui le caractérise, il a eu envie de réaliser une chronique douce-amère qui prendrait en creux le pouls d’une époque indécise dans le Stockholm de la fin des années 60.
Sous le style limpide et léger comme une grenadine à l’eau, il scrute discrètement la tristesse indicible dans les regards d’adolescents conscients malgré eux que le temps court et abîme. Il faut voir d’ailleurs Nous, les vivants où chaque personnage était en quête d’un salut pour se rendre compte à quel point le réalisateur ne triche jamais avec les affects des adolescents, la jeunesse apportant toujours une lumière d’espoir et un souffle salutaire dans son oeuvre. Dans A Swedish Love Story, ils consolent l’ennui en clopant, en se bagarrant, en faisant des parties de flippers, en roulant en mobylette ou alors en tombant amoureux sans prendre la vie au sérieux. Le contrepoint reste le regard désabusé des parents sans illusion sur les ravages du temps et les leurres de l’amour éphémère. Ne pas croire qu’aujourd’hui le cinéaste renie ce qui restera comme son grand succès public : Andersson a d’ailleurs été dépassé par l’impact générationnel du film. Avec le temps, le résultat a gagné une force émotionnelle due à la nostalgie de mœurs révolues pour atteindre une dimension universelle.

