Tom McKenna, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient un personnage médiatique, dont l’existence est dorénavant connue du grand public…
Première scène : un plan-séquence hallucinant qui épouse la structure du film. En apparence, tout semble calme, lisse, tranquille ; en profondeur, tout est sombre, tortueux, secret. A history of violence, diamant noir à la beauté épurée, ne parlera que de ça : de la surface a priori lisse qui ensevelit des mystères et des menaces souterraines. On sait depuis Le festin nu (91) que David Cronenberg a abandonné le gore explicite pour une forme de fantastique plus subtile afin de traduire la détresse psychologique de ses personnages. Soit. Seulement voilà, le cinéaste naguère adulé a écopé depuis quelques années d’une réputation de réalisateur pépère qui signe des films faussement œdipiens calibrés pour remporter un prix à Cannes et séduire une certaine intelligentsia. Oubliez les chichis. Avec A history of violence, Cronenberg subjugue, impressionne, surprend en réussissant une œuvre sublime, à l’intersection de deux registres (gore et subtil), à l’extrême opposé de son précédent Spider, opus qui n’était pas exempt de grandes qualités.
Ce faux film policier divinement mis en scène possède une thématique foisonnante qui amplifie une réflexion sur la violence à la fois physique et morale. Adapté d’un roman graphique éponyme de John Wagner ce voyage paranoïaque et schizophrène instille une atmosphère oppressante où le suspense le plus haletant le dispute à la folie la plus sourde. Toute la première partie du film se focalise sur les efforts des deux parents pour contrer l’horreur et de Tom pour se débarrasser des démons à sa porte. En filigrane, Cronenberg s’intéresse aux relations familiales, questionne le problème de l’hérédité et surtout enregistre des scènes de sexe décomplexées et d’une grande puissance érotique.
La suite, quelque chose comme une réponse ambiguë au Kill Bill de Tarantino – puisque ici se dégagent une vraie réflexion et un style très personnel – confirme que Cronenberg négocie un virage et confère à son thriller une dimension curieuse en passant par un mélange des genres exquis, avec des grandes plages d’émotion et des instants de drôlerie inattendus. Histoire de mieux sonder la bête qui somnole en chacun de nous. L’ensemble, solide comme un roc, atteint un degré constant de jubilation stratosphérique. A history of violence est un uppercut quasiment parfait et méchamment heureux : audacieux, hilarant, inquiétant, triste, singulier, fiévreux. Il importe d’aller le voir à répétition pour savourer toutes les subtilités de cet objet ténébreux mais, en l’état, une première lecture suffit pour se rendre compte à quel point ce nouveau Cronenberg est immense et sublime.

