A travers un fascinant mélange de fiction et de documentaire, A Bigger Splash nous emmène dans l’univers du peintre anglais David Hockney et révèle les liens qu’entretiennent la vie et la création. Avec ses amis, jouant leur propres rôles, ils interprètent des scènes de la vie qui leur sont arrivées. Ou pas…
A bigger Splash aurait pu s’appeler « peindre ou faire l’amour » s’il ne faisait pas référence au titre d’un tableau signé Hockney en 67. On y voit une personne (dont on ne voit ni le corps ni le visage) qui fait une « éclaboussure » en plongeant dans une piscine. Le film, né de la rupture entre David Hockney (artiste underground du Swinging London) et Peter Schlesinger (son modèle et amant de l’époque) est à l’image du tableau et ressemble à une bulle bleue qui nous invite à plonger dans les eaux troubles de la création pour en disséquer le passionnant mécanisme. Les films qui auscultent ce qui se trame dans le cerveau des artistes sont nombreux. Mais rares sont ceux qui épousent les obsessions, les désirs, les projections et les coups de spleen pour mieux nous les faire ressentir. Expérience picturale et sensuelle, A Bigger Splash appartient à cette catégorie d’œuvres hybrides, entre documentaire et fiction, qui réussissent à entretenir autant la légende que la réalité.
C’est surtout un film qu’on admire plus qu’on ne l’aime. Avec complicité et fascination, Hazan brosse le portrait de Hockney, peintre monomaniaque des piscines d’Hollywood, entouré mais si seul, qui trouve de l’inspiration en exorcisant tous ses démons intérieurs. De manière instinctive, presque expérimentale, il montre comment une souffrance (en l’occurrence, une rupture affective) peut amener un créateur à se surpasser et à réaliser l’œuvre de sa vie. En découlent des moments très troublants d’intimité, de contemplation béate, une fièvre des corps filmés au plus près, une odeur du chlore qui exhale des piscines. A bigger Splash ne s’échappe jamais vraiment de l’esprit. On en conserve des images impressionnistes et des sensations abstraites. Sans doute parce qu’il saisit les tourbillons intérieurs qui sont la matrice d’une vie et d’une œuvre picturale et nous rappelle au passage qu’être artiste contient autant de souffrance que d’hédonisme, d’autodestruction que de sexe, de remords que de désir.
Sans atteindre la puissance d’Edvard Munch de Peter Watkins, qui reste certainement comme l’un des plus grands films sur la création artistique, cette réflexion sur l’art qui ne privilégie pas la bienséance au détriment de la vérité propose un voyage parfaitement exaltant. Mais elle nécessite que le spectateur laisse tous ses préjugés à l’entrée de la salle et se fonde sans arrière-pensée dans un monde à la fois étrange et séduisant.

