Marion (Julie Delpy) est désormais installée à New York, où elle vit avec Mingus (Chris Rock), un journaliste de radio, leurs deux enfants qu’ils ont eus de relations antérieures et un chat. Le couple est très amoureux ! Marion est toujours photographe et prépare son exposition. Son père, sa sœur et son petit copain (qui est en fait l’ex de Marion et qui n’était pas prévu du tout) débarquent à New York pour le vernissage. Le choc des cultures mais surtout les personnalités débridées des trois arrivants vont provoquer un véritable feu d’artifice.
Après La Comtesse, récit historique aux allures de conte horrifique dans lequel elle se mettait masochistement en scène dans la peau de l’effroyable Erzebeth Bathory et Le Skylab, chronique nostalgique de la France des années 70, Julie Delpy renoue avec la chronique loquace et intello de 2 Days in Paris qui avait permis sa renaissance artistique il y a cinq ans. Son style se situait quelque part entre Hal Hartley et Woody Allen. Depuis, les choses ont évolué et le trajet a changé (les Français débarquent aux Etats-Unis). Mais les cibles restent les mêmes : les décalages générationnels et culturels, le bouleversement d’un environnement familier, le regard des étrangers, le milieu bobo gentiment égratigné. Et d’un pays à l’autre, les tares demeurent.
Delpy guette les derniers éclats de rire de son père (Albert Delpy), réhabilite un acteur oublié de tous (Chris Rock), ravive le fantôme de sa mère (Marie Pillet – à qui elle rendait déjà hommage dans Le Skylab), se moque autant des français (la beaufitude des Bidochon, incarnés par le couple Alexia Landeau-Alex Nahon) que des New-Yorkais (la croyance aveugle en Obama pour se consoler du 11 Septembre). La cocasserie entend le disputer au désenchantement, comme l’ironie à l’amertume. Malgré une tendance à l’accumulation d’anecdotes, de portraits, de situations, Delpy s’amuse des clichés et grossit le trait avec une étonnante légèreté – une manière de se foutre de la vie, de glander le temps, d’organiser le bordel, de feindre la désinvolture pour révéler en creux une vraie anxiété. Elle perd sans doute un peu de son énergie en cours de route : trop gourmande, elle cède à quelques péchés mignons et véniels (narcissisme, trivialité, cameo de Vincent Gallo). Mais qu’importe : s’il s’avère inégal, le résultat n’en reste pas moins très attachant.

