Toutes les sélections du Festival de Cannes (compétition, certain regard, quinzaine des réalisateurs, semaine de la critique, ACID…) ayant été révélées, voici la liste de 25 films que nous attendons, toutes sections confondues, à Cannes 2022. D’eux, désormais, on espère du pur et grand cinéma chaos.
Coupez! (hors compétition)
Réalisation: Michel Hazanavicius
Avec: Matilda Lutz, Bérénice Bejo, Romain Duris
Histoire: Un tournage de film de zombies dans un bâtiment désaffecté. Entre techniciens blasés et acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à un énième film d’horreur à petit budget. L’irruption d’authentiques morts-vivants va perturber le tournage…
Pourquoi on l’attend: Présentée comme un remake de Ne coupez pas (Shin’ichirô Ueda, 2017), la farce gore de Michel Hazanavicius reprendra-t-elle les surprises du film d’origine, à base de mise en abyme et de tournage-catastrophe? On espere quand même qu’il ne s’agit pas d’un simple remake de cette comédie nippone qui n’en avait pas besoin et qu’on pourra compter sur l’humour légendaire du réal pour échapper au jeu de la simple photocopie française. T.A.

De Humani Corporis Fabrica (quinzaine des réalisateurs)
Réalisation: Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor
Histoire: Il y a cinq siècles l’anatomiste André Vésale ouvrait pour la première fois le corps au regard de la science. Ce documentaire ouvre aujourd’hui le corps au cinéma. On y découvre que la chair humaine est un paysage inouï qui n’existe que grâce aux regards et aux attentions des autres. Les hôpitaux, lieux de soin et de souffrance, sont des laboratoires qui relient tous les corps du monde…
Pourquoi on l’attend: Les réalisateurs de Leviathan (embarquement poético-hardcore sur un chalutier avec des micro-caméras, des poissons morts, des mouettes rieuses et des pêcheurs privés de sommeil) et de Caniba (portrait d’Issei Sagawa, plus connu chez nous sous le nom du «Japonais cannibale» depuis qu’en juin 1981, il a tué puis dévoré en partie une camarade de fac néerlandaise, à Paris) ne font rien comme les autres et s’accaparent de sujets hors normes pour proposer des expériences sensorielles hors du commun. Quid de cette exploration de la chair exhibée dans tous ses replis? T.A.

Decision to leave (compétition)
Réalisation: Park Chan-Wook
Avec: Tang Wei, Park Hae-il, Go Kyung-Pyo, Lee Jung-Hyun
Histoire: Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Sore, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle.
Pourquoi on l’attend: Après un Mademoiselle qui en avait laissé baba plus d’un, l’univers avait toujours plus besoin de Park-Chan Wook. Si ses autres projets en langue anglaise semblent en stand-by (un western écrit par S.Craig Zahler et un remake du Couperet de Costa Gavras), difficile de faire la fine bouche quant à ce nouveau thriller made in Korea, dont le sujet rappelle, au bas mot, plus d’un milliers de polars érotiques et de neo-film noir en pagaille. Mais avec son lyrisme romantique échevelé, son goût pour la violence viscérale, l’érotisme zinzin et les intrigues tordues, on peut certainement faire confiance au réalisateur de Old Boy. J.M.

Don Juan (Cannes première)
Réalisation: Serge Bozon
Avec: Tahar Rahim, Virginie Efira, Alain Chamfort, Damien Chapelle, Jehnny Beth
Histoire: En 2022, Don Juan n’est plus l’homme qui séduit toutes les femmes, mais un homme obsédé par une seule femme: celle qui l’a abandonné…
Pourquoi on l’attend: Parce que chaque nouveau film du Bozon nous paraît digne d’attention, et qu’on sait l’auteur de Madame Hyde assez fin pour nous pondre une adaptation inventive (et chaloupée) d’un classique parmi les classiques qu’on n’a pas eu la curiosité de retoucher depuis nos années collège. Bien que son cinéma ait toujours fricoté avec le genre – l’homme sentait le beat monter en lui dans le court-métrage du même nom – on est impatients de voir le papa de Mods revenir à la comédie musicale. Avec Alain Manureva Chamfort et Jehnny Beth du groupe Savages au cast, nous voilà sincèrement intrigués… G.R.

Esterno Notte (Cannes Première)
Réalisation: Marco Bellocchio (série)
Avec: Fabrizio Gifuni, Margherita Buy, Toni Servillo, Fausto Russo Alesi
Histoire: L’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges en 1978.
Pourquoi on l’attend:Parce que le vétéran italien nous était revenu très en forme en 2019 avec Le Traître et que le beau Marco n’est jamais aussi bon que quand il s’attaque à l’histoire fragmentée de son pays (remember Buongiorno, notte ou ses pamphlets seventies). Point d’orgue des années de plomb, l’enlèvement puis l’assassinat d’Aldo Moro ont illustré toute la folie de cette décennie ahurissante qui parait aujourd’hui à des années-lumière (pour la première fois, un gouvernement soutenu par le PCI et partisan du “compromis historique” était sur le point de s’installer au pouvoir). L’occasion de convoquer des groupuscules d’ultra-gauche, la droite italienne, des alertes à la bombe, des étudiants à veste en jean avec du Gramsci dans la poche, la CIA, et des théories conspi sur lesquelles l’histoire est loin d’avoir dit son dernier mot. Tout ce qu’on aime! G.R.

Fogo-Fatuo (quinzaine des réalisateurs)
Réalisation: Joao Pedro Rodrigues
Avec: Mauro Costa, André Cabral, Joel Branco, Oceano Cruz, Margarida Vila-Nova, Miguel Loureiro
Histoire: 2069, année érotique si jamais il y avait une, mais année fatidique pour un roi sans couronne. Sur son lit de mort, une vieille chanson le ramène à des souvenirs lointains: des arbres, une forêt de pins brûlés et ce moment où le désir de devenir pompier, pour libérer le Portugal du fléau des incendies, en a déclenché un autre. Puis un prince, Alfredo, rencontre Afonso…
Pourquoi on l’attend: Depuis L’ornithologue, ballade sexy et morbide braquée sur le corps de Paul Hamy, on n’avait plus trop de nouvelles du sulfureux Joao Pedro Rodrigues. Juste après un documentaire (le toujours pas distribué Où est cette rue?), il revient avec ce qui s’annonce comme une comédie musicale de science-fiction! Donnez-nous ça! J.M.

God’s Creatures (quinzaine des réalisateurs)
Réalisation: Saela Davis et Anna Rose Holmer
Avec: Emily Watson, Paul Mescal, Aisling Franciosi
Histoire: Dans un village de pêcheurs irlandais. Les mensonges d’une femme pour protéger son fils ont un impact dévastateur sur la communauté, sa famille et elle-même.
Pourquoi on l’attend: Parce que la co-réalisatrice Anna Rose Holmer nous avait bluffé avec son film The Fits, sur une fillette s’entrainant dans une salle de boxe et se sentant irrésistiblement attirée par la danse, dont l’étrangeté fantastique rappelait notre Lulu Hadzihalilovic. Et au casting, du beau monde dont Emily Watson, qu’on adore depuis Breaking The Waves de King Lars et qu’on a revu dans la super série The Third Day. T.A.

Goutte d’or (semaine de la critique)
Réalisation: Clément Cogitore
Avec: Karim Leklou, Yilin Yang
Histoire: Ramsès, trente-cinq ans, tient un cabinet de voyance à la Goutte d’or à Paris. Habile manipulateur et un peu poète sur les bords, il a mis sur pied un solide commerce de la consolation. L’arrivée d’enfants venus des rues de Tanger, aussi dangereux qu’insaisissables, vient perturber l’équilibre de son commerce et de tout le quartier. Jusqu’au jour où Ramsès va avoir une réelle vision.
Pourquoi on l’attend: Deuxième long-métrage de fiction de l’un des jeunes cinéastes les plus talentueux de sa génération, Goutte d’or est l’une de nos plus grosses attentes de la quinzaine cannoise avec sa promesse de frictions entre le réalisme de Braguino et le fantastique de Ni le ciel ni la terre. Clément Cogitore devrait montrer Paris sous un regard singulier. On est persuadé que le film aurait eu ses chances en Officielle, mais cette exposition dans la très belle sélection de La Semaine de la critique nous ravit. M.B.

Grand Paris (ACID)
Réalisation: Martin Jauvat
Avec Mahamadou Sangaré et Martin Jauvat
Histoire: Leslie, un jeune banlieusard désabusé, entraîne son meilleur pote Renard dans une combine foireuse à l’autre bout de l’Île-de-France. Sur un chantier de la future ligne de métro du Grand Paris, ils découvrent un mystérieux artefact. De quoi aisément en tirer un petit billet. Mais au fil de leur périple, la banlieue parisienne devient le théâtre d’étranges phénomènes.
Pourquoi on l’attend: Adaptation en long-métrage de son court Grand Paris Express, Grand Paris de Martin Jauvat, toujours produit par Ecce Films (Les Garçons sauvages, Victoria, Jessica Forever), a tout pour électriser une sélection de l’ACID déjà haut en couleur cette année à Cannes. Avec son pitch de comédie fantastique sur fond de modernisation du paysage francilien et parisien, Grand Paris devrait offrir une vision des banlieues bien éloignées des poncifs du genre. On est déjà amoureux. M.B.
Hi-Han (compétition)
Réalisation: Jerzy Skolimowski
Avec: Sandra Drzymalska, Lorenzo Zurzolo, Mateusz Kosciukiewicz, Isabelle Huppert
Histoire: EO, un âne gris à la stature modeste, regarde le monde à travers ses yeux mélancoliques et rêveurs, exactement comme Héraclite: panta rhei. Sur le chemin de sa vie, il rencontre de bonnes et de mauvaises personnes, connaît la joie et la douleur, sent les roues du destin écraser son innocence avec un sentiment familier d’inévitabilité et d’indifférence. Le malheur mène parfois à un bonheur inattendu. Un désastre peut être causé par des intentions parfaitement bonnes. Rejeté d’un cirque polonais vers une écurie de chevaux, un refuge pour ânes, une fête dans un bar d’une petite ville, un élevage de renards, puis conduit à travers les Alpes pour finir dans un palais italien, EO semble prendre ses aventures avec stoïcisme. Mais son esprit est en proie à des émotions, ses rêves le ramènent sans cesse à l’être humain le plus gentil qu’il ait rencontré au cirque : la belle Cassandra. Le langage cinématographique peut-il donner une voix aux êtres silencieux et les plus vulnérables de notre société? C’est ce que ce film cherche à découvrir.
Pourquoi on l’attend: C’est la surprise de la liste de Frémaux. Absent de tous les pronostics, tout le monde ignorait qu’un film du cinéaste franc-tireur issu de la Nouvelle Vague polonaise avait été tourné. 40 ans après Travail au Noir (Prix du scénario) – il avait également gagné le Grand Prix du jury pour sa seule autre sélection en 1978 pour Le Cri du sorcier – Jerzy Skolimowski fait son retour en compétition à Cannes. Tourné entre sa Pologne natale et l’Italie, avec notre Zaza nationale, Hi-Han s’annonce comme une relecture moderne et en forme de road-movie d’Au hasard Balthazar de Robert Bresson, rien que ça. On mise déjà sur une place au palmarès, et pas seulement un prix spécial du jury pour l’âne star du film. M.B.

Holy spider (compétition)
Réalisation: Ali Abbasi
Avec: Zar Amir-Ebrahimi, Forouzan Jamshidnejad, Nima Akbarpour…
Histoire: Une journaliste enquête sur une série de meurtres de prostituées qui ensanglantent les bas quartiers de la ville iranienne de Mashhad. Le coupable, qui se fait appeler «le tueur d’araignées», est un fanatique religieux qui ne comprend pas pourquoi sa mission divine ne suscite pas plus de soutien de la part du public.
Pourquoi on l’attend: Avec son deuxième long métrage Border, brillamment adapté d’une nouvelle de John Linkvist, l’auteur de Morse, le Danois d’origine iranienne Ali Abbasi s’affirmait comme un cinéaste audacieux, à l’aise dans des registres variés et revendiquant les influences improbables de Luis Buñuel et Chantal Akerman. A la suite du prix Un certain regard obtenu en 2018 pour Border, il s’est vu soudain couvert de propositions, mais son projet le plus cher était celui-ci, l’histoire d’un tueur en série iranien qui lui permettait de glisser un message politique sur son pays natal. Comme le film pouvait difficilement être tourné en Iran, c’est la Jordanie qu’Abbasi a choisi comme alternative, toujours avec son chef opérateur habituel Nadim Carlsen. G.D.

La Montagne (quinzaine des réalisateurs)
Réalisation: Thomas Salvador
Avec: Thomas Salvador, Louise Bourgoin, Martine Chevallier, Laurent Poitrenaux.
Histoire: Pierre, ingénieur parisien, se rend dans les Alpes pour son travail. Irrésistiblement attiré par les montagnes, il s’installe un bivouac en altitude et décide de ne plus redescendre. Là-haut, il fait la rencontre de Léa et découvre de mystérieuses lueurs.
Pourquoi on l’attend: Parce que Thomas Salvador n’a pas montré le bout de son museau depuis 2015 (l’intrigant Vincent n’a pas d’écailles, c’était lui) et qu’il a réuni ici un cast du meilleur goût (il n’y a pas de mauvais film avec Laurent Poitrenaux). Ce projet, récompensé par un Prix à la Création de la Fondation Gan 2020, ira une fois encore s’aventurer en territoire fantastique et posera la question “de la juste place qu’on occupe dans ce monde, le bon endroit entre la société, la campagne, la nature, l’isolement » comme nous le confiait le cinéaste l’an passé. L’homme a déjà une carrière passionnante dans le court, et en plus, c’est notre Karine Durance qui s’occupe de la presse… G.R.
La nuit du 12 (Cannes premiere)
Réalisation: Dominik Moll
Avec: Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Johann Dionnet
Histoire: Dans les couloirs de la Police Judiciaire, il se raconte que chaque enquêteur a un crime qui le hante. Un jour ou l’autre, il tombe sur une affaire qui lui fait plus mal que les autres, sans qu’il sache toujours pourquoi. Elle se met à lui tourner dans la tête jusqu’à l’obsession. Yohan vient d’être nommé chef de groupe à la Brigade Criminelle de Grenoble, c’est le meurtre de Clara. Pour son enquête Yohan fait équipe avec un dénommé Marceau.
Pourquoi on l’attend: Alors que ses derniers films sont hélas passés sous le radar (Des nouvelles de la planète Mars et Seules les bêtes), le réalisateur Dominik Moll, qui avait marqué les esprits en son temps avec son thriller singulier Harry, un ami qui vous veut du bien, pourrait bien avoir trouvé le véhicule idéal (une adaptation du roman 18.3 – Une année à la PJ de Pauline Guéna paru chez Denoël) pour revenir en grande forme, toujours soutenu au scénario par son excellent complice Gilles Marchand. T.A.

Les cinq diables (quinzaine des réalisateurs)
Réalisation: Lea Mysius
Avec: Adèle Exarchopoulos, Daphné Patakia, Noée Abita, Patrick Bouchitey, Sally Dramé
Synopsis: Vicky, petite fille étrange et solitaire, a un don : elle peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux étiquetés avec soin. Elle a extrait en secret l’odeur de sa mère, Joanne, à qui elle voue un amour fou et exclusif, presque maladif. Un jour Julia, la soeur de son père, fait irruption dans leur vie. Vicky se lance dans l’élaboration de son odeur. Elle est alors transportée dans des souvenirs obscurs et magiques où elle découvrira les secrets de son village, de sa famille et de sa propre existence.
Pourquoi on l’attend: Le retour très attendu de Léa Mysius qui nous avait médusé il y a quelques années avec Ava, coming out of age granuleux, mal-aimable et étrange, avant de partir faire quelques devoirs de scénariste à gauche à droite. L’alliance d’un sujet ultra chaos avec un délire olfactif proche (semble t-il) du Parfum de Suskind, d’un cast féminin all stars (le trip Exarchopoulos, Patakia, Abitia: que de l’amour) et de premières images psyché et fiévreuses: on peut le dire, tous les feux sont au vert. J.M.

Les Crimes du futur (compétition)
Réalisation: David Cronenberg
Avec: Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart
Histoire: Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin, une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques. C’est alors qu’un groupe mystérieux se manifeste: ils veulent profiter de la notoriété de Saul pour révéler au monde la prochaine étape de l’évolution humaine…
Pourquoi on l’attend: Le retour en grande pompe de David Cronenberg à Cannes, un an après le triomphe du très body-horror Titane de Julia Ducournau, laisse enfin penser à une possible consécration pour le maître canadien, toujours reparti bredouille depuis son Prix spécial du jury pour Crash en 1996. Au vu de son synopsis et des premières images dévoilées dans la bande-annonce, Les Crimes du futur incarne un retour aux origines pour le cinéaste, embaumant déjà d’un parfum de scandale sa projection prochaine au Grand Auditorium Louis Lumière. Avec un casting luxueux composé de Viggo Mortensen, Léa Seydoux et Kristen Stewart – qui s’acoquine avec Cronenberg 10 ans après son ex Robert Pattinson pour Cosmopolis – le chaosmètre est au max. M.B.

Madame Tchaïkovski (compétition)
Réalisation: Kirill Serebrennikov
Avec: Odin Lund Biron, Ekaterina Ermishina, Nikita Elenev
Histoire: Russie, 19ème siècle. Antonina Miliukova, jeune femme aisée et brillante, épouse le compositeur Piotr Tchaïkovski. Mais l’amour qu’elle lui porte tourne à l’obsession et la jeune femme est violemment rejetée. Consumée par ses sentiments, Antonina accepte de tout endurer pour rester auprès de lui.
Pourquoi on l’attend: Absent pour présenter ses deux précédents films à Cannes (Leto et La Fièvre de Petrov), Kirill Serebrennikov est attendu comme le messie avec cette histoire déjà évoquée par Ken Russell dans The Music Lovers en 1970 avec Richard Chamberlain en Tchaïkovski et Glenda Jackson en Milioukova. Sa simple venue constitue un événement, a fortiori en pleine Guerre en Ukraine, mais le sujet, mettant en avant l’homosexualité refoulée de Tchaïkovski, et son traitement, audacieux, ne devraient pas du tout plaire au Kremlin… T.A.

Men (compétition)
Réalisation: Alex Garland
Avec: Jessie Buckley, Rory Kinnear, Gayle Rankin, Pappa Essiedu
Histoire: Après la mort de son ex-mari, une jeune femme prend des vacances dans la campagne anglaise, espérant y trouver la paix pour se reconstruire. Mais surgie des environs, une entité semble la traquer. Ses peurs et ses traumatismes enfouis remontent à la surface avec une intensité croissante.
Pourquoi on l’attend: Avec son premier long Ex machina, Alex Garland avait magistralement illustré un cas de singularité technologique (le moment où l’intelligence artificielle supplante l’homme), manifestant entre autres de grandes qualités de direction d’acteurs. Avec ce troisième long, il se lance dans l’horreur mentale, servi par des interprètes bien choisis: Rory Kinnear (le monstre de Frankenstein dans Penny Dreadful) joue plusieurs rôles à la fois, comme pour nous indiquer que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête de l’héroïne, incarnée par Jessie Buckley, repérée pour sa tendance aux rôles en équilibre précaire (I’m thinking of ending things, The lost daughter). G.D.

Nos cérémonies (semaine de la critique)
Réalisation: Simon Rieth
Avec: Simon Baur, Raymond Baur, Maïra Villena
Histoire: Royan, 2011. Alors que l’été étire ses jours brûlants, deux jeunes frères, Tony et Noé, jouent au jeu de la mort et du hasard. Jusqu’à l’accident qui changera leur vie à jamais. Dix ans plus tard et désormais jeunes adultes, ils retournent à Royan et recroisent la route de Cassandre, leur amour d’enfance. Mais les frères cachent depuis tout ce temps un secret.
Pourquoi on l’attend: Parce que l’on place tous nos espoirs en ce jeune réalisateur (qui s’était joliment confié dans notre photomaton) aux belles références (Gregg Araki, Larry Clark, Gus Van Sant…). Aux commandes de ce teen-movie que l’on suppose grave et solaire (loin des frivolités usuelles, en somme) et décrit comme « l’histoire d’un amour fraternel tres fort », il devrait confirmer une sensibilité susceptible de nous/vous séduire. On croit fort en ce qui l’anime. T.A.
Rebel (séance de minuit)
Réalisation: Adil El Arbi & Bilall Fallah
Avec: Aboubakr Bensaihi, Lubna Azabal…
Histoire: Après la mort de son père, Nassim, un jeune marocain de 13 ans originaire de Molenbeek de confession musulmane, est en pleine crise identitaire. Sa mère, Leila, tente de le tenir à l’écart de son grand frère, Karim, qui a mal tourné…
Pourquoi on l’attend: Parce que l’on suit avec attention le parcours de ces deux réalisateurs belges, à qui l’on doit Black en 2015 et Bad Boys 4 Life en 2020, et qui ont comme première grande qualité de faire absolument ce qu’ils veulent sans rendre de compte à personne, sans afficher de grandes références, en creusant leur sillon à eux. Quitte à essuyer une forme de mépris, propre à ceux qui échappent aux cases. Pas de quoi rougir donc de cette présence à minuit qui leur fait rejoindre tout le gratin des auteurs bien pensants, mais avec un sujet aussi explosif, on compte sur eux pour justement ne pas être comme les autres et tout dynamiter avec l’énergie du chaos. T.A.

Retour à Séoul (un certain regard)
Réalisation: Davy Chou
Avec: Park Ji-Min, Oh Kwang-Rok, Guka Han
Histoire: Sur un coup de tête, Freddie, 25 ans, retourne pour la première fois en Corée du Sud, où elle est née. La jeune femme se lance avec fougue à la recherche de ses origines dans ce pays qui lui est étranger, faisant basculer sa vie dans des directions nouvelles et inattendues.
Pourquoi on l’attend: Six ans après Diamond Island à la Semaine de la critique, Davy Chou revient avec un second long-métrage de fiction aux forts accents autobiographiques. Le cinéaste franco-cambodgien avait en effet effectué le même genre de voyage au pays de ses origines que son héroïne, et de ce séjour était né Le Sommeil d’or en 2012, très beau documentaire sur l’âge d’or du cinéma cambodgien. On espère retrouver la même énergie enivrante et la même délicatesse que dans son précédent long-métrage. La confirmation? M.B.
Showing up (compétition)
Réalisation: Kelly Reichardt
Avec: Michelle Williams, James LeGros, Hong Chau, Judd Hirsch, Maryann Plunkett, Amanda Plummer…
Histoire: En attendant le vernissage de sa prochaine expo qui pourrait lui changer la vie, une artiste se démène au quotidien pour concilier son métier et son entourage. Mais le chaos ainsi généré finit par déteindre sur son art, jusqu’à devenir source d’inspiration.
Pourquoi on l’attend: Alors que son précédent First cow l’avait consacrée comme la meilleure réalisatrice indépendante en activité, Kelly Reichardt arrive pour la première fois en compétition à Cannes avec un film qui change. En effet, elle abandonne le registre du commentaire historique et social pour traiter un sujet plus personnel, celui du rapport de l’artiste à son art (un peu comme Jarmusch l’avait fait avec Paterson). A cette occasion, elle semble adopter un ton léger en s’autorisant des pointes de comédie. Elle est entourée de collaborateurs familiers, comme le scénariste Jonathan Raymond tandis que Michelle Williams revient pour la quatrième fois depuis Wendy et Lucy, qui avait été sélectionné à Un certain regard en 2008. G.D.
Stars at Noon (compétition)
Réalisation: Claire Denis
Avec: Margaret Qualley, Joe Alwyn, Danny Ramirez
Histoire: La romance passionnée entre un homme d’affaires anglais et une journaliste américaine en 1984, après la révolution sandiniste – lors de laquelle le peuple nicaraguayen s’est insurgé contre la dictature de la famille Somoza, conduisant à la chute violente du régime. Dans cette atmosphère apocalyptique, le couple prend la fuite en affrontant les divers mensonges et trahisons secouant le pays.
Pourquoi on l’attend: C’est seulement la deuxième sélection en compétition officielle pour Claire Denis, 34 ans après Chocolat. Stars at Noon, adapté du roman éponyme de Denis Johnson, semble d’ailleurs tisser des liens avec le premier long-métrage fortement autobiographique de la réalisatrice par son cadre et ses thématiques : un pays politiquement instable au bord de l’implosion; un couple d’étrangers, blancs, parmi les autochtones; le désir et la violence qui s’entrechoquent. Si, pour des raisons de planning, Robert Pattinson, initialement rattaché au projet, ne sera pas de la partie, c’est Joe Alwyn (alias Billy Lynn) qui est venu le remplacer, et rejoindre la talentueuse Margaret Qualley (The Leftovers, Once Upon a Time… in Hollywood) au casting. Avec Eric Gautier à la photo (collaborateur de Patrice Chéreau, Arnaud Desplechin et Alain Resnais) et Léa Mysius (également à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, pour Les Cinq Diables) au scénario, Stars at Noon a de sérieux arguments à faire valoir. M.B.

Tourment sur les îles (compétition)
Réalisation: Albert Serra
Avec: Benoît Magimel, Pahoa Mahagafanau, Matahi Pambrun, Marc Susini, Sergi Lopez…
Histoire: Sur l’île de Tahiti, en Polynésie française, le Haut-Commissaire de la République De Roller, représentant de l’État Français, est un homme de calcul aux manières parfaites. Dans les réceptions officielles comme les établissements interlopes, il prend constamment le pouls d’une population locale d’où la colère peut émerger à tout moment. D’autant plus qu’une rumeur se fait insistante: on aurait aperçu un sous-marin dont la présence fantomatique annoncerait une reprise des essais nucléaires français.
Pourquoi on l’attend: L’année derniere, le Festival de Cannes était en transe, en apnée (ou en sommeil paradoxal) devant Memoria, de Apichatpong Weerasethakul; on parie que cette fois, l’expérience autre de 2022 sera ce nouveau long métrage de Albert Serra, cinéaste échappant à toutes les étiquettes et à toutes les époques (son précédent Liberté nous avait maraboutés), se définissant comme cinéaste chaos: Le chaos intervient dans tous mes tournages. C’est un élément essentiel. C’est un élément que je provoque simplement, d’une façon consciente, nous avouait-il en interview en 2019. T.A.

Triangle of sadness (compétition)
Réalisateur: Ruben Östlund
Avec: Harris Dickinson, Charlbi Dean Kriek, Woody Harrelson
Histoire: Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les événements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s’inversent lorsqu’une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.
Pourquoi on l’attend: Parce que les Palmes d’or qui divisent, non, ce n’est pas si fréquent et que The Square, le précédent film de Ruben Östlund a vraiment ses fans comme ses détracteurs (même chez nous, comme vous pouvez le lire ici). Alors, sur un sujet aussi propice que des riches en croisière, il est fort possible que l’humour cruel de Östlund fasse des étincelles, et des controverses cinéphiliques. D’où notre question assez sérieuse: après avoir oeuvré dans le cinéma achtung achtung (Play, Snow Therapy) et vu le degré d’hostilité que certains lui vouent, Östlund serait-il en train de devenir le nouveau Haneke? T.A.

Trois mille ans à t’attendre (hors compétition)
Réalisation: George Miller
Avec: Tilda Swinton, Idris Elba, David Collins, Nicolas Mouawad, Alyla Browne
Histoire: Alithea Binnie, bien que satisfaite par sa vie, porte un regard sceptique sur le monde. Un jour, elle rencontre un génie qui lui propose d’exaucer trois vœux en échange de sa liberté. Mais Alithea est bien trop érudite pour ignorer que, dans les contes, les histoires de vœux se terminent mal. Il plaide alors sa cause en lui racontant son passé extraordinaire. Séduite par ses récits, elle finit par formuler un vœu des plus surprenants.
Pourquoi on l’attend: Un film de Miller, c’est toujours un peu l’événement, le bonhomme ayant plus l’habitude de préférer la qualité à la quantité. Et depuis Fury Road, on ne compte plus les fanboys en furie qui ont rejoint soudainement cette armée impatiente. De la première image à la présence de Tilda Swinton, jusqu’au sujet, on s’amuse déjà à imaginer une version «féerique» de Only Lovers left alive. Prévu comme un anti-Mad Max à la fois épique et intimiste (on vous l’accorde: c’est passe-partout), porté davantage sur les dialogues que l’action, Three Thousand Years of Longing a toute notre attention. J.M.
