[CREEP 2] Patrick Brice, 2017

Une vidéaste pense avoir trouvé le sujet de ses rêves en la personne d’un homme prétendant être un serial-killer. Elle part le rejoindre chez lui, dans une maison perdue au fond de la forêt. Creep 2 est creepy comme on aime.

En 2015, Blumhouse balançait coup sur coup The Visit et Creep (uniquement dispo sur Netflix au pays du camembert), qui nous faisaient non seulement croire à une lueur d’espoir au milieu de leur énième histoire de «surburban nightmare» mais nous rassuraient aussi quant à l’utilisation galvaudée du found footage. Avec du talent, tout est possible, même nous faire avaler pour la centième fois une saleté de vidéo oubliée sur un trottoir ou fraîchement sortie d’un magnétoscope imaginaire.

Par rapport à un The Visit plus démonstratif et plus trashouille, Creep premier du nom s’éloigne à grand pas de l’horreur formatée made in Blumhouse: quasiment aucun effet choc ou même de fx, deux personnages à peine pour tenir le récit, un budget proche du néant, de l’impro en veux tu en voilà… à ce stade, on n’est pas loin de la leçon de cinéma, tout ça avec une sacrée comédie noire au bout, où un cameraman se retrouve à filmer un sinistre inconnu au fin fond des bois pour satisfaire une demande morbide. Autant dire qu’il vaut mieux en savoir le moins possible sur la chose, et que tout ce qui suit dans ce texte sera sans doute davantage destiné à ceux ayant découvert ce premier opus.

Pour la deuxième manche, qu’on attendait fébrilement, le risque est tout de même très grand: faire du bigger and louder? Jouer la carte de la prequel ? Raconter tout autre chose? Creep 2 n’offre rien de tout ça, et louche presque vers la suite méta. Presque. Raccrochant les wagons avec la fin du premier volet, la nouvelle monture adopte d’abord le point de vue du fabuleux psychopathe incarné par Mark Duplass, qui se lasse de ses coups montés meurtriers. Notre serial-killer, à l’œuvre visiblement généreuse, a le blues et se tape une bonne crise de la quarantaine. L’idée est drôle, la suite encore plus : youtubeuse adepte des rencontres avec divers «creeps», Sara pêche une somptueuse annonce sur le net, l’invitant à filmer un parfait inconnu au milieu de nulle part. Un air de déjà vu non? Sauf que cette fois, notre creep préféré annonce très vite la couleur: il révèle ses intentions et son passé à son interlocutrice, et cherche à signer un journal introspectif, avec un contrat de non-assassinat à la clef! Un tête-à-tête à l’ambiance nettement moins inquiétante de prime abord que celle du premier film, puisque grignotée de bout en bout par une autodérision jouissive, s’amusant de sa filiation avec son prédécesseur (les nombreux jump-scares loupés).

Mark Duplass, tout en barbe, déploie un charme pervers, parfois proche d’un Charles Manson, l’illumination satanique en moins, comme lors de cette incroyable confession autour d’une baignoire, sommet de terreur et de tension érotique inattendues. À l’inverse aussi du héros du premier film, plus transparent et plus easy pour l’identification, Creep 2 déniche une héroïne charismatique et surprenante qui ne fait qu’amplifier de scènes en scènes l’ambiguïté onctueuse entre elle et le psychodépressif. Vénéneux, drôle, captivant, le résultat provoque des sensations bien différentes du premier, prouvant à quel point il se place en successeur et non en remake opportuniste. Dommage que la dernière séquence, particulièrement poussive, cherche à tout prix à ouvrir la voie à des suites. Un mal pour un bien? Wait and see…

1h 20min | Epouvante-horreur, Thriller
De Patrick Brice | Par Patrick Brice, Mark Duplass
Avec Mark Duplass, Desiree Akhavan, Caveh Zahedi

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