« Conjuring : l’heure du jugement » de Michael Chaves : Les Derniers Sacrements d’Ed et Lorraine

Il fallait bien que ça s’arrête. Après des années à transformer chaque couloir grinçant en cathédrale du frisson, The Conjuring tire enfin sa révérence avec un dernier soupir. Last Rites, qui promettait l’apocalypse et nous sert une messe basse à peine perturbée par quelques chandelles qui vacillent. James Wan, exilé depuis longtemps vers d’autres franchises, laisse derrière lui un héritage que Michael Chaves, prêtre de fortune, tente de prolonger. Résultat : un enterrement de première classe, mais sans cadavre digne de ce nom.

Car soyons honnêtes : ce baroud d’honneur n’a rien de terrifiant. Quelques jump scares au garde-à-vous, des silhouettes dans l’ombre qui croient encore faire peur et même des séquences où la salle, hilare, rit à gorge déployée, non pas de soulagement, mais de gêne. Quand un spectateur éclate de rire au beau milieu d’une scène censée faire trembler, ce n’est plus du cinéma d’horreur, c’est une parodie involontaire. La saga qui jadis colonisait nos cauchemars avec une main de fer gantée de crucifix, se vautre dans un dernier exorcisme tiède, à peine capable de faire frissonner un chat.

Pourtant, un fantôme rôde dans ces ruines : Judy, la fille Warren, interprétée par Mia Tomlinson, héritière improbable d’une dynastie d’ectoplasmes et de bibelots hantés. Elle surgit comme une apparition inattendue, transcendant la médiocrité ambiante avec deux scènes qui méritent leur ticket pour l’enfer. La première, la fameuse « robe miroir », transforme une cabine d’essayage en mausolée psychédélique où chaque reflet menace de s’incarner en Annabelle. Une bulle claustrophobe, étouffante, où l’air lui-même semble contaminé par le vernis des poupées possédées. La seconde, la « possession », offre un tableau digne des visions les plus crades de la série : Judy, recroquevillée, la tête basse, pleure des larmes qui ne sont plus humaines. Lorraine croit à une détresse ordinaire. C’est un carnage intime. A ce moment le film retrouve une parcelle de ce qu’il aurait dû être : une liturgie noire, sorte de cauchemar domestique.

Mais ne rêvons pas trop longtemps. Car autour de ces éclairs isolés tout se délite. Le démon central, dont le passé est censé tisser l’intrigue, apparaît comme une silhouette mal dessinée, sans chair ni logique. Les meurtres sur la ferme ? Des cailloux lancés dans un gouffre, sans écho. L’affrontement final attendu comme les trompettes attendent l’apocalypse, se déroule en accéléré, sans souffle. Tout se résout trop vite, trop bien, comme si l’Enfer lui-même s’était barré avant le générique.

Reste alors la tendresse. Et c’est peut-être là le plus grand crime du film : troquer la peur contre l’émotion, transformer l’ultime sabbat en noces de village. Judy épouse Tony (Ben Hardy) dans une scène sucrée comme une hostie. Lorraine contemple ses futurs petits-enfants avec des yeux noyés de prescience. Les Warrens, enfin, peuvent reposer en paix, bénis par un montage final qui sonne comme une canonisation officielle. Oui, c’est touchant. Mais qui est venu ici pour pleurer des noces et non des morts ? L’horreur s’évanouit dans la guimauve et le spectateur reste seul avec un arrière-goût de bénédiction mal digérée.

Il faut toutefois rendre justice aux deux piliers : Patrick Wilson et Vera Farmiga. Ces derniers continuent, malgré tout, à incarner avec une ferveur inaltérable un couple qui fut le cœur battant de la saga. Leur chimie, leur chaleur, leur foi mutuelle transcendent les failles du scénario. Même au milieu des incohérences et des trous béants, ils parviennent à offrir un chant du cygne digne, presque noble. Mais c’est précisément ce contraste qui rend Last Rites si frustrant : voir deux acteurs donner tout, tandis que le récit lui-même s’effrite comme une hostie oubliée trop longtemps dans un tabernacle humide.

La nostalgie, elle, fait office de baume. Caméos surgis du placard (Annabelle fait un clin d’œil aux fidèles), rappel de quelques vieux fantômes du Conjuring-cinematic-universe et cerise sur le cercueil : une scène post-générique montrant de véritables images des Warrens. Comme pour dire : « Souvenez-vous, un jour, on vous a vraiment fait peur. » Une ultime révérence sincère, mais impuissante, comme une prière murmurée trop tard.

Alors, que reste-t-il de ce dernier sacrement ? Pas la terreur, pas le vertige, mais une douce mélancolie. The Conjuring: Last Rites n’est pas l’apothéose que promet son titre, mais une caresse d’adieu qui remplace le cri. Ceux qui ont suivi la saga depuis The Conjuring jusqu’à The Devil Made Me Do It, en passant par La Nonne et même le très oubliable La Malédiction de la Dame Blanche, trouveront ici une clôture émotive, un rituel d’enterrement qui console plus qu’il ne traumatise. Mais l’horreur, la vraie, celle qui s’accroche à vos nuits, s’est éteinte avec ce dernier soupir.

Et peut-être est-ce là, finalement, le plus grand maléfice du film : nous rappeler que les démons, comme les sagas, finissent toujours par mourir d’usure.

10 septembre 2025 en salle | 2h 15min | Epouvante-horreur
De Michael Chaves | Par David Leslie Johnson-McGoldrick, Richard Naing
Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Mia Tomlinson
Titre original The Conjuring: Last Rites

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