Clément Cogitore nous explique la genèse de son formidable Braguino, notre film du mois, en salles depuis mercredi.
«Je ne sais pas trop comment font les autres réalisateurs mais pour moi, au départ, il y avait un projet, comme si des images m’appelaient et j’essaye de partir à la rencontre de ces images. Pour Braguino, j’avais des images d’enfants dans la forêt, réfugiés du monde. D’un strict point de vue personnel, j’ai grandi dans la forêt, dans une famille nombreuse. Ce sont des images connectées à mon enfance que j’avais envie d’interroger. Je cherchais des endroits sur Terre où je pourrais trouver quelque chose d’assez radical, de nuées d’enfants vivant loin du monde, dans un milieu naturel et sauvage sans pour autant que ce soit exotique. J’ai lancé plusieurs pistes, celle qui était la plus sérieuse allait vers la Russie, que je connaissais un peu pour avoir tourné un film à Moscou en 2011 pour Arté et je travaillais avec une journaliste Russe pour des recherches sur place; cela m’a orienté vers les vieux croyants, les amish de confession orthodoxe qui naguère se sont enfoncés de plus en plus profondément dans la forêt pour fuir l’autorité de l’église et de l’état. En travaillant un peu là-dessus, je me suis rendu compte que c’était assez fermé, assez sectaire. Que l’étranger n’était pas forcément le bienvenu. Je souhaitais alors quelque chose de plus radical et de plus petit. La journaliste m’a parlé d’un homme qui avait quitté d’autres communautés pour aller plus loin et fonder son propre monde tel un pionnier pour élever ses enfants là-bas. J’avais ses coordonnées GPS. Il y avait tous les ingrédients d’une histoire possible mais quand j’ai fait le premier voyage, je ne savais pas du tout si ça allait être un film, des photos ou des repérages pour écrire une fiction plus tard. J’étais pensionnaire à la Villa Médicis, un producteur me suivait à ce moment-là, on a mis un peu d’argent tous les deux et on a fait le voyage. On a débarqué là-bas. Et les choses se sont concrétisées.» La suite à voir en salles depuis mercredi et croyez-nous, c’est somptueux.

