Salma Hayek est la bienveillante productrice du film d’animation Le Prophète, qui rend hommage au poète libanais Khalil Gibran en faisant appel à la pointe de l’animation indépendante (les frères Brizzi, Tomm Moore, Bill Plympton…).
Avec le film d’animation Le Prophète qu’elle a co-produit, adaptation de l’œuvre du Libanais Khalil Gibran en salles mercredi, la star d’Hollywood Salma Hayek a pris un nouveau risque des années après Frida (Julie Taymor, 2003) qu’elle avait soutenu avec une incroyable foi : «J’ai eu envie d’accomplir une idée folle : produire quelque chose qui n’a jamais été fait avant. Ainsi, vous devez convaincre des gens très différents de partager votre folie et de s’aventurer. Nous devions expérimenter de nouvelles choses, avec du cœur. Nous voulions que la lumière du cinéma emmène le spectateur ailleurs. Aussi, vous devez vous battre pour défendre des projets singuliers. Le prophète permet d’expérimenter toutes les formes d’art : visuel, musical, poétique. Et d’amener une réflexion philosophique sur le monde dans lequel nous vivons, connectés. Sans manipulation.»
Sous la houlette de Roger Allers, réalisateur du « Roi Lion », cette adaptation se construit autour d’une histoire centrale, celle de la rencontre entre Almitra, une petite fille de 8 ans, et de Mustafa, prisonnier politique assigné à résidence sur l’île fictionnelle d’Orphalese. Autour de ce récit central, huit poèmes de Gibran donnent lieu à des chapitres autonomes, mis en images dans des styles variés par des réalisateurs de différentes nationalités, dont le Français Joann Sfar : «Je voulais mélanger les points de vue. Je voulais surprendre que le spectateur soit surpris et ne soit pas devant un divertissement consommable, confortable. Je voulais que ce soit comme un effort collectif. Je sais, ça fait un peu philosophie hippie, mais j’assume.» Salma Hayek prête sa voix à Kamila, mère d’Almitra, et le chanteur Mika à Mustafa dans la version française du film. La musique est signée par le Franco-libanais Gabriel Yared. L’actrice et productrice mexicaine, dont le grand-père était libanais, a souligné que ce livre « tellement aimé à travers le monde », la touche « très personnellement ».
Traduit en plus de 40 langues, « Le Prophète » serait le livre le plus lu après la Bible. Il en est à sa 163e édition. Recueil de poèmes en prose écrit en anglais et divisé en 26 textes, il évoque différents aspects de la vie, le mariage, le travail, l’amitié, ou la mort. Il a connu une telle popularité qu’il est souvent cité dans les mariages et les enterrements aux Etats-Unis, où Gibran a conçu la majeure partie de son œuvre «J’aime l’idée qu’un écrivain arabe ait écrit un livre en 1923 qui rassemble toutes les religions, un livre de philosophie. Je pense que le monde a besoin de ça» Avant d’ajouter : «Khalil Gibran est quelqu’un qui a beaucoup parlé de tolérance, en nous rappelant aussi les belles choses de la vie qui nous rassemblent. C’est important aujourd’hui (…) Un dessin animé qui défend la « liberté d’expression » et la « tolérance », des valeurs « importantes » aujourd’hui, après les attentats de Paris. Comme elle l’a souvent répété au gré des interviews qu’elle a donné pour Le Prophète, le film s’adresse à la jeunesse en particulier « se pose beaucoup de questions », et a besoin de « valeurs, d’éducation et d’être exposée à différents modes de pensée » : «Parler des valeurs de la vie, du fait d’apprécier l’eau et la nourriture, c’est aussi très important aujourd’hui pour les enfants à l’heure de la COP 21″, a expliqué l’actrice, engagée notamment dans la lutte contre le réchauffement climatique. «Beaucoup de critiques sont déroutés et se demandent si Le Prophète d’une œuvre artistique ou une œuvre commerciale, d’un film d’animation pour enfants ou d’un film d’animation pour adultes. Le Prophète s’inscrit en réaction à un monde formaté où l’on nous dit ce que nous devons aimer, ce que nous devons détester, là où on doit rire, là où on doit pleurer et, en sortant de la salle de cinéma, on nous incite à acheter des jouets. Nous faisons de nos enfants des consommateurs, c’est très dangereux pour notre avenir, nous devons initier nos enfants à l’art car c’est la voie plus essentielle et rapide pour stimuler le cerveau. On défend dans ce dessin animé tout ce que les terroristes détestent : la poésie, la musique etc. Je voulais aussi que le spectateur connaisse le prix de la liberté, la liberté d’expression notamment, pour constater à quel point elle est précieuse. Par ailleurs, nous tenions à ce qu’il n’y ait aucune connotation religieuse. On ne me mentionne jamais Dieu dans le film.»
Ce qui est sûr, c’est que Salma Hayek a vu très grand. Sa plus grande récompense, c’est que vous sortiez du film «différents». A cette question, «est-ce que la vision d’un film peut changer sa façon de voir le monde ?», Salma Hayek y croit, déterminée comme jamais : «La première fois que je suis allé au cinéma, j’ai vu Charlie et la chocolaterie. C’est à ce moment que j’ai compris la force d’un film. Je me suis dit que dans ce monde, il était possible de faire tout ce que vous vouliez, vous pouviez avoir une rivière de chocolat, vous pouviez devenir bleu. J’ai réalisé que l’imagination était une forme artistique que vous pouviez partager avec d’autres personnes et inciter à communiquer aux gens comment vous percevez les choses dans votre esprit. Ce concept a changé ma vie. D’ailleurs, je réalise que les films ayant changé ma manière d’appréhender le monde n’était pas forcément mes films préférés ou indiscutables. Je me souviens de la fois où, au Mexique, j’ai découvert Cinéma Paradiso, un film que j’adore qui m’a fait prendre conscience d’une chose, à quel point j’adorais le cinéma. A l’époque, je ne connaissais que les soap opéra dans lesquels je jouais, il n’y avait pas d’industrie cinématographique au Mexique. Mon amour pour le cinéma m’a donné envie de m’affranchir de ce statut de star du petit écran.»

