Dans Entre ses mains, Benoît Poelvoorde incarne un inquiétant vétérinaire qui vient secouer le quotidien palot d’Isabelle Carré (et son couple faussement stable). Le planning devait se repartir ainsi : 15 heures, entretien avec la réalisatrice. 15 heures 30, entretien avec les deux acteurs. Bien entendu, rien ne s’est passé comme prévu. On vous raconte tout avec les détails croustillants. Amusez-vous bien.
Anne, dans quelle mesure êtes-vous intervenue sur le DVD ?
Anne Fontaine : Je suis quand même intervenue, d’abord parce que j’ai fait le… Vous savez, la voix avec Isabelle Carré ?
Le commentaire-audio
Benoît Poelvoorde se marre
Anne (qui poursuit et ne voit pas Benoît) : Oui, voilà, donc on avait une sorte de rapport…
Benoît la coupe
Benoît (en hurlant): C’EST MOI QUI AI FAIT LA VOIX !
Anne (imperturbable) : Je regarde toujours ce que l’on met sur le dvd parce que je veux que ça corresponde à l’esprit du film. J’ai monté les images du making-of. On a fait le commentaire-audio en une fois avec Isabelle. On a dit à voix haute ce qui nous traversait.
Benoît (qui allume une cigarette et me regarde droit dans les yeux) : je suis très impatient d’entendre ça.
Anne : Oui, tu verras, c’est très bien d’autant que c’est assez étrange parce qu’il y a plein de souvenirs, on regarde ça comme un album de vacances. Ça va d’événements anecdotiques à des choses plus profondes. On ne peut pas être juges, on l’a fait d’une traite.
Les cinéastes détestent ça en général.
Anne : C’est horrible à faire parce qu’on n’a pas de point de vue, c’est trop récent. C’est comme de la dépersonnalisation. J’ai éprouvé une sensation très bizarre en le faisant.
Benoît : Mais t’as bien fait de le faire : personne ne le regarde.
Anne : Il paraît que c’est une figure obligée. Je l’avais fait avec Michel Bouquet sur le dvd de Comment j’ai tué mon père
Benoît : Celui-là aussi, faudra que je l’écoute…
Benoît pousse un énorme ronflement qui résonne dans la salle.
Anne (se tournant vers lui): Ah non Michel est tout sauf ennuyeux…
Benoît (qui continue de ronfler et prend une voix très solennelle) : Alors ici, nous avons travaillé… (il reprend les ronflements)
Anne (désespérée) : Vous savez quand je regarde un dvd, je ne regarde jamais les bonus, je regarde le film. Les bonus, ça ne me touche pas parce que je ne sais pas comment ça fonctionne mais j’ai compris que les gens aimaient voir beaucoup de choses. Parce qu’ils ont l’impression de passer à travers le miroir et de connaître les anecdotes.
Pourquoi avoir choisi seulement deux scènes pour le making-of ?
Anne : J’ai choisi deux moments qui étaient intéressants par rapport au travail d’acteur.
Le film évoque Le Boucher, de Claude Chabrol. Vous revendiquez ?
Anne : On me l’a souvent dit parce que c’est un cousin éloigné du Boucher. A mon insu parce que j’avais déjà écrit le scénario et quelqu’un m’a parlé du film de Chabrol, une fois que j’avais écrit le sujet. Ce qui est juste, c’est qu’il y a un cousinage évident. D’abord parce qu’il y a une histoire d’amour particulière entre un homme et une femme. J’ai vu le film après avoir tourné le mien. Je trouve que c’est l’un des très beaux films de Chabrol, très pur sans le côté satire provinciale. Les deux acteurs sont merveilleux et ça tient sur leur alchimie. Jean Yanne est prodigieux : comme les grands acteurs, il peut passer de quelque chose d’intérieur à quelque chose d’intériorisé. Les gens ont toujours l’air surpris qu’un acteur dit populaire, comique puisse interpréter de manière subtile un personnage complexe. Mais le contraire est plus ardu : un acteur dramatique qui fait de la comédie. Des acteurs comme Raimu ou Michel Simon pouvaient passer de moments drôles à des couleurs plus sombres et opaques. Ça ne me paraît pas étonnant mais les gens sont habitués à des catégories de films. Pour moi, dans le premier film qu’a fait Benoît, C’est arrivé près de chez vous qu’on peut décrire comme une pochade, je trouve qu’il y a des moments où son personnage craque et on perçoit la densité dramatique de son jeu. Je n’étais pas surprise que Benoît soit si convaincant dans ce registre, il n’y a que lui que ça a visiblement surpris un peu (elle se tourne vers lui).
Il est plus malsain dans C’est arrivé près de chez vous.
Anne : Oui parce que ça fonctionne au second degré alors que dans Entre ses mains, c’est une pathologie. C’est un monstre très humain et c’est pour ça qu’il est proche du personnage incarné par Jean Yanne qui procurait ce sentiment d’empathie énorme. Comme Benoît, il a quelque chose d’humain même s’il commet des choses terribles.
Benoît : Banal.
Anne : Humain, c’est pas banal.
Benoît : Ah non mais j’ajoutais juste banal…
Anne : J’étais en train de me demander quand est-ce que tu allais parler.
A quelques mètres de nous, une équipe tourne une scène
Benoît (regardant par la fenêtre) : Tu vois, lui (à Anne) c’est un décorateur. Mais qu’est ce qu’ils font ?
Benoît se retourne et leur hurle
Benoît : Vous allez faire un peu moins de boucan, maintenant…
Anne, il y a un schéma qui revient souvent dans vos films…
Benoît (à un homme qui passe) : Bonjour ! Comment vous allez ?
L’inconnu : Oh bah bien.
Benoît : qu’est ce que vous tournez ?
Benoît se lève et s’éloigne avec le mystérieux inconnu
Dans pratiquement chacun de vos films, on retrouve un personnage qui vient bouleverser le quotidien d’un couple et révèle un malaise (Emmanuelle Béart dans Nathalie, Michel Bouquet dans Comment j’ai tué mon père, Stanislas Meyrar dans Nettoyage à Sec, Benoît dans Entre ses mains).
Anne: C’est toujours intéressant de voir ce qu’il y a au-delà des apparences. J’aime plonger dans les vies construites, apparemment sans failles. A chaque fois, je me confronte à ça. Dans mes films, il y a toujours l’idée de triangulation alors que dans Entre ses mains, c’est un duel. Ce qui m’a intéressé ici, c’est de raconter une histoire d’amour paroxystique en me basant d’un roman. Mais j’avais déjà écrit cette histoire parce que je la connaissais. Je ne dirais pas que j’ai vécu la même histoire mais il y a des choses qui sont personnelles dans Entre ses mains.
Il y a également toujours une connotation fantastique avec l’intrusion d’un personnage plus ou moins fantasmé.
Anne : Oui, on se demande toujours si c’est de l’ordre du fantasme ou de la réalité.
Isabelle Carré arrive avec plein de sacs dans les mains
Anne : Tiens, Isabelle, d’où tu reviens comme ça ?
Isabelle : Du pressing.
Benoît : Bonjour la petite Carré.
Isabelle : ça va, mon grand Ben ?
Anne (à moi) : oui, parce que je trouvais ça intéressant de montrer le réel et l’imaginaire, de garder cette ambiguïté. Par définition, les gens ambigus, on n’arrive pas bien à les cerner. On ne sait pas pourquoi ils sont là, on ne sait pas ce qu’ils veulent.
On retrouve beaucoup l’univers de la nuit. Stanislas Meyrar qui fait le transformiste dans Nettoyage à Sec…
Benoît (me coupant) : QUI ?!
Anne (en riant) : Ton grand copain…
Benoît (consterné) : Stanislas Meyrar…
Anne, vous êtes fascinée par le monde de la nuit ?
Anne : Je ne dirais pas que je suis fascinée par le monde de la nuit. Pour des gens apparemment équilibrés, le fait de basculer dans le monde de la nuit, il y a un autre rythme cardiaque…
Benoît : Romain, t’aurais pas une feuille sur toi ?
Non, désolé.
Benoît : Bon, je vais en chercher une, j’ai envie de dessiner.
Anne : Il y a une chose qui fait que les gens baissent la garde. Il y a moins de défense. Dans Comment j’ai tué mon père, Michel Bouquet arrive dans une soirée jet-set. Effectivement, je n’avais jamais pensé à ça, mais…
Ils vont même dans une boîte de nuit à un moment donné pour faire un karaoké.
Anne : Oui, avec après le couple Bouquet et Régnier qui danse. Non, non, je ne suis pas quelqu’un qui passe sa vie en boîte de nuit. J’y ai été bien sûr mais c’est toujours décevant. On a toujours cette illusion que les gens vont être plus profonds alors qu’en fait c’est assez chimérique. Pour le cinéma, c’est comme la vie désorganisée. Métaphoriquement, c’est comme ça que je le perçois.
Beaucoup de gens vous ont découvert avec Augustin, Roi du Kung-fu.
(Benoît revient avec sa feuille et dessine)
Anne: C’est normal ; enfin, c’est normal, non, parce que j’avais fait deux films auparavant dont Augustin qui avait eu un petit succès partout. J’avais envie de réutiliser le personnage et de là, j’ai pensé à l’Asie, à Maggie Cheung que j’ai rencontré. C’est le film qui a le moins marché mais c’est un de mes films que j’affectionne le plus.
Celui-là était plus léger que les autres. Votre prochain film le sera également ?
Anne : Oui, ça s’appellera Nouvelle Chance et ce sera avec Jean-Chrétien Sylbertin Blanc (NDR. Qui joue le rôle éponyme d’Augustin), Arielle Dombasle, Danièle Darrieux. C’est un film léger, mélancolique, et Darrieux est fantastique. Je l’ai écrit pour Danièle en fait. C’est une sorte de gageur d’avoir à écrire un premier rôle pour une femme de 89 ans sans que ce soit triste. C’est un film sur les gens qui ressemblent beaucoup à leurs personnages. Il y a un curé, Jack Lang, c’est un film tout à fait à part…
Benoît : c’est pas le même personnage, hein !
Anne : Je crois que le film est vraiment bien. Je dis ça avec toutes les précautions nécessaires. Il est vraiment très singulier, très différent d’Entre ses mains. Peut-être que je suis folle mais j’ai décidé de m’attaquer à la comédie cruelle.
Isabelle et Benoît, quelle image aviez-vous l’un de l’autre avant de vous rencontrer ?
Benoît : C’est une bonne question ça.
Isabelle : Effectivement, on ne s’était jamais vus. Anne a essayé de préserver notre rencontre pour qu’on ait cette pudeur et que la complicité ne soit pas trop forte
Benoît : C’est juste, ouais.
Isabelle : Anne nous disait de faire attention à ne pas être trop proches l’un de l’autre par rapport à l’histoire.
Benoît : Bref, on ne sortait pas ensembles
Isabelle : En ce qui concerne l’image, j’avais déjà vu Benoît jouer dans, dans quoi ? (rires) Benoît : Allez, fais un effort (il l’imite) « oui, je l’ai vu jouer dans… Enfin, vous connaissez Benoît quoi »
Anne : Ce qui peut être drôle, c’est l’idée qu’elle ne t’a peut-être jamais vu dans un film
Isabelle : Si, si…
Benoît : Dans Les Randonneurs au moins ?
Isabelle : Dans C’est arrivé près de chez vous!
Benoît : Bravo
Isabelle : Dans Les Portes de la Gloire aussi et je l’avais vu dans Les convoyeurs attendent, le film de Benoît Mariage.
Anne : J’adore ce film. Je pense que c’est le meilleur avec Benoît.
Il a eu une sortie hélas trop discrète
Anne : Oui mais les gens qui l’ont vu l’aiment beaucoup.
Isabelle : Les gens ont une haute estime de ce film.
Benoît : C’est le premier rôle où l’on m’a dit que je pouvais être dramatique
Anne : T’étais vraiment formidable dedans.
Isabelle : Je n’avais pas vu en revanche le film qui l’a rendu célèbre
Anne (narquoise) : le fameux Podium…
Benoît : Ah bon, c’est vrai ?
Isabelle : Non, non, je l’avais pas vu. Je ne l’ai vu qu’après. Tu me l’avais prêté, ah non, je l’avais acheté.
Benoît (solennel) : Non, prêter, je ne prête pas. Je donne ou je ne donne pas.
Isabelle : J’avais une image de Benoît assez contrastée, un portrait fait de bribes de personnages, quelque chose d’assez inquiétant dans C’est arrivé près de chez vous, de plus tendre dans Les convoyeurs attendent, voire d’assez émouvant. Je comprenais pourquoi Anne avait fait ce choix.
Anne : T’as crié de joie quand je t’ai dit que c’était Benoît ton partenaire.
Benoît : Ah ouais « crier » ?
Anne : Quand j’étais au téléphone, j’ai entendu un cri de joie.
Benoît : C’est adorable
Isabelle : (à Benoît) T’as vu, je reste pudique mais Anne…
Benoît : Pudique jusqu’au bout hein…
Anne : Je me rappellerais toujours de ça.
Benoît : Alors moi j’avais le souvenir d’Isabelle parce que j’avais été mangé avec elle dans ma ville…
Isabelle : Ah oui, c’est vrai
Benoît : elle était déjà avec son petit chien, chose qu’elle n’a pas aujourd’hui, tu remarqueras. C’est qu’elle a des trucs à faire après…
Isabelle : Cette semaine, mon chien a failli mourir
Benoît : Ah alors, je comprends, le chien est en convalescence. Alright, parce qu’autrement, il est toujours là hein. Elle avait tourné La femme défendue avec Philippe Harrel, qui est un ami à moi, et avec lequel j’étais en train d’écrire Le Vélo de Ghislain Lambert. On a mangé dans un restaurant ensemble dans mon bled et je m’en souviens d’autant mieux que ma femme a vomi. Je garde un souvenir ému d’Isabelle qui a fait semblant de rien. Ma femme a mangé et à peine sortie de table, elle est allée dégueuler dehors. Je leur dis : bon bah je vais vous laisser, je crois que ma femme est malade. Sinon, je connaissais très bien son travail. Moi, par contre…
Benoît, pourquoi vous n’êtes pas sur le commentaire audio alors que vous semblez friand de ça ?
Benoît : Non, j’ai refusé. J’y crois pas à ces trucs là.
Et vous Isabelle ?
Isabelle : Personnellement, j’ai trouvé ça très agréable. C’était très troublant de revoir le film
Benoît : ça m’ennuyait de revoir le film et dire « oh non, pas ça ».
Isabelle : J’ai vu le film deux fois en avant-première
Benoît : Je l’ai vu une fois avec des espagnols
Isabelle : ça devait faire un an que je l’avais pas revu
Benoît : Vous avez été obligées de le revoir ?
Anne & Isabelle (de concert) : Forcément.
Isabelle : Le fait de parler sur le film donnait une distance
Benoît : pendant une heure et demi ?
Anne : Oui, non-stop.
Isabelle : Il y a eu un demi-silence à un moment donné, je dis bien un demi-silence. On avait vraiment peur du silence. J’avais l’impression de faire le journaliste par moment. Alors, Anne, vous avez voulu dire quoi à travers ce plan ? Je t’ai posé plein de questions, j’ai fait un peu votre métier de journaliste…
Anne : Oui, Isabelle était assez habile dans ses questions…
Benoît : Je vais l’écouter, c’est certain
Anne : Oui, parce qu’on a quand même parlé de toi
Isabelle : On a balancé, Ben.
Benoît : J’espère bien.
Anne : De toute façon, on ne peut pas faire de miracles sur un commentaire-audio. On n’est pas censé dire des choses très profondes. Et puis toutes les vraies choses, on les cache.
C’est totalement vrai.
Isabelle : On a quand même balancé quelques perles
Benoît : Oui, alors là j’ai fait un film avec un connard et j’ai dit à la promo que c’était un connard.
Isabelle : Quel est ce connard, tu dis ?
Benoît : Gilbert Melki. Je peux le dire devant toi, c’est un con.
Anne : Tu ne l’aimes pas beaucoup lui hein ?
Benoît : ça me fait marrer tout ces gens qui font « oh on a passé un moment merveilleux ». Non : tu t’es fait chier, tu t’es fait chier. Point barre. Avec Gilbert Melki, je me suis fait chier. C’était pour balancer une méchanceté… (rires)
Anne : Figure-toi quand je l’ai rencontré dans cet hôtel, on voulait me le faire prendre pour un film. Je l’ai trouvé d’une tristesse. Triste au sens d’un triste sir.
Isabelle (à Anne) : Je me souviens qu’on avait répété dans cet hôtel. Ça m’a fait une émotion tout à l’heure.
Anne : On s’est vues pour voir le texte
Isabelle : Il y avait déjà un vieux courant d’air.
Benoît : Et, au fait, on ne devait pas aller boire un verre avant les César pour fêter nos retrouvailles ?
Isabelle : Je peux pas à cause des photos. Mais après, si vous voulez.
Benoît : Je vais aller prendre un verre au George V avec Gilles Lellouche
Anne : Il est doué, tu trouves ?
Benoît : Rencontre-le, il vient vers 19h.
Isabelle et Benoît, comment avez-vous découvert le cinéma d’Anne ?
Benoît : J’avais tout vu.
Anne : Non, t’avais pas tout vu…
Benoît : J’ai vu Augustin, roi du Kung-fu, Nettoyage à sec, Comment j’ai tué mon père.
Isabelle : Et Nathalie tu l’as finalement vu ?
Benoît : Nathalie est le seul que je n’avais pas vu mais je l’ai vu par la suite en dvd quand je tournais le film de Nicole Garcia.
Anne : Je crois pas que ce soit le genre de cinéma qui l’attire beaucoup…
Benoît : C’est pour ça que quand elle me l’a proposé, j’ai dit non. Tout le monde va se foutre de ma gueule.
Isabelle : Et t’es nominé aux César, mon petit gars… (NDR. L’interview a été réalisée avant les César)
Anne : C’est élégant de penser qu’il serait ridicule. Je ne suis pas masochiste au point de prendre un acteur contre son gré. Mais je sentais bien qu’il y avait une attraction. C’était évident, tout de suite.
Isabelle : Anne a toujours dit que dans le film il y avait un acteur et une actrice et que ce n’était pas nécessairement ceux que l’on croyait.
Benoît : Benoît était l’actrice…
Vous avez révélé votre féminité ?
Benoît : Je ne crois pas aux choses qui t’échappent complètement. Je ne crois pas aux acteurs qui disent « oh j’ai tout perdu ». Je pense qu’il y avait une part de moi qui voulait y aller. Et une autre part qui ne voulait pas y aller parce qu’elle avait peur. Le fait que je sois bien entouré m’a permis d’aller dans ces zones d’ombre. Anne et Isabelle m’ont soutenu. Mais au départ, j’ai fait pas mal de circonvolutions.
Ça vous a sorti d’un univers masculin ?
Benoît : Où ça sentait la couille, oui, oui.
Anne : Déjà, il s’est rendu compte qu’il n’était pas complètement ridicule. Je ne sais pas s’il a vraiment éprouvé du plaisir.
Benoît : C’était un tournage assez sacré parce qu’on avait de la chance. Bon on était dans le nord, bon ça tout le monde s’en fout mais on était ensemble dans un hôtel…
Anne : Assez minable
Benoît : Le Mercure de Roubaix !
Anne : je pense que le plus important pour les acteurs, n’est pas forcément un tournage qui se passe dans une ambiance conviviale mais sur lequel il y a un vrai travail.
Benoît : T’as une grande qualité Anne, c’est que t’aimes beaucoup les acteurs. Et le fait qu’elle les aime bien, on se sentait protégé. Et le fait qu’on soit nominés aux César est te rendre un grand hommage parce qu’il fallait oser et avoir le nez.
Anne : J’ai eu de l’instinct par rapport à ce sujet.
Benoît : Anne a beaucoup de patience, en revanche, tu bouges deux fauteuils, elle s’énerve… Tu peux lui dire tout ce que tu veux, elle ne moufte pas d’un pet. Une sorte de menhir.
Anne : ça n’a pas d’émotion, un menhir…
Benoît : Non, c’est quelque chose qu’on déplace difficilement.
Anne : C’est une jolie définition (elle éclate de rire), je crois que je m’en souviendrais longtemps…
Isabelle : C’est une belle accroche pour votre article : Anne Fontaine est un menhir.
On pourrait le titrer La belle et la bête aussi mais ce serait très convenu.
Anne : Oui, on l’a souvent fait ça.
Benoît : C’est moi la bête ? Vous savez, j’ai longtemps hésité à me faire une tête de chat avec des longs poils…
Qu’est ce que vous avez appris sur ce film et vers quoi vous désirez aller désormais ?
Benoît : En vieillissant, je me rends compte que je me fous de plus en plus du scénario. Je veux ressentir. Tu peux aller très loin sans parler. J’ai appris ça avec Anne.
Un autre inconnu arrive
Benoît: Bonjour comment ça va ? ça bosse hein mon cochon. (l’inconnu passe, Benoît reprend) Je n’aurais pas pu faire le film de Nicole si je n’avais pas fait celui d’Anne. Ce qui m’intéresse, c’est de faire passer trois trucs en même temps dans la tête en parlant pas.
Isabelle : Tu parles d’intériorité ?
Benoît : Oui, voilà.
Comme dans le commentaire-audio quand Anne et Isabelle, vous parlez de la scène du karaoké.
Anne : Oui, Benoît ne comprenait pas pourquoi j’avais fait ce plan quand Isabelle chante du Dutronc. Il était furieux, hostile parce que je le filmais alors qu’il ne faisait rien. Benoît pense qu’il n’est pas intéressant quand il ne parle pas.
Benoît : Je ne comprenais pas ce plan, non. On m’a dit que ce serait coupé au montage…
Anne : Finalement, on l’a gardé.
Et vous Isabelle ?
Benoît : Non, la question du jeune homme, c’est vers quoi tu veux aller…
Isabelle : Vers la comédie. J’ai fait Quatre Etoiles, de Christian Vincent, et je voudrais faire la suite. En tout cas, on désire faire une suite, avec Benoît si tout se passe bien.
Benoît : Oui, ça me ferait plaisir de retourner avec Isabelle d’autant que maintenant, on peut tourner nus.
Anne : Ne vends pas la peau de l’ours avant de l’avoir tuée.
Ou même tourner des scènes d’amour ?
Anne : ça, ce serait la gloire.
Benoît : Tu l’as refusé au fait ?
Anne : Qu’est ce qu’elle a refusé ?
Isabelle : Non, rien…
Anne : (en me pointant du doigt) Il ne faut pas en parler devant lui.
Isabelle : Ce n’est pas toujours agréable de dire qu’on a refusé tel film et après savoir qu’on est passé après quelqu’un.
Benoît : Moi Luchini finit mes plats depuis dix ans.
Anne : On finit tous les plats de quelqu’un.
Isabelle : J’ai l’impression qu’il faudrait que l’on retourne faire un stage d’humilité avec Benoît à l’Hôtel Mercure de Roubaix (rires).
Benoît : il y a Danyboon aussi… (rires)
Quels sont vos projets ?
Isabelle : Je tourne avec Alain Resnais et le nouveau Michel Spinoza, le réalisateur de La parenthèse enchantée dans lequel je joue une érotomane.
Gros silence. Eclat de rire général.
Benoît : T’as commencé à travailler dessus ou pas ?
Isabelle : J’ai vu un psychiatre
Benoît : Oui, bon, on s’en fout.
Isabelle : Non, non, c’était très bien
Anne : C’est digne de l’Actor’s studio, c’est pas comme toi Benoît qui ne fait rien.
Isabelle : Je vais quand même essayé de garder une certaine distance avec mon personnage (rires)
Benoît : Isabelle, il faudrait faire des mises en situation avec un ami, un proche… Qu’est ce que t’en penses ? Appelle-moi…
Isabelle : Les érotomanes se fixent sur des médecins, des gens qui représentent une fonction sociale.
Benoît : Tout s’explique alors. Tout prend une tournure différente ma chérie.