« Cold Storage » de Jonny Campbell : Joe Keery, Georgina Campbell et Liam Neeson dans un divertissement trop sage

Nul besoin de dire combien Liam Neeson, remis au devant de la scène par le dernier opus de Y a-t-il un flic…, Joe Keery, tête blonde de la récemment achevée Stranger Things, et Georgina Campbell, génialement aperçue dans Barbare, ont le vent en poupe. Tout ce petit monde se retrouve ici catapulté dans une série B comico-horrifique, confrontant deux jeunes employés de nuit à une menace micro-biotique longtemps endormie.

Récemment passé par le hors compétition de Gérardmer, il y a là un divertissement sympathique, mais dont la tiédeur semble trop souvent crier « film de plate-forme ». Cold Storage assume, dès son écran titre, sa volonté d’un récit d’exploitation à la bêtise admise, convoquant tous les motifs pop du genre. Quoique génériquement photographié, le tout est joliment emballé, de ses décors et costumes à ses quelques effets pratiques amusants. On eut alors aimé voir Jonny Campbell capable de dépasser la seule citation de motifs au profit d’une énergie plus entraînante. L’irrévérence généreuse attendue du genre n’émerge franchement qu’au travers de quelques effets, mais surtout séquences montages dispensables, mais dont la volonté d’expérimenter est nettement plus stimulante.

Le recours en majorité à des effets numériques, par ailleurs assez grossiers, cristallise le geste. Les idées horrifiques sont là, en quantité, mais jamais palpables dans leur exécution, forcément un petit peu frustrante. D’une mise en scène dynamique, riche de possibilités, le long-métrage finit assez convenu, sans supplément d’âme. Reste un duo de protagonistes à l’alchimie attachante, de la tête à claques bavarde et adorable de Joe Keery à l’immédiatement efficace Georgina Campbell. Ressort alors un sens du tempo comique et du dialogue absurde souvent assez juste, bien que perdu dans un rythme quasi sériel. D’une base simple, le récit patauge dans un buildup trop étiré, qui ne laisse profiter de sa proposition que dans un dernier tiers plus resserré géographiquement, et donc dramaturgiquement.

Laborieux à caractériser ses personnages autant qu’à réunir ses trames parallèles forcément mollassonnes, le long-métrage épouse enfin ses conflits, dans un terrain de jeu propice à l’horreur comme à l’amusement. C’est lorsqu’il semble le plus s’amuser des possibilités de son antagoniste parasite que Cold Storage nous amuse le plus, dans ses sporadiques mais moins lisses touches d’irrévérence crade. Le grain de sable dans l’engrenage est là. En entrechoquant références bis et système de production plus affirmé, fortuné, le projet mêle des forces qui ne s’additionnent pas, mais se neutralisent en un objet référentiel figé plutôt qu’autonome et incarné. Liam Neeson n’est qu’un petit totem pop sous-exploité, autant que Joe Keery est ici le fantôme de sa popularité dans Stranger Things plutôt qu’un reflet de son audace façon Spree.

L’argument marketing supplante la force de proposition. C’est d’autant plus dommage que Jonny Campbell esquisse un regard sur l’incapacité de la politique américaine à être pérenne, non sans satire de son interventionnisme et de son rapport au nucléaire. Des angoisses de l’horreur des années 80 naît l’individualisme étouffant contemporain, vu selon un pas de recul proposant d’observer un rêve effondré, et des monstres qui ressurgissent de terre. C’est à nouveau fébrile dans l’exécution, mais point d’accroche attachant à une proposition trop polie, littéralement, pour son propre bien.

18 février 2026 en salle | 1h 39min | Comédie, Science Fiction
De Jonny Campbell | Par David Koepp, Jonny Campbell
Avec Joe Keery, Georgina Campbell, Liam Neeson

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