« Christine » de John Carpenter: un réservoir à pulsions

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Après un coffret collector et une édition Combo 4K + Blu-ray, Christine (1983) s’apprête à ressortir en 4K Ultra HD Blu-ray en France en édition simple. L’occasion de reparler et de redécouvrir l’un des sommets de Big Joe.

Arnie est un adolescent timide et complexé. Un jour, il fait la rencontre de Christine, une Plymouth Fury de 1958 en piteux état, et décide de l’acheter. Lorsque la voiture retrouve une seconde jeunesse, le comportement d’Arnie se met à changer. Désormais sûr de lui, en couple avec la plus belle fille du lycée, il reste néanmoins obsédé par Christine. Quiconque osera se mettre en travers de leur chemin devra en payer le prix fort… Sans s’ingénier à jouer les petits malins naviguant à contre-courant (« c’est le MEILLEUR FILM de John Carpenter »), reconnaissons quand même que la réputation de Christine n’est pas à la hauteur. Les salles oublient de le programmer lorsqu’elles consacrent le cinéaste désormais unanimement adulé (y compris chez n’importe quel fémisard: c’est dire le chemin parcouru). Le film fait bien souvent partie des Carpenter qu’on découvre en dernier, relégué loin derrière les morceaux de bravoure horrifiques et les affres de Snake Plissken: l’auteur de ces lignes ne déroge pas à la règle, et se réjouit qu’un éditeur investisse tant d’énergie et d’efforts dans des films longtemps éclipsés par une filmographie trop scintillante.

Pas vraiment un film d’horreur, pas vraiment un teen movie, Christine se situe à l’intersection des deux: littéralement un réservoir à pulsions ne demandant qu’à s’exprimer. Le film flanque toute sa dimension libidinale sur ce bolide féminin, mal traité par la gent masculine (voyez sa réaction quand les hommes tentent de la pénétrer, ou qu’une tractopelle tente – ALERTE SPOILER – de la… sodomiser). Christine n’hésitera pas non plus à « étrangler » celle qu’elle considère sa rivale: l’analogie avec la télékinésie vengeresse de Carrie (1976) est toute trouvée, mais le film de Carpenter est peut-être un peu plus retors encore, en cela qu’il respire les fesses à chaque plan sans jamais défroquer ses personnages ou guetter la traditionnelle scène d’inauguration nuptiale. Mais si Christine rutile autant chez nous, c’est sûrement pour son incroyable prescience de ce que seront les années 80, cette résurrection sidérante et amnésique des années 50 (bagnole + famille + rock’n’roll). Le film se déroule fin 1978, mais biffe absolument toute référence aux seventies, et postule ainsi que la décennie tout juste écoulée n’existe pas: la vraie terreur du film, c’est cette piteuse Plymouth de 1958 capable de s’auto-réparer et d’imposer littéralement la restauration, bombant fièrement les jantes, à l’image d’une époque carburant artificiellement aux stéroïdes reaganiens. Jusque dans son ultime plan: God I hate rock’n’roll! G.R.

25 janvier 1984 en salle / 1h 51min / Fantastique, Epouvante-horreur, Drame, Thriller
Date de reprise 7 septembre 2022
De John Carpenter
Par Stephen King, Bill Phillips
Avec Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul
Sortie en Blu-ray le 18 janvier 2023

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