Champs-Elysées Film Festival, c’est court et c’est bon!

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Tout juste remise des bulles savourées avec vue-sur-l’Arc-de-triomphe, notre petite sélection des courts et moyens-métrages – et des talents prometteurs – repérés cette année aux Champs-Élysées Film Festival.

Euridice, Euridice de Lora Mure-RavaudMeilleur moyen-métrage français indépendant
Un moyen-métrage d’une beauté folle, primé au dernier Festival de Locarno, et dont ne cesse de vous dire du bien. Ondina est une jeune femme solaire et épanouie. Elle partage sa vie avec Alexia. C’est sa grande histoire d’amour, passionnelle et charnelle. Mais, un jour, Alexia s’envole pour sa Grèce natale et ne revient pas… Si ce pitch vous dit vaguement quelque chose, c’est que vous connaissez vos fondamentaux grecs (ou que vous avez vu cette nouille de Francis Huster dans Parking de Jacques Demy, c’est possible aussi). Il ne vous aura pas échappé qu’il manque ici un élément essentiel du mythe – le regard qui tue – et que la réalisatrice a préféré convoquer de biais ce héros à la lyre plutôt que de proposer une énième adaptation fidèle d’un mythe ayant déjà livré son quota de chefs-d’œuvre (Jean Cocteau, Marcel Camus, Tennessee Williams…) Le regard, c’est pourtant ce qui guide ce film à la mise en scène plus qu’envoutante: d’un côté les yeux bleus perçants d’Ondina, jouée par Ondina Quadri (vue récemment dans Piccolo corpo: il faut imaginer les yeux de Nathalie Coste Cerdan greffés sur la tête androgyne de Timothée Chalamet, c’est d’une cinégénie à peu près totale) qui bouffent littéralement la caméra, aimantant la boussole scopique du spectateur pendant plusieurs scènes de sexe filmée avec une éminente délicatesse. De l’autre, un visage ravageur qui ne s’offre que très rarement au cadre (Alexia), préférant la pénombre au centre du viseur, de beaux yeux tristes renfermant quelque chose de moins vivant que les deux œilletons fougueux d’Ondina. Moins vivant, mais pas moins vibrant: le film travaille quelque chose de trouble pour le spectateur, qui ne sait pas toujours à qui appartient la nuque ou la main droite qui se balade par là, et qui ne sait pas non plus statuer franchement sur la nouvelle incarnation d’Alexia surgissant dans un deuxième temps du film (certains y verront la même actrice, d’autres, quelqu’un qui n’a strictement rien à voir: c’est dire si le film réussit à convertir pleinement le beau mystère qui l’enrobe).

Shake up d’Anne Steffens – Prix du public du meilleur court-métrage français indépendant
Sous ce titre inquiétant (on croirait à un CD2 titres de DJ Snake), se cache en réalité une réjouissante comédie existentielle autour du non moins inquiétant check-up, ce fameux bilan de santé général que les gens normaux abordent en toute décontraction et que les branleurs-rêveurs comme nous repoussent toujours jusqu’au dernier moment (leur lit de mort?). C’est au détour d’un horoscope qui conseille aux Taureaux d’aller consulter que notre héroïne Claire, par ailleurs Sagittaire, se décide à passer sur le billard. Un dédale kafkaïen de visites chez le dermato, le pharmacien, l’ophtalmo, le gynéco, le parodontiste, ou encore le paysagiste des cheveux l’attend, à chaque fois agrémentées d’un package d’interrogations mi-impersonnelles mi-saugrenues. La question de la clope – véritable trauma pour tout fumeur se décidant à affronter non sans crainte le regard froid et réprobateur du toubib – reviendra à chaque étape, tout comme celle de l’injonction à la procréation (« Vous avez 40 ans ma bonne dame! »), pour un joli film questionnant les normes de la… normalité. C’est signé Anne Steffens, que vous avez vue dans Rodeo, Playlist, ou dans les merveilles de courts de Benoît Forgeard. On attend désormais le passage au long, avec ou sans patch Niclopette.

Boléro de Nans Laborde-Jourdaà – Meilleur court-métrage français indépendant (ex æquo avec Phalène)
Premier exploit du film: nous réconcilier avec le Boléro de Ravel, qu’on pouvait difficilement entendre depuis Les uns et les autres de Claude Lelouch en 1981. Deuxième réussite de ce court remarqué et primé à la dernière Semaine de la critique: recréer quelque chose d’un certain cinéma utopique des années 70 – Le Larzac laisse ici place aux Pyrénées – où le réenchantement du monde passe d’abord par le collectif. Le film raconte le retour au bercail de Fran, danseur interprété par le chorégraphe François Chaignaud, qui prend prétexte d’une panne de voiture pour s’écarter de retrouvailles familiales un peu pesantes (pléonasme). Au bout d’un chemin égaré, les ouatères d’un supermarché interlope deviennent alors le refuge de… le refuge de quoi en fait…? Il vaut mieux ne pas trop en dire pour mieux se laisser cueillir par ce court envoûtant qui a également raflé la Queer Palm 2023 aux côtés de Mister Kore-eda (mention spéciale à la productrice Margaux Lorier qu’on a l’impression de croiser grosso merdo tous les trois jours depuis Cannes!)

Phalène de Sarah-Anaïs Desbenoit – Meilleur court-métrage français indépendant (ex aequo avec Boléro)
Du cinéma chorégraphique là encore: deux sœurs jumelles totalement coupées du monde – un hameau que l’on imagine lozérien volontairement privé d’indications d’époque et de lieu – passent leur temps à effectuer leurs tâches quotidiennes ensemble: dormir, manger, laver, crapahuter (vous l’aurez compris, aucune trace de smartphone ou de marqueur portant la trace d’un monde moderne ici). Mais, cet art du millimétrage à deux se laisse peu à peu gagner par la désynchronisation (et le chaos) quand les quatre éléments d’Empédocle d’Agrigente se décident à reprendre le pouvoir… Oui, c’est normal que vous trouviez ce pitch mystérieux: c’est du cinéma sensoriel et muet made in Le Fresnoy qui s’éprouve en salle, et pas sur votre Macbook treize pouces entre deux séances textos vites expédiées!

L’Acteur (ou la surprenante vertu de l’incompréhension) de Hugo David & Raphaël Quenard – Prix France Télévisions
On peut se permettre d’être un chouia moins enthousiaste que l’ensemble des personnes présentes dans la salle (venues saluer le Quenard en personne alors qu’il faisait déjà 43,6 degrés avant son arrivée au sous-sol du Balzac)? Si l’on n’a pas fini de dire tout le bien que l’on pense du toujours-en-salle Chien de la casse, on trouve ce mockumentaire, réalisé en marge du tournage dudit long-métrage, un peu trop sûr de son petit effet. Raphaël Quenard y pousse à fond les potards de l’égocentrisme (logorrhée impossible à canaliser, divagations métaphysiques sur l’art du jeu, hurlements expiatoires en guise de répétitions) et le spectateur se sent quelque peu étouffé par une faconde qui perd en fraîcheur à mesure que le bonhomme devient une bête de plateaux télé. Cette « surprenante vertu de l’incompréhension », censée mettre en question l’idée que l’on n’a pas besoin d’être entendu pour véhiculer des choses, ne peut paraître qu’un poil gratuite tant le monsieur semble avoir mis la planète entière à ses pieds: un petit numéro qui risque encore de plaire à notre confrère « attaché de presse » Renaud Pila…

 

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Pacific Club de Valentin Noujaïm – Mention spéciale du meilleur court-métrage français indépendant
En 1979, dans les sous-sols de la Défense, ouvre le Pacific Club, toute première boîte de nuit à accueillir les populations de banlieue, sorte d’antichambre street aux talons aiguilles des années Palace. Pendant une décennie, cette première génération de fils et filles d’immigrés ont traîné leur Adidas à semelles hautes sous des tours de verre et d’acier. Azedine, 18 ans à l’époque, raconte l’histoire oubliée de ce club et de ceux qui l’ont fréquenté, plongeant dans les méandres des années lointaines où l’on croisait encore des saxophonistes en chair et en os! 10 années de bamboches ambiguës, marquées à la fois par l’apparition du SIDA, les grandeurs et décadences de l’héroïne, la croissance médiatique d’un Jean-Marie Le Pen, et le sentiment un peu naïf que la nuit pouvait peut-être faire oublier les barricades racistes du quotidien… Le tout avec des archives indistinctes et des plans de ville bétonneuse errante, ponctués de reconstitutions qui sentent plus la solitude que la chaleur humaine: n’en déplaise aux éditions Glénat, le bleu n’est pas toujours une couleur chaude!

Pour finir, petite mention au sympa Adieu les copains de Lawrence Valin, beau film sur quatre jeunes Réunionnais qui s’apprêtent à s’envoler pour la France hexagonale, laissant derrière eux leur adolescence, et à Invisibles de Matthieu Salmon, où une Pauline Lorillard mise au placard restitue bien l’enfer des discussions Zoom qui coupent faute de réseau et des distributeurs à friandises qui ne fonctionnent pas (et qui, dans un monde décent, mériteraient d’envoyer illico presto leurs constructeurs au goulag). On vous dira quelques mots sur le remarqué Rue Philippe Ferrières de Maxence Stamatiadis dès qu’on l’aura vu! G.R.

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