#CANNES2018 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 6: GASPAR SANTA SANGRIA

La Rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 6: Gaspar Sangria Gaspar. Mandi Chaos Mandi. Meurs Monstre Meurs.

Soyons clairs: un film dans lequel une cinéaste s’appelle Joy d’Amato ne peut pas être foncièrement mauvais. C’est le cas de Ultra Pulpe, le nouveau Bertrand Mandico présenté ce samedi soir dans un programme de courts à la Semaine de la critique. Un juste retour des choses un an après le boudage incompréhensible, toutes sections confondues, du précédent Bertrand Mandico, soit les admirables Garçons Sauvages, sortis en février dernier. Aussi, à peine remis de la folle aventure sexuelle de ce premier long métrage, le maître es chaos a génialement enchaîné avec un moyen (40 minutes quand même). Un moyen pas moyen qu’on aura d’ailleurs le plaisir de retrouver en salles cet été en compagnie de deux autres magnifiques productions Ecce Films signées par nos autres grands chouchous chaos: Les Îles de Yann Gonzalez et After School Knife Fight du duo Caroline Poggi et Jonathan Vinel.

Alors que raconte l’ultra chaos Ultra Pulpe au juste? Eh bien, de la fin du tournage d’un film fantastique sur la fin d’un monde et, corrélat, de la fin d’une histoire d’amour. Celle entre deux femmes, l’une actrice, l’autre réalisatrice, Apocalypse et Joy. On retrouve une partie du casting desGarçons Sauvages (Elina Lowensohn en alter ego de Mandico, Vimala Pons, Pauline Lorillard, Nathalie Richard). Et le film de muer en rêves ou cauchemars, sensuels, sexuels, violents, cruels. Une se caresse pendant qu’elle filme une scène, une autre se retrouve sur Mars, abandonnée par ses proches et en proie à des astronautes violeurs, tandis qu’un homme reçoit un appel d’outre-tombe d’une muse de Jean Cocteau. Si la réalisatrice semble d’abord avoir le contrôle sur toutes ces images, on a finalement l’impression qu’elle est elle-même manipulée par le singe Gizou, qui n’aurait pas déplu à ce cher Gustav Klimt. Plus qu’un amuse-bouche entre Les Garçons Sauvages et un deuxième long-métrage, Ultra Pulpe est une proposition de cinéma méta qui dépeint cette «grande famille» du cinéma comme une galerie de monstres sublimes. Un choc visuel et sensoriel qui a la peau d’un giallo futuriste et les entrailles des chefs-d’œuvre de David Lynch mettant en scène la violence insupportable des hommes sur les femmes. On en reparlera cet été mais on est addict à cet objet que Bertrand Mandico nous avait présenté il y a quelques mois comme un mélange de mélo, de queer, de pop, de morbide et de baroque à gogo, se revendiquant aussi bien de Rainer W. Fassbinder que de Stephen Sayadian. Vous êtes tous prévenus.

Addict aussi nous sommes du nouveau long métrage de ce cher Gaspar Noé, autre grand nom habitué du chaos, qui avec Climax nous propose une expérience psychotronique (goûtée en ce qui nous concerne à la projection du dimanche matin, dans une salle rapidement blindée). En attendant le début de la projection, nous avons pu succomber à une formidable playlist des années 80 composée par Jim Jarmusch especially for La Quinzaine des Réalisateurs.

Climax commence enfin, aux alentours de 8h50 et dès la première séquence (une jeune femme agonisant dans la neige), on comprend que ce film-là ne ressemblera qu’à du Gaspar Noé.

Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.
Nous retrouvons dans un simple synopsis, l’entièreté de son cinéma-expérience à la fois viscérale et expressif, chaotique et tumultueux. De la déstructuration du film à la Irréversible, au triple sensoriel de Enter the void, et au voyage sentimental et de la captation du corps dans Love, Climax combine les trois. Le film raconte l’histoire d’un groupe de danseurs se retrouvant dans un bâtiment isolé pour préparer un spectacle. Après leur dernière répétition, le chaos et le dysfonctionnement collectif s’installent. Tourné en seulement deux semaines en laissant une grande part d’improvisation a ses acteurs/danseurs, Gaspar Noé nous propose une œuvre organique où la caméra – sans cesse en mouvement – virevolte, bascule, lévite au-dessus de ses corps qui s’enchaînent et se déchaîne. A l’euphorie du mouvement de la caméra de Benoît Debie substitue la dysphorie d’un déplacement dans un espace clos où les jeunes sont enfermés au milieu de cette forêt enneigée et vouée a eux-mêmes. Ça se drague, ça engueule, ça crie, sa pleure, ça rit voilà que le son est également au centre de la mise en scène. Accompagné d’une musique techno – obsédante et lancinante – la musique rythme les corps que la caméra suit dans une chorégraphie visuelle, sensorielle et incarnée pendant 1h30.

Ajoutons in fine que question playlist, Climax époustoufle.

Sinon, deux petits mots sur deux films vus par la Rédaction qui nous ont laissé un chouia perplexe: tout d’abord, Mandyde Panos Cosmatos, introduit comme le midnight movie hardcore de la Quinzaine des réalisateurs, dans lequel Nicolas Cage joue un bûcheron fou de vengeance après le meurtre de sa compagne, brûlée par une secte d’évangélistes dégénérés à la Charles Manson. C’est le pitch et ça ne va clairement pas plus loin. Wanna-be chaos, le réalisateur greco-canadien, à qui l’on doit Beyond The Black Rainbow (2010), veut en foutre plein les mirettes et en fait des kilotonnes dans le ketchup pour décrocher le couronne du film de vengeance culte. Or, en dépit des efforts méritoires de cher Nic dans tous ses états seconds (Nic qui sniffe de la coke, Nic qui se bastonne à la hache, Nic qui boit de la vodka en slip…), tout nous a paru post-moderne, pompier, calculé et assez fake. Ensuite, Meurs monstre meurs de Alejandro Fadel (Los Salvajes en 2012) qui fonctionne exactement comme La Région Sauvage de Amat Escalante sorti l’an passé (et dixième de notre top 2017). Une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes. Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé. Et les hommes se comportent de façon bien louche comme s’ils cachaient un secret. Alors que la Police Rurale cherche à traquer un tueur en série parmi de nombreux suspects et que l’enquête piétine totalement, tout ce petit monde doit se résoudre à cette évidence horrifiante: ledit serial-killer est en réalité un monstre hantant la montagne.

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