#CANNES2017 LES 10 FILMS PRÉFÉRÉS DE LA RÉDACTION

A quelques heures du palmarès (qui sera de toute façon déceptif), la Rédaction chaos donne ses 10 moments de cinéma préférés au dernier Festival de Cannes.

1. TWIN PEAKS: THE RETURN de David Lynch (HORS COMPÉTITION)
Comment ne pas partager son enthousiasme après pareil divertissement dément comme on n’en fait plus, à même de ne pas trahir une attente de 26 ans et d’emmener le spectateur dans un ailleurs inexplicable? Parfaitement, c’est impossible. A l’image de chaque conclusion d’épisode, cette troisième saison est une grande fête où tout le monde est convié pour un tour de piste. Lynch ne prend pas la pose devant des clichés figés, il ressuscite son bestiaire, l’anime, l’intègre dans un grand tout. Surtout, il ne se contente pas de reproduire les mêmes dispositifs sensoriels, comme un rapide survol de Inland Empire pouvait le suggérer en l’absence de bonnes dispositions de réception. Loin du juke-box référentiel de la troisième saison de Fargo, Twin Peaks 2017 ne ressemble à rien d’autre, pas même à du Lynch passés quelques plans totémiques a priori inévitables (il aime toujours autant filmer les routes et les forêts, la nuit, comment lui en vouloir ?). Le meilleur film de ce 70e Festival de Cannes était donc une série. Une série qui ressemble tant à un idéal de cinéma.

2. 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo (COMPÉTITION)
Dans Les Revenants, le premier film de Campillo, il était question de zombies, et des problèmes politiques, médicaux et sociaux que cela impliquait. Son deuxième long, Eastern Boys, débutait sur une incroyable scène d’intrusion dans un appartement, sur fond de beats électroniques, avant de basculer dans la romance gay. 120 Battements par minute synthétise un peu tout ça, les zombies, la politique, le sexe, la maladie, les actions coups de poing, l’homosexualité et la musique électronique, pour le reformuler autrement : une fresque historique sur les militants d’Act-Up Paris, au début des années 1990.

3. LE JOUR D’APRÈS de Hong Sang-Soo (COMPÉTITION)
Ici, pas de Zaza mais toujours Kim Min-hee dans un conte moral en noir et blanc. Dans cette ronde sentimentale d’à peine une heure trente, on s’aime, on se quitte, on se trompe, on pleure… Et comme toujours, on boit beaucoup. Toute en musique lancinante, en flashbacks dévastateurs, en digressions philosophiques et en jeux de rôle/jeux de miroir, cette fable sur le sentiment amoureux, hantées par des fantômes de tristesse, raconte à quel point, le plus simplement du monde, on est toujours prisonnier de sa première fois. Lors de la conférence de presse, HHS a avoué: «Je ne savais pas ce que j’allais faire au début du tournage du Jour d’après.» Un super film, tout simplement.

4. LOVELESS de Andreï Zviaguintsev (COMPÉTITION)
Premier film de la compétition présenté à la presse, Loveless ne nous a pas laissé tranquille. Son auteur, c’est Andreï Zviaguintsev, cinéaste naguère cultiste d’un autre Andreï (Tarkovski donc) dont nous avions beaucoup aimé Le Retour, Elena, Leviathan et un peu moins son Bannissement. Ici, il raconte une histoire de couple qui se déchire et d’enfant qui se sauve. Vu les liens entre Zviaguintsev et Tarkovski, on se demande s’il y a quelque chose de L’enfance d’Ivan dans cette affaire. En fait, pas tellement. Le film a de toute évidence des béquilles (surtout lorsque l’on sent le poids de ses métaphores politiques). Mais sa noirceur, et on a envie de dire sa douleur, est inoubliable. Lovelessnous choppe universellement, dès lors qu’il raconte la filiation, davantage encore que la médiocrité du père qui flippe de perdre son taf et le narcissisme 2.0 de la mère qui passe sa vie à faire des selfies. Un plan sur l’enfant en larmes écoutant derrière une porte ses parents se déchirer dans le salon. Un autre plan où il regarde un ailleurs par la fenêtre de sa chambre. Une phrase (on ne peut pas vivre sans amour). Un regard (celui d’un père qui, soudain, prend conscience de son rôle de père). Un silence (celui des parents qui au moment de se coucher comprennent que «quelque chose» s’est passé). Et le film, plein de moments forts de ce genre, qu’il serait sot de balayer d’un revers de la main, de nous pétrifier. De nous diviser, aussi.

5. OKJA de Bong Joon-Ho (COMPÉTITION)
Toujours aussi à l’aise pour empiler les genres dans un même film, parfois dans une même scène, le réalisateur de The Host et Mother croise ici le conte enfantin à la Spielberg et la satire politique grand-guignolesque – il vise ici, on l’aura compris, les dérives du capitalisme sauvage, et en particulier celles de l’agroalimentaire, montrées comme un avatar inhumain, dégénéré et sanglant de ce fascisme moderne. Le tout emballé dans une débauche de scènes d’action impressionnantes – des missions sauvetage principalement, en particulier une sorte de version non-violente de la séquence du braquage en camion de The Dark Knight, assez jubilatoire – en gambadant de la campagne coréenne à New York à la vitesse grand V. En sortant de la projection, la polémique Netflix était oubliée.

6. YOU WERE NEVER REALLY HERE de Lynne Ramsay (COMPÉTITION)
Dans la peau de Joe, un ancien marine torturé, Phoenix vient à la rescousse de la fille d’un sénateur embarquée dans un réseau de prostitution. On a évidemment peur d’une lourdeur pachydermique, puis on a fait confiance à la réalisatrice Lynne Ramsay dont on avait aimé les premiers films radicaux et onirico-erratiques (Ratcatcher, Le Voyage de Morvern Callar) et un peu moins le trop esthétisant We need to talk about Kevin. Mais s’il provoque des émotions contradictoires dans la même scène (l’impression de regarder un truc hybride, un peu couillon niveau psy et en même temps hyper balèze dans sa mise en scène pleine d’ellipses et misant sur l’intelligence de celui qui regarde), le film s’en tire bien. Sur un mode Lodge Kerrigan light, la réalisatrice nous évite le crapoteux et son regard s’avère toujours le bon (comme son montage et son univers sonore). Et Park Chan-wook, dans le jury, a dû adorer les coups de marteau.

7. LE VÉNÉRABLE W. de Barbet Schroeder (UN CERTAIN REGARD)
Après le dictateur ougandais Amin Dada et Jacques Vergès, le cinéaste suisse Barbet Schroeder poursuit sa « trilogie du mal » avec un documentaire sur un influent moine bouddhiste birman qui prêche la haine contre la minorité musulmane. La caméra du réalisateur de More et de Maîtresses’introduit au cœur de la mécanique anti-Rohingyas, la minorité musulmane de ce pays à plus de 90% bouddhiste. Aux côtés d’images amateurs des exactions antimusulmans (maisons brûlées, lynchages…), d’images de propagande parfois très modernes sur fond de musique pop et diffusées sur internet, le documentaire trouve sa valeur unique dans les longs entretiens accordés au cinéaste par Ashin Wirathu, moine bouddhiste très influent prêche la haine contre les musulmans dans ses discours. Audacieux comme tout bon Barbet qui se respecte. Alors respect Barbet.

8. LES FILLES D’AVRIL de Michel Franco (UN CERTAIN REGARD)
Disciple du cinéma achtung achtung, le réalisateur mexicain Michel Franco surprend (un peu) avec Les filles d’Avril qui a des allures de conte cruel. Une femme (Emma Suárez, ancien amour de L’écureuil rouge de Julio Medem et récemment revue dans Julieta de Pedro Almodovar), mère de deux filles (une de 17, une de 34), va également être mère-grand: celle de 17 ans est enceinte et hyper sexuée, celle de 34 assaillie par la tristesse et asexuée. La jeune femme ne voulait pas que cette mère, souvent absente, soit au courant de sa grossesse mais à cause du coût et de la responsabilité qu’un enfant représente, elle décide de l’appeler. Ainsi, Avril (oui, c’est le prénom de la mère) s’installe, apparemment désireuse d’aider ses filles, mais avec l’arrivée du bébé, son comportement change et les réticences de la jeune femme à lui demander de l’aide se justifient de plus en plus. Comme toujours, la mise en scène chez Franco est impressionnante d’apparente impassibilité. La dérive de la mère égoïste et monstrueuse, sorte de Gorgone, qui décide de refaire sa vie flinguée comme une seconde jeunesse, une fois encore au détriment de ses enfants qu’elle flingue à nouveau – grosso modo, elle veut devenir mère et non grand-mère – est quand même bien dérangeante. D’autant plus qu’elle est parfaitement crédible et que cette monstruosité-là n’est jamais surlignée. Du cinéma radical comme on l’aime.

9. MAKALA de Emmanuel Gras (LA SEMAINE DE LA CRITIQUE)
Le sleeper dont tout le monde a parlé, une des grandes révélations de ce dernier Festival de Cannes. Un documentaire lumineux et pudique qui suit un travailleur congolais parti vendre du charbon en ville pour faire vivre sa famille. Il vend du charbon (makala en swahili) et on le voit peiner sous le poids d’une cargaison trop lourde sur un vélo à l’équilibre précaire, arrivant en ville, négociant à bout de fatigue et lors d’une veillée de prières, au milieu de transes et de chants. D’abord gêné par le fait d’être un occidental filmant un Congolais, le jeune réalisateur s’est mis en retrait et a opté pour un récit sec, sans voix off, ni commentaire. Il s’est dans le même temps concentré sur les sensations, d’épuisement, de chaleur, de grouillement qu’il fait passer grâce à une lumière superbe et un travail sur le son. Sommet du chaos: Kleber Mendonça Filho a adoré.

10. ex-æquo JEANETTE de Bruno Dumont (LA QUINZAINE DES RÉALISATEURS)
Oui, Bruno Dumont a de l’humour. La preuve, après Ma Loute, avec Jeanette qui se situe entre mélopée moyenâgeuse et parodie d’opéra-rock. Domrémy, 1425. Jeannette n’est pas encore Jeanne d’Arc, mais à 8 ans elle veut déjà bouter les anglais hors du royaume de France. Inspirée du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910) et de Jeanne d’Arc (1897) de Charles Péguy, la Jeannette de Bruno Dumont revisite les jeunes années d’une future sainte sous forme d’un film musical à la BO électro-pop-rock signée Gautier Serre, alias Igorrr et aux chorégraphies signées Philippe Decouflé. Il faut le voir pour le croire.

BLADE OF THE IMMORTAL de Takashi Miike (HORS COMPÉTITION)
Basé sur le Manga du même nom (L’Habitant de l’infini de Hiroaki Samura) publié pour la première fois en 1993, le film évoque l’histoire d’un guerrier samouraï immortel, qui ne peut lever sa malédiction que d’une seule manière: tuer 1000 hommes. Peu de journalistes l’ont dit mais oui, le Miike est super chaos. Cinéaste certes inégal, le stakhanoviste tourne tout et souvent n’importe quoi. Cette fois, pour ce centième long métrage, ce n’est pas n’importe quoi. Un chanbara qu’il est hallucinant et qu’il est chaos.

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