La rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 7: Yorgos Lanthimos too much chaos, where the fuck is Zaza?, quand soudain Hong SangSoo…
JOUR 7. LUNDI 22 MAI 2017.
La journée commence bien. Dans le cas de nos chouchous Jonathan Vinel et Caroline Poggi, plébiscités à raison par des talents comme Bertrand Mancido et Yann Gonzalez, une forme de cinéma nouvelle s’offre à nous: bien ancrée dans son temps. Un cinéma sans référence écrasante donc tourné vers demain, qui aurait même un petit temps d’avance et qui aurait déjà tout bien assimilé (les jeux vidéos, le porno, les emojis, l’ennui de banlieue, le spleen existentiel, la mélancolie lunaire, l’art comme force transcendante, les petites vidéos sur Instagram…). Cherchez un peu partout, vous ne trouverez aucun équivalent et ce jusque dans leur super look.
Deux artistes dont on a déjà envie de savoir de quoi leur avenir sera fait. Soit leur prochain long métrage: Jessica Forever. Une histoire construite autour d’un groupe de jeune gens violents, des guerriers qui aspirent à vivre en paix. Ce qui les réunit et les apaise c’est Jessica, une jeune femme avec qui ils cherchent à créer un monde dans lequel ils auront le droit de rester vivants. On les espère déjà à Cannes 2018.
Puis la journée se poursuit mal avec la projection d’une de nos plus grandes attentes de ce 70e Festival de Cannes: celle de Mise à mort d’un cerf sacré, pile deux ans après The Lobster, qui s’ouvre sur une opération à cœur ouvert. Un exercice de style pompier et grossier, travaillé par les pulsions de vie et de mort dans lequel un brillant chirurgien (Colin Farrell) prend sous son aile un adolescent perturbé, dont le père est mort des années plus tôt sur sa table d’opération. La tension entre les deux personnages monte crescendo jusqu’au jour où l’adolescent (Barry Keoghan, à baffer) annonce qu’il cherche à se venger du chirurgien: il va devoir choisir qui de ses proches va mourir, entre son épouse (Nicole Kidman) et ses deux enfants.
Mais dis donc, après avoir lorgné du côté de Buñuel, Yorgos cherche désormais à faire du Haneke. Sauf que, comme le souligne très justement Philippe Rouyer, c’est de l’anti-Haneke. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures: tel un démiurge, et plus précisément tel le gamin qui donne les règles du jeu, Yorgos fait son Funny Games avec des personnages en carton qui hélas n’existent pas (avec un petit côté saccage de la famille US très couillon) et prend l’alibi de la tragédie grecque pour la transmuer en farce cynique. Au moins, Funny Games avait un minimum de réflexion et de provocation. Ici, tout est si prévisible dans les intentions que, mis à part chercher à décrocher la Palme du film le plus consciencieusement détestable, on ne voit pas trop l’objet ni le le but de ce salmigondis.
La vraie surprise de la journée vient de cher Hong SangSoo. Son Jour d’après fait l’unanimité dans notre Palmomètre. Ici, pas de Zaza mais toujours Kim Min-hee dans un conte moral en noir et blanc. Dans cette ronde sentimentale d’à peine une heure trente, on s’aime, on se quitte, on se trompe, on pleure… Et comme toujours, on boit beaucoup. Toute en musique lancinante, en flashbacks dévastateurs, en digressions philosophiques et en jeux de rôle/jeux de miroir, cette fable sur le sentiment amoureux, hantées par des fantômes de tristesse, raconte à quel point, le plus simplement du monde, on est toujours prisonnier de sa première fois. Lors de la conférence de presse, HHS a avoué: « Je ne savais pas ce que j’allais faire au début du tournage du Jour d’après. » Un super film, tout simplement.
Sinon, on voulait vous dire que Abel Ferrara allait très bien (comment ça, tout le monde s’en fout?)

