#CANNES2017 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 6: «ZAZA EST PRÊTE POUR LA CHENILLE»

La rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 6: Zaza chez HSS lost in Cannes, Zaza chez Haneke lost in Calais, Michel Franco achtung achtung, John Cameron Mitchell on fire, Palme du plan à trois…

JOUR 6. DIMANCHE 21 MAI 2017.
Attention, elle arrive. Qui ça? ELLE, voyons. La Huppert. Zaza, pour les intimes. La presse va la découvrir dans deux films ce dimanche. Tout d’abord, dans La caméra de Claire, projo Huppert blindée, la fantaisie que la comédienne a tournée avec le réalisateur Hong SangSoo au Festival de Cannes l’an passé. Évidemment, tout a été écrit sur un coin de table, décidé à l’arrache, comme un pari surréaliste, in the name of chaos. Ce qui a évidemment plu à HSS, qui capte tant de choses essentielles avec trois fois rien, et à Huppert qui est toujours partante pour les projets aventureux. Ainsi, un pitch confetti: lors d’un voyage d’affaires au Festival de Cannes, Manhee (somptueuse Kim Min-Hee qui présentait l’an passé Mademoiselle de Park Chan-wook) est accusée de malhonnêteté par sa patronne et du coup, elle se fait licencier. Pendant ce temps, Claire (Zaza avec son chapeau et son appareil photo de touriste) erre dans la ville, rencontre Hong Sang Soo (dans son propre rôle) et possède un don de super-héros: voir le passé et le futur de Manhee/Kim Min-Hee, qu’elle a prise en photo à son arrivée Cannoise, grâce au pouvoir mystérieux du tunnel de la plage. Pas d’éclair de folie (non, Zaza ne fait pas la chenille sur Nuit de folie), mais une douceur bien apaisante dans l’horreur du monde. Avec en guest star, un chien formidable que tous les Festivaliers pourront s’empresser d’aller caresser.

Moins de légèreté et d’insouciante dans l’autre Huppert movie du jour: Happy End de Michael Haneke. Achtung, achtung, la récréation est terminée.

La bourgeoisie déshumanisée, la famille qui implose, la vieillesse naufragée et tout autour, la mort: Happy End, permettra-t-il à notre très cher Michael Haneke de devenir le premier réalisateur à remporter trois Palmes d’or à Cannes (après Le ruban blanc en 2009 et Amour en 2012)? No lo sé. Ici, c’est l’autopsie de l’intimité d’une famille qui vit à Calais dans le nord de la France. Sous un même toit cossu, sont réunis Georges, le grand-père faussement sénile et véritablement suicidaire (Jean-Louis Trintignant), Anne, sa fille qui gère d’une main de fer les affaires de la famille (Isabelle Huppert), Thomas, son fils médecin, incapable d’émotions (Mathieu Kassovitz). L’arrivée dans ce microcosme sclérosé d’Eve (glaçante Fantine Harduin), la fille de Thomas qu’il n’a pas vue depuis des années et recueille, à présent que la mère est gravement malade, est l’élément perturbateur de ce calme trop apparent. Soit, selon Zaza: «Une espèce d’autarcie affective rend ses membres aveugles et sourds au monde qui les entourent». Comme vous pouvez l’imaginer, Happy End n’a pas fait l’unanimité. A l’exception de notre Philippe Rouyer, le film a quelque peu déçu, y compris du côté de ses fans irréductibles conscients que Haneke rejoue une partition: les névroses de la sexualité (La pianiste), le racisme latent (Caché) ou encore la distorsion du réel par les écrans (Benny’s Vidéo). Haneke se permet même de faire référence à son Amour dans lequel le personnage de Trintignant aidait sa femme à mourir. Quelques années plus tard, on retrouve ainsi l’octogénaire, lui-même accablé par le poids d’une vie qui ne vaut plus la peine d’être vécue. CHAMPAGNE!

Disciple du cinéma achtung achtung, le réalisateur mexicain Michel Franco surprend (un peu) avec Les filles d’Avril qui a des allures de conte cruel. Une femme (Emma Suárez, ancien amour de L’écureuil rouge de Julio Medem et récemment revue dans Julieta de Pedro Almodovar), mère de deux filles (une de 17, une de 34), va également être mère-grand: celle de 17 ans est enceinte et hyper sexuée, celle de 34 assaillie par la tristesse et asexuée. La jeune femme ne voulait pas que cette mère, souvent absente, soit au courant de sa grossesse mais à cause du coût et de la responsabilité qu’un enfant représente, elle décide de l’appeler. Ainsi, Avril (oui, c’est le prénom de la mère) s’installe, apparemment désireuse d’aider ses filles, mais avec l’arrivée du bébé, son comportement change et les réticences de la jeune femme à lui demander de l’aide se justifient de plus en plus. Comme toujours, la mise en scène chez Franco est impressionnante d’apparente impassibilité. La dérive de la mère égoïste et monstrueuse, sorte de Gorgone, qui décide de refaire sa vie flinguée comme une seconde jeunesse, une fois encore au détriment de ses enfants qu’elle flingue à nouveau – grosso modo, elle veut devenir mère et non grand-mère – est quand même bien dérangeante. D’autant plus qu’elle est parfaitement crédible et que cette monstruosité-là n’est jamais surlignée. Du cinéma radical comme on l’aime.

Autrement, le Chaos a d’ores et déjà décerné la Palme du plan à trois aux élixirs de Conceição / Gonzalez /Poggi&Vinel.

Et salue John Cameron Mitchell qui a généreusement électrisé la Croisette avec son film How to talk to girls at parties(soit, en 1977, trois jeunes Anglais croisent dans une soirée des créatures aussi sublimes qu’étranges. En pleine émergence punk, ils découvriront l’amour, cette planète inconnue et tenteront de résoudre ce mystère: comment parler aux filles en soirée) et son mini-concert Cannois.

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