#CANNES2017 – GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL / JOUR 5: «OH, REGARDE, Y A SCHWARZY!»

La rédaction CHAOS raconte son Festival de Cannes. JOUR 5: De battements nos cœurs se sont affolés, Schwarzy incognito, God Art, Gare à ELLE.

JOUR 5. SAMEDI 20 MAI 2017.
La journée commence comme un éclair dans un ciel gris. Comment retranscrire sobrement le torrent d’émotion qui nous dévaste à la fin de la projection de 120 battements par minute, le nouveau long métrage de Robin Campillo, réalisateur du déjà formidable Eastern Boys avec un Olivier Rabourdin au-delà des superlatifs? #Impossibol.

De quoi parle ces 120 Battements par minute? Du début de la lutte contre le sida en France, à travers le combat de l’association Act Up. Et Campillo, pour ce nouveau film, de faire le pari du collectif, du politique, de l’universel, du déchirant; lui qui connait ActUp de l’intérieur en tant que militant de l’association connue pour ses slogans choc et ses opérations spectaculaires telles que les fameux die in – les militants allongés par terre et faisant les morts. Un rassemblement de gens contre cette épidémie ayant construit une conscience et des luttes politiques. Question: que reste-t-il de ces années de combat? De la mort, il est bien évidemment question, mais c’est surtout le combat contre l’indifférence, les laboratoires et la maladie qui passe au premier plan. En plus de deux heures, 120 battements par minute montre un activisme mené bien avant l’ère des réseaux sociaux, mais ne verse ni dans la nostalgie, ni dans le documentaire, probablement car il fait la part belle à l’histoire d’amour, qui possède une force inouïe dans la dernière partie. De l’aventure Act Up, Campillo a voulu restituer les opérations spectaculaires à coup de lancement de poches de faux sang, les débats extrêmement tendus pour décider des actions à mener, des positions à adopter et des avancées médicales… Mais il montre aussi le sexe, l’amour, les Gay pride et les soirées au son de la house. Cru, triste, beau. Comme on aime.

Et la polémique Netflix dans tout ça? Tout le monde s’en fout, c’était so vendredi. Samedi, la Palme ne dort plus, elle pleure. Si Almodovar et ses amis jurés l’oublient au palmarès, c’est syncope générale tant le film domine très clairement la compétition. Du moins, pour le moment. Car, attention, du lourd arrive, a fortiori du achtung achtung de notre Haneke d’amour (Happy End est présenté dimanche soir à la presse).

En comparaison, Le Redoutable de Michel Hazanavicius a fait un effet bof. Le réalisateur de The Artist raconte comment Godard, alors God Art, icône de la Nouvelle Vague, s’est artistiquement suicidé en 1968, prenant un tournant radical en rompant avec le cinéma traditionnel. Quasi tout le monde l’avait oublié une fois la projection terminée et les réactions déceptives sont manifestes, à commencer par celle de notre ami Philippe Azoury résumant l’affaire par ces mots: « un long sketch des César« .

Nous réalisons seulement maintenant que l’on a oublié de vous parler de Wonderstruck de Todd Haynes (merci Julianne!). Deux ans après Carol, Todd fait une commande pour Amazon en racontant le destin de deux enfants sourds à 50 ans d’intervalle. De New York, le réalisateur filme surtout des sensations avant de poser sa caméra au Muséum américain d’histoire naturelle, qui concentre une partie des secrets des personnages et tient la clé du lien qui les unit. En bon expérimentateur iconoclaste, Todd a sûrement trouvé ici matière à s’amuser, d’autant que le film est bipartite dans son esthétique: une partie en noir et blanc empruntant aux codes du muet; une autre partie dépeignant le New York grouillant des années 70 à travers une photographie très chaude. On en parlera plus longuement à sa sortie.

A signaler dans la section Un Certain Regard Wind River de Taylor Sheridan dans lequel Jeremy Renner joue un pisteur dans une réserve indienne perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue (Elizabeth Olsen) élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature… Et, même si l’on voit bien les rouages de la mécanique, figurez-vous que nous sommes loin d’avoir détesté ça. De la part du scénariste de Sicario et Commancheria qui passe derrière la caméra pour la seconde fois – la première, c’était en 2011 pour un film d’horreur nommé Vile que personne n’a vu et a priori « personne » est chanceux -, on perçoit évidemment la frontière, la rumination de western (et de son arrière-goût), l’alchimie de deux personnages contraires. C’est certes un pur film de scénariste mais on aime paradoxalement la discrétion de la mise en scène, la facture, le fait qu’on comprenne tout, que ce soit bien mis en place, bien raconté, bien joué (Jeremy Renner dont on se fout en général, on le trouve super ici). Et on aime ce que ça raconte sur le lien père-fils, sur les États-Unis, sur le désœuvrement de la jeunesse, sur la pauvreté d’une vie, sans jamais en faire des tonnes. Et tant pis s’il y a un poil trop de musique.

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