#CANNES2017 – « AVA », COUP DE ❤

Eric Vernay, notre envoyé spécial chaos au Festival de Cannes, nous envoie ses coups de ❤. Today: Ava de Léa Mysius, un film présenté à la Semaine de la critique. «Une belle découverte, portrait d’ado envahie par les ténèbres sous un soleil de plomb. Électrique et accidenté.»

«Léa Mysius semble apprécier les plages au romantisme dark et les personnages tourmentés. Scénariste du dernier Desplechin (le tortueux Les fantômes d’Ismaël), la jeune cinéaste issue de la FEMIS débarque sur la Croisette avec un premier long plein de fougue et de promesses. L’avenir de son héroïne Ava, lui, s’annonce plus sombre : en vacances à la mer avec sa mère, l’adolescente de 13 ans apprend brutalement d’un ophtalmologiste que sa vue va s’obscurcir très vite. Dans quelques jours, elle ne verra plus rien la nuit. La nouvelle semble la laisser de marbre. On dit la gamine sans cœur, un peu méchante. Capable d’inviter une ribambelle de marmots à zieuter les ébats maternels, rien que pour l’agacer, ou bien de souhaiter à voix haute la mort de plusieurs bébés, sur un coup de rage. Est-ce son excès de venin ado qui lui assaille soudainement la rétine?

En tout cas, Ava encaisse comme une grande, pour laisser à sa mère le soin de verser quelques larmes juvénile. «Ne pleure pas, maman.» «Va te coucher, maman». Les rôles mère-fille sont un peu flous entre elles, ils s’inversent régulièrement. Au lieu de se complaire dans le désespoir, Ava choisit l’action. L’amour vache. Le sexe. La violence. Le frisson romanesque contre la fatalité médicale. Ainsi, elle subtilise un chien noir aux faux airs lupins à un gitan en rupture de ban. Lupus sera son guide (maléfique?) dans les Enfers tant promis. Les plaques tectoniques de la chronique familiale naturaliste (avec les violences sociales d’une France en pleine montée FN en toile de fond, et notamment celle de la police à l’encontre les gens du voyage) se déplacent sur une musique bourdonnante, dissonante, par décharges successives: les séquences s’articulent ainsi entre elles par un éclat de voix, un bris de verre ou un flash lumineux.

Instable et accidenté, le récit se craquelle tout en s’imbibant de l’encre opaque du conte, à la lisière du fantastique. Là où la police montée tient lieu de Cavalerie de l’Apocalypse, la glaise de peinture de guerre et les blockhaus de dernier refuge sur Terre. La terne existence se mue en dangereuse cavale à la Bonnie and Clyde. Désespérée, un peu clichée, mais romantique au possible. Le film s’arrache peu à peu au réel vers un territoire fictionnel d’une liberté incandescente. Dans le rôle de cette Bonnie Parker moderne, la débutante Noée Abita magnétise chaque plan. C’est simple, elle irradie.» E.V.

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