[CANNES 2025] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 2

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Que le spectacle commence… À 20h pétantes, l’invité surprise Quentin Tarantino lançait (en hurlant) officiellement le 78e Festival de Cannes. Pendant 1h, la cérémonie d’ouverture aura soufflé le chaud et le froid, entre vannes et piques bien senties à Trump, aux fascistes et aux porcs de tout bord, hommages et autocongratulations à l’excès (discours un poil abscons du maître de cérémonie Laurent Lafitte, rompu à l’exercice depuis son premier mandat en 2016, en faveur des acteurs), et alertes face aux conflits en cours.

Un pudding à la limite de sa date de péremption, tout juste revigoré par une apparition fugace de notre Mylène Farmer préférée, qui, comble du « tout est chaos », rendait hommage à David Lynch dans un style Julee Cruisesque, et par les (trop) nombreux montages à la gloire de Bob de Niro – recevant, avec sa bonhommie légendaire, une palme d’honneur des mains de son meilleur copycat, Leonardo DiCaprio – et à la présidente Juliette Binoche. On aura au moins vu du grand cinéma.

Côté météo, on nous avait promis de la pluie, mais il faut croire que la projection du film d’ouverture avec ses acteurs chantant (délicieusement) faux n’aura en rien altéré le beau temps. L’occasion de croiser quelques stars (ou presque) : un sosie de Zaza Huppert et Hong Sangsoo (le vrai cette fois) en pleine méditation-contemplation devant la mer, seul sur la plage le matin (merci à nos photoreporters de fortune !).

L’occasion pour le membre du jury de Binoche de reproduire, quasiment in situ, la scène finale et déchirante d’In Water, son film flou sorti en salles l’année dernière. La cote sur un nouveau film en direct de cannes de la part du réalisateur de La Caméra de Claire (Journal d’un jury cannois ? Le jury qui s’est endormi ?) est, en ce jour 2 de la Gazette Chaos, de 1.50.

En ouverture de la Semaine, loin des festivités dicaprisesques, on a vu un très bon huis clos hospitalier en unité pédiatrique (oui, c’est possible). Le pitch ? Adam, 4 ans, est hospitalisé pour malnutrition à la suite d’une décision de justice. Lucy (Léa Drucker), l’infirmière en chef, autorise la mère d’Adam (Anamaria Vartolomei) à rester auprès de son fils au-delà des heures de visite fixées par le juge. Mais la situation se complique quand celle-ci refuse une nouvelle fois de quitter son fils. Dans l’intérêt de l’enfant, Lucy fera tout pour venir en aide à cette mère en détresse…

L’hôpital est un champ de bataille, encore plus quand il est public, cadencé par des caméras épaules pour le moins pressées, et épousant sans cesse l’urgence de soignants always on the qui-vive : ce que montrait encore récemment État limite de Nicolas Peduzzi (2023), tout entier consacré au portrait du médecin-surhomme en action. Le nouveau film de Laura Wandel ne déroge pas à la règle : qui se souvient d’Un Monde (UCR 2021), avec sa cour de récré transformée en théâtre d’opération, ne sera guère étonné par nos fracassantes révélations ! Mais voilà que ce deuxième long-métrage ajoute une nouvelle facette au film d’hospice qui aligne son pas sur celui du film d’action !

L’intérêt d’Adam est aussi un beau film de coulisses ou chaque porte ouverte ressemble à une petite loge de théâtre, parcourue de façon aussi alerte qu’intense. Ici une mère célibataire maladroite qui a chouré de la bouffe en cachette pour satisfaire son fils malade, là des ados au visage tuméfié dont on comprend vite qu’ils résultent de violences intra-familiales, là encore un dialogue furtif de 30 secondes – cocassement échangé via Google translate – ou la révélation d’une IVG risque de mettre à mal la cellule familiale.

Chaque petite boîte renferme ici un monde (Un Monde, même !) autonome où une Léa Drucker transformiste est sommée de changer de masque social, de moduler fissa son ton selon qu’elle s’adresse à un môme de six ans ou un adulte accidenté par la vie. Le film tutoie même le film d’avocat puisque, pour défendre une Anamaria Vartolomei sur qui plane une menace de garde contrariée, notre Léa est obligée de plaider, y compris contre sa rigide et protocolaire hiérarchie. Investie d’un syndrome de toute-puissance (l’autre nom du burn-out, let’s be honest), la sage-femme fricote, elle aussi, avec une forme de folie, qui n’est pas sans risque pour sa carrière… Un film gracieux qui vise toujours juste et qui, malgré le tempo tambour battant – nous sommes sur la catégorie, ici très prisée, du format 1h13 – refuse les tonitruants coups d’éclat. Ça y est, les pupilles d’après-séance sont discrètement humidifiées : le festival est officiellement lancé.

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