Après une édition 2023 qui nous a repu(t)es, Julien Rejl vient d’annoncer le copieux menu de cette année: on s’en pourlèche déjà les babines!
Parmi les Français attendus: l’hommage rendu à Sophie Fillières avec son jaouiesque Ma vie, ma gueule en ouverture; À son image de Thierry de Peretti, adapté du roman de Jérôme Ferrari; notre Patricia Mazuy adorée et son Zaza-movie La prisonnière de Bordeaux (un film d’émancipation féminine, de sororité sur fond de rapport de classe « sans manichéisme et sans tiédeur, comme d’habitude » selon Rejl). Sans oublier une clôture confiée à Jean-Christophe Meurisse revisitant l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès dans ses Pistolets en plastique: un fait divers qui n’a pas tant besoin de la moulinette de la fiction pour être déjà un sketch en soi… Poggi et Vinel viendront présenter « leur Ready Player One« avec Eat the Night, autour d’un jeu vidéo en ligne s’apparentant à une « sorte de paradis perdu numérique ».
Côté curiosités chaos, nous devons citer Gazer de Ryan J Sloane, un premier long payant un hommage au thriller paranoïaque souverain du Nouvel Hollywood (une dominante cette année puisque c’est aussi le cas du film qui ouvre la Semaine, Les Fantômes de Jonathan Millet) qui s’aventure aussi sur les cimes du cinéma d’horreur « façon Cronenberg »! Tourné en 16 mm, le film évoque une rare maladie cérébrale dégénérative qui empêche de percevoir correctement le temps, et donne la part belle à Ariella Mastroianni, également au scénario du film.
Attention toute particulière sera portée à Christmas Eve In Miller’s Point de Tyler Taormina (Ham on Rye), comédie portant sur les « quatre générations de la famille Balsano réunies pour ce qui pourrait être le dernier Noël dans la maison familiale » avec Michael Cera, Francesa Scorsese et Sawyer Spielberg au casting (!). Et un certain Carlon Lund à la photo, qui viendra aussi présenter en tant que cinéaste son Eephus – pronostiqué ici par vos dévoués serviteurs – une comédie sportive qui s’intéresse au dernier match d’une équipe officiant en Nouvelle-Angleterre avant que leur terrain bien-aimé ne soit rasé au bulldozer… Les noms de Safdie et de Wiseman ont été cités au casting, mais c’est surtout les références citées par Julien qui nous rendent d’ores et déjà gaga: Linklater, Altman, et Goodbye, Dragon Inn de Tsai Ming-liang!
Algo viejo, algo nuevo, algo prestado de Hernán Rosselli est un film argentin plongeant dans l’univers des paris sportifs, lorgnant du côté des Apprentis et des Soprano. Savannah and the Mountain de Paulo Carneiro est un documentaire portugais autour d’une grande mine de lithium en construction, présenté autant comme un film de résistance que comme une balade en chanson située quelque part entre Luc Moullet et Alain Guiraudie (ce qui sent fort bon, disons-le).
The Hyperboreans des Chiliens Cristóbal León et Joaquín Cociña, deux potos d’Ari Aster, apporteront dans leur valise « l’OVNI de la sélection » agrémentant marionnettes, stop motion, prises de vues réelles, pour un « faux biopic » quelque part entre le théâtre et la SF… L’Asie sera bien là avec Ghost Cat Anzu de Yoko Kuno et Nobuhiro Yamashita, adapté du manga de Takashi Imashiro, et Mongrel de Chiang Wei Liang & You Qiao Yin, un premier long « ultra maîtrisé » nous venant de Taïwan. Notez que Jonás Trueba fera enfin son apparition à Cannes avec Septembre sans attendre, autour d’un couple en pleine séparation (avec Itsaso Arana, habituée du cinéaste, au casting) et que le Canadien Matthew Rankin, passé notamment par les bancs de L’Étrange festival, viendra montrer Une langue universelle, « comédie absurde où tout le monde parle persan » qui voit un homme regagner son Winnipeg natal pour retrouver sa mère malade…
Il nous faut évidemment préciser la présence du film palestinien To a Land Unknown, de Mahdi Fleifel, « nourri de ciné US new-yorkais à la Midnight Cowboy » et un hommage rendu cette année à Chantal Akerman, dont un film (très) méconnu de 1989 sera projeté: Histoires d’Amérique : Food, Family and Philosophy, que la cinéaste belge avait coutume de présenter comme « une autobiographie faite de souvenirs imaginaires »… Si ça c’est pas affriolant, on ne sait pas ce qu’il vous faut! G.R.
Le programme dans le détail:
Ma vie ma gueule de Sophie Fillières
À son image de Thierry de Peretti
Christmas Eve In Miller’s Point de Tyler Taormina
Desert of Namibia de Yôko Yamanaka
East of Noon de Hala Elkoussy
Eat the Night de Caroline Poggi et Jonathan Vinel
Eephus de Carson Lund
Gazer de Ryan J. Sloan
Ghost Cat Anzu de Yoko Kuno et Nobuhiro Yamashita
Good One de India Donaldson
Mongrel de Chiang Wei Liang et You Qiao Yin
La Prisonnière de Bordeaux de Patricia Mazuy
Savanna and the Mountain de Paulo Carneiro
Sister Midnight de Karan Kandhari
Something Old, Something New, Something Borrowed, de Hernán Rosselli
La Chute du ciel de Eryk Rocha & Gabriela Carneiro da Cunha
The Hyperboreans de Cristóbal León & Joaquín Cociña
Septembre sans attendre de Jonás Trueba
To a Land Unknown de Mahdi Fleifel
Une langue universelle de Matthew Rankin
Les pistolets en plastique de Jean-Christophe Meurisse
Histoires d’Amérique: Food, Family and Philosophy de Chantal Akerman
