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LES REINES DU DRAME, de Alexis Langlois (Semaine de la critique)
Quelque part en 2005. Mimi et Billie sont les deux pôles opposés d’une même pile. L’une vit encore chez sa mère, « au placard », et chante d’une voix limpide. L’autre, plus Marlon Brando que Laurie, muscles saillants sous son débardeur, chante les soirs dans des caves en et exerce sa voix métal. Si leur rencontre dans une émission télé de chant, dont Mimi sortira couronnée de succès, n’a rien d’évident en apparence, l’énergie qui les lie va télescoper leurs existences pour les décennies à venir.
Ce qui frappe avant tout avec Les Reines du Drame, c’est l’envie d’Alexis Langlois de réaliser un vrai grand film populaire. Pas auteurisant pour un sou, le long métrage ne reprend pas juste les codes de la comédie musicale romantique: il est l’une des meilleures comédies musicales romantiques de mémoire récente. En offrant à la communauté queer un grand film de passion, de lyrisme, de chansons, et de rebondissements (les drames du titre sont vraiment là, à toutes les encablures!), iel réussit en même temps miraculeusement à offrir ce qui est peut-être la somme pop la plus accessible et complète de l’imaginaire queer. Cette accessibilité-là doit beaucoup à l’humour du film, immédiatement injecté par la présence très bien sentie de Bilal Hassani, puis distillé au gré des invectives entre Louiza Aura et Gio Ventura (les deux révélations du film), et jusque dans les paroles des délirantes chansons.
Mais c’est surtout que pour réussir ce geste rassembleur, Alexis Langlois part de la base: la construction d’une mythologie. En déployant sur cinquante ans un tissu de fables, mythes et icônes queer d’une très grande richesse et complètement propre à l’univers du film, iel permet aux Reines du Drame d’exister en vase clos, tout en distillant des clins d’œil enamourés à toute une époque et à une galerie de personnalités réelles. Passant tout au filtre de cette réalité-là, iel crée ses propres motifs, ses propres obsessions, sa propre bande originale. Vu par Langlois, narré par une barde vlogeuse au travers de vidéos-potins, ce monde-là brûle d’une énergie folle et unique, où les news s’échangent sur Instadram, où les disputes amoureuses sont des dramas qui se règlent sous les flashs des smartphones de fans, et où l’on dit «fist moi jusqu’au cœur» pour dire «je t’aime».
Plastiquement, Les Reines du Drame est vertigineux de travail, que l’on comprend ne pouvoir être que l’aboutissement d’obsessions graphiques travaillées depuis bien longtemps. Le spectateur, se retrouvant parfois très littéralement dans une déferlante de stimulus visuels et sonores menaçant à chaque instant de faire imploser le long-métrage, pourrait presque en vouloir à ce maelström hyperactif s’il n’était pas entièrement mis au service de ses personnages de «zinzines». C’est que si on finit par avoir envie de bouffer cette image sans cesse irradiée, triturée, surimprimée, c’est qu’elle absorbe à la manière d’un papier buvard la folle énergie de Mimi et Billie, et la grandiose histoire d’amour qui les lie. Les plans brillent quand elles s’aiment, se déchirent en petits bouts quand elles s’engueulent: c’est comme si Langlois avait trouvé là la forme parfaite pour raconter la vie de ces personnages pour qui la vie se vit déjà comme une comédie musicale. Bref, si cet objet là ne devient pas culte, on jure de faire un drama. THIBAULT RIVERA
| 1h 55min | Comédie, Fantastique De Alexis Langlois | Par Alexis Langlois, Thomas Colineau Avec Louiza Aura, Gio Ventura, Bilal Hassani |


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