[CANNES 2024] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 4

LES AUTRES FILMS


OH CANADA de Paul Schrader (compétition)

En dépit d’un Palmomètre assez timoré depuis mardi soir, cette 77ᵉ édition cannoise a au moins le mérite de la surprise: après la déculottée critique subie par le maestro Coppola et avant le Prix du Jury OMG pour L’amour ouf, Paul Schrader revient, lui, avec un long bien différent de sa récente trilogie autour du Mal et des psychés masculines torturées. Adapté du roman éponyme et ultime ouvrage de Russell Banks, le film rend hommage à l’écrivain disparu en 2023. Le ton est donné d’emblée: quasiment sur son lit de mort, Leonard Fife, un célèbre documentariste canadien – porté par un Richard Gere qu’on n’avait pas vu à ce niveau depuis un moment – accorde une ultime interview à l’un de ses anciens élèves, pour dire enfin toute la vérité sur ce qu’a été sa vie. Une confession filmée sous les yeux de sa dernière épouse, jouée par Uma Thurman, entre reconstruction factice du parcours personnel – imprimez la légende, qu’on vous dit! – et souvenirs filandreux déformés par une mémoire forcément déclinante. Mais sous le vernis qui craquelle, cet emblème de la contre-culture et de l’opposition à la Guerre du Vietnam voit son mythe dé-mys-ti-fié par le père Schrader: aujourd’hui très sarcastique, l’homme est plus pleutre et bien moins conduit par l’engagement que ce que toute sa biographie officielle suggère, en plus d’être un mari volage et un (beau)-fils à papa.

Dans le rôle du Richard jeune, Jacob Elordi vient prendre le relais du récit, d’abord dans des flash-back classiques, puis dans des allers-retours incessants avec un propre Gere sans âge défini qui peut lui aussi surgir dans ce récit reconstruit (si vous ne comprenez pas un fifre mot de ce qu’on vient dire, vous irez voir le film, comme tout le monde). Le récit n’est pas seulement éparpillé façon puzzle, il est très fragmentaire et refuse de soustraire à la linéarité traditionnellement de mise pour évoquer les grands hommes. D’autant que cette biographie non autorisée est elle-même interrompue par les besoins changeants du vieil homme, bourré aux calmants, aux sautes d’humeur et aux couches pleines que le petit personnel vient régulièrement changer (l’odeur poo-poo a l’écran nous a tout de suite rappelé celle du Lanthimos projeté juste avant). Dans des teintes verdâtres et sépulcrales, Paulo rappelle que sous la cape d’Herman Melville, il y avait d’abord un simple agent des douanes. Certains y verront une façon de régler son compte aux âges d’or que la mémoire mythifie. Le Nouvel Hollywood? Ou son parfait envers des années 80, dont les mirifiques tablettes de chocolat de Richard Gere avaient posé de prophétiques bases dans American Gigolo? Voyez-y plutôt un bien joli remake tarabiscoté de Hardcore, où le voyage en forme de quête mène toujours à ouvrir des placards qu’on refusait jusque-là de considérer. Qu’elle n’était pas verte, sa vallée! GAUTIER ROOS

1h 35min | Comédie, Drame
De Paul Schrader | Par Paul Schrader
Avec Richard Gere, Jacob Elordi, Uma Thurman

QUAND SOUDAIN, À LA SEMAINE…
Oh, le joli film de la Semaine que voilà: La mer au loin de Saïd Hamich. Nour, 27 ans, a émigré clandestinement à Marseille. Avec ses amis, il vit de petits trafics et mène une vie marginale et festive… Mais sa rencontre avec Serge, un flic charismatique et imprévisible, et sa femme Noémie, va bouleverser son existence. De 1990 à 2000, Nour aime, vieillit et se raccroche à ses rêves: oui ce synopsis très général tiré d’Allociné ressemble un peu à une fiction de France 3 réservée à un public averti (de plus de 65 ans), mais détrompez-vous! Après Retour à Bollène (2018), voilà un très beau deuxième long habité par la grâce, à laquelle la photographie de notre cher Tom Harari n’est évidemment pas innocente… Tel un bon vieux mélo à l’ancienne diffusé dans le Cinéma de minuit, dix années d’une vie ponctuée de joies-et-de-peines qu’on ne vous racontera pas et arrimées à cette belle et noble idée: la circulation du désir entre des pôles a priori contraires. Tout l’édifice narratif du film pourrait paraître invraisemblable ou cucul la praline, mais enserré dans une telle croyance de cinéma, le film ne peut que vous cueillir… Et réussir parfaitement ses incursions dans le comique. Comme nous, vous irez impérativement le voir sans vous renseigner au préalable sur l’intrigue: sachez juste que le trio porté par Ayoub Gretaa, Anna Mouglalis, Grégoire Colin y est assez bouleversant. Bien joué, les Jokers! G.R.

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