LE FILM DU JOUR

KINDS OF KINDNESS de Yorgos Lanthimos (compétition)
Dans un monde à peu près normal, quand un oncle lourdingue multiplie les saloperies et autres blagounettes de bas étage à table, on lui fait poliment comprendre qu’il ne sera plus le bienvenu à notre table. Dans notre monde à nous, Yórgos prend chaque année le vaporetto entre Venise et Cannes, multiplie les Oscars sur sa table basse, et jouit d’une réputation flatteuse de cinéaste féministe – oui oui, on l’a lu dans vos nombreux papiers sur Pauvres créatures, ne vous défilez pas maintenant que vous avez vu ce nouvel et édifiant opus! – ayant réussi à concilier l’arty et le conte poil à gratter (le nez). C’est peu dire que la nouvelle livraison du bonhomme, dispatchée en trois volumes, nous a laissés sans voix. Un film à sketchs humant plus la non volontaire friend-zone que la twilight zone et qui décline, avec la même panoplie d’acteurs, un petit inventaire de névroses urbaines ayant pour fil rouge l’emprise, la domination et la psychopathie plus ou moins affirmée. Yórgos déploie la mise en scène clinique de ses premiers bébés – finis le baroque de ses Emma Stone movies précédents – et la met au service, le mot est vraiment très mal choisi, de personnages qu’on a tous envie d’envoyer en enfer, ou dans la queue bondée du Vertigo passée une heure du matin, c’est selon.
Souvent associé à l’image d’un consciencieux entomologiste, le Grec ne semble plus rien avoir à observer ou disséquer ici: sa petite maison de poupées n’existe que pour parfaire ses penchants de cinéaste achtung wanna-be weirdo dont le sadisme paraît chaque jour de plus en plus prégnant. Déjà excité par du cul brutal – et au fond très peu dérangeant – sur Pauvres Créatures, Yórgos « Levrette » Lánthimos remet ici le couvert en y ajoutant des scènes de ménage à 4 estampillées « polissonnes », du vomi matinal par-ci, du doigt auto-arraché par là, une matraque de flic détournée pour les besoins d’un jeu sexuel, un foie arraché par amour, de la souffrance corporelle en sauna, de l’amour animalier, ainsi que du travestissement eye-liner pour un Willem Dafoe qu’on va bientôt se mettre à détester s’il continue de participer à chaque film du despote hellénique.
C’est pour quel genre de spectateurs, en fait? Un gamin mormon de Salt Lake City qui irait jusqu’à ignorer ce qu’est une box internet? Côté bande sonore, l’oncle gênant semble d’ailleurs avoir laissé place au petit cousin dérangé, déjà accro à la ritaline, et qui s’est fait diagnostiquer HPI par ses parents: pour convoquer le malaise, le compositeur du film a en effet choisi d’appuyer très fort sur les notes les plus vilaines aux deux extrémités d’un piano. Voilà Kubrick rhabiller pour l’hiver… On en regrette presque le Megalopolis de Francis, le nanar d’auteur ayant au moins ça pour lui qu’il met forcément en jeu une certaine sincérité: celle que le désormais supra-auteur Lánthimos ne semble jamais mettre dans ses films… Moins 6 sur l’échelle – pourtant bien cabossée – du chaos. GAUTIER ROOS
26 juin 2024 en salle | 2h 44min | DrameDe Yorgos Lanthimos | Par Yorgos Lanthimos, Efthymis Filippou Avec Emma Stone, Jesse Plemons, Willem Dafoe |
26 juin 2024 en salle | 2h 44min | Drame


