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IT DOESN’T MATTER de Josh Mond (ACID)
Avant le gros morceau Coppola, on a piqué une tête à l’ACID où résonnait un leitmotiv qu’on aimerait faire nôtre quand la billetterie matinale nous met du « COMPLET » dans les pattes dès 07h01 alors qu’on a imposé une atroce alarme de smartphone à l’ensemble de notre palace cannois avoisinant cette année les 12,5 mètres carré: It doesn’t matter, deuxième long réalisé par Josh Mond et film très attendu de cette sélection après le Brac de la veille.
« Quand tu crèves de faim, tu fais avec ce que t’as et tu en tires le meilleur, tu deviens un cordon bleu ». It doesn’t matter suit les pérégrinations d’Alvaro (Jay Will), un new-yorkais de Staten Island et de son ami cinéaste, joué par Christopher Abbott (aperçu dans Martha Marcy May Marlene – film produit par Josh Mond justement – et plus récemment dans Poor things). Pendant sept ans, durant un périple qui lui fait traverser les États-Unis, Alvaro affronte tout ce qui a pu le mettre à terre. Il ne lui reste plus qu’à se relever et tenter de guérir. Journal de bord volontairement cabossé, le film donne à voir une vision hallucinée des États-Unis. Un road-movie par la marge qui ne peut que faire écho au Sweet East de Sean Price Williams découvert ici même un an plus tôt.
McDrive, port d’armes, champignons récréatifs, casino, bong et jeu vidéo constituent le menu de cet étrange film souvent filmé en vue subjective et tremblotante (une prise de vue Counter Strike, avions-nous coutume de dire avant l’envahissement de la planète par le smartphone en 2008). Moins bêcheur et moins sûr de son effet que le film de Price Williams, c’est surtout à Bushman de David Schickele qu’It doesn’t matter peut faire penser, en ce qu’il utilise un personnage fil conducteur à la Boudu – là aussi, de couleur, comme on dit pudiquement – pour prendre le pouls du petit monde alentour et révéler ses névroses (névroses que ce pays sur-médicamenté n’est pas près d’enterrer, soit dit en passant!).
Le tourbillon formel est incontestablement saisissant, aidé par un montage habile qui réussit, et ça, c’est très fort, à la fois sur le territoire du détail documentaire et de l’hyperbolique bien vitaminé. Si le dispositif s’étiole un peu sur 90 minutes, reste un film dont le cœur même et d’être ouvert à toutes les possibilités et dont la force est de préférer jouer la carte de l’Amérique en fragments plutôt que celle de l’Amérique coupée en deux, et ce n’est pas ce « putain de communistes qui m’obligent à porter un masque » très trumpien assené au milieu du film qui nous fera changer notre braquet! G.R.
| 1h 26min | Drame De Josh Mond | Par Josh Mond, Alice De Matha Avec Jay Will, Christopher Abbott |



