[CANNES 2024] GAZETTE CHAOS DU FESTIVAL – JOUR 3

LES AUTRES FILMS


THE HYPERBOREANS de Cristóbal León et Joaquín Cociña (Quinzaine des cinéastes)

Après avoir signé en 2018 La casa lobo, un premier long métrage d’animation multi-récompensé, les deux plasticiens préférés d’Ari Aster sont de retour aux « manettes » – ouarffff – avec un film immersif mélangeant donc marionnettes, stop-motion et prises de vue réelles intégrées à un décor fleurant bon le carton-pâte. Nous suivons dans ce dédale mental l’actrice chilio-allemande Antonia Giesen, également psychologue clinicienne – à la recherche d’un film auquel elle a participé et dont les négatifs ont été volés: ce pitch est un prétexte pour évoquer en fil rouge la vie trouble du Chilien Miguel Serrano (1917-2009), diplomate et explorateur très influent en son temps, inventeur du concept d’«hitlérisme ésotérique» et sorte de flamboyant passeur du mysticisme nazi (auquel bien entendu il adhérait, oui, il faut quand même vous prévenir).

Serrano fait partie de ceux qui ne croient pas au suicide d’Hitler à Berlin, mais qui pense que le führer s’est réfugié dans une base secrète nazie sous l’Antarctique, théorie qui n’a pas tout à fait disparu de la surface de la Terre puisqu’elle semble souvent remonter dans notre discutable algo Youtube. Il va de soi qu’en remontant cette piste occulte, on remontera aussi celle d’Augusto Pinochet, dont les liens avec le nazisme sont aujourd’hui documentés par le centre de détention et de torture de Colonia Dignidad, transformée en véritable secte sous l’égide d’un certain Paul Schäfer… Rappelant les tableaux désarticulés d’Otto Dix, à savoir un monde à la lisière du motif enfantin et du cauchemar le plus cru, le film porte en bandoulière une idée haute de l’animation à la papa, dans un monde qu’on croirait pré-CGI (c’est l’antithèse de Mégalopolis, en somme). La virtuosité est incontestable, le propos est tonitruant, mais le cerveau en ressort un peu trop « overdosé » sur une durée d’une heure, et on sent déjà poindre l’idée d’une double-signature « ready to paraph » qui peut vite virer à la grosse tête une fois plébiscitée par les plus grands festivals du monde… Attention au syndrome Pablo Larraín, les amis! G.R.

1h 02min | Animation, Drame
De Cristóbal León, Joaquín Cociña | Par Cristóbal León, Joaquín Cociña
Avec Antonia Giesen, Francisco Visceral

 

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