LE FILM DU JOUR

MEGALOPOLIS de Francis Ford Coppola (compétition)
Et papy fit du Wachowski… Difficile, au lendemain de ces projections qui ont fait couler beaucoup d’encre – d’ordinaire, les fauteuils claquent bruyamment en milieu de film pour signifier un mécontentement / ici, les journalistes en Debussy ont préféré attendre le début du générique de fin pour répondre avec des huées aux quelques minces applaudissements entendus dans cette salle globalement muette, probablement estomaquée par l’idée de devoir fignoler en express un papier sur cette chose réellement monstrueuse…
Difficile donc, si on arrive un jour à finir cette phrase, d’avoir les idées au clair après avoir vu ça. Deux stratégies petit malin s’opposent: celle de démonter le film en sortant sa plus belle matraque neuhoffienne (excusez l’oxymoron) en faisant de cet objet à 120 patates le naveton ultime de cette décennie. Ou celle, à rebours, de l’index soigneusement posé sur un terrassant chef-d’œuvre d’avant-garde que l’histoire rangera, elle, recèle de tant d’exemples, au rayon des « bangers incompris au moment de leur sortie ». Sans viser une habile neutralité suisse, on peut très bien saisir les contours nanarisants du projet – qui ne verrait pas ce qui saute aux yeux? – tout en ayant, et c’est bien là le cœur battant de la chose, goûté l’ensemble de la chose!
Entrée dans une phase décadente, la veille de New Rome est contrainte au changement si elle ne veut pas finir comme notre parti socialiste en France. À notre droite, le maire archi-conservateur Francis Cicero (Giancarlo Esposito), triple partisan de l’ordre, du statu quo et des puissances d’argent. À notre gauche, César Catilina (Adam Driver), urbaniste de génie aux ardeurs utopistes que rien ne saurait arrêter, littéralement seul dans sa tour d’ivoire (c’est le principe) où il a développé une matière capable d’arrêter le temps (on rappelle aux esprits mal réveillés que notre Francis a développé ce projet il y a 40 années, ce qui est bon à savoir au vu du pitch). La fille du maire et jet-setteuse Julia Cicero (Nathalie Emmanuel) va s’enticher de l’artiste démiurge et causer bien du remous dans cette intranquille cité… Au milieu de ce trio, une débauche de rôles secondaires tous ramenés à une pure matière pulsionnelle – il y a dans cette mégalopole une sorte de trait d’union inventif entre la tragédie antique et Les Anges de la télé-réalité – et de complots familiaux qu’on vous laissera répertorier en salle, le temps cannois étant ici soigneusement millimétré (nous ne sommes pas dans le cerveau élastique du Francis!).
Le film est à prendre très sérieusement comme le croisement entre Le Rebelle de King Vidor – cinéaste du premier degré forcené et démesuré à qui FFC a forcément pensé – et le péplum-confetti que notre cinéma français ne connaît que trop bien puisqu’il a enfanté en 1999 le Astérix de Claude Zidi, une gloutonnerie all-stars passant à côté de sa propre désinvolture et mise en chantier en son temps par un jeune Thomas Langmann dont la présence hier soir au Grand Théâtre Lumière n’avait évidemment rien d’un hasard (le film d’Alain Chabat viendra définitivement ensevelir ce premier volet bien oublié trois ans plus tard). Cornaqué entre ces deux pôles extrêmes, entre un sérieux papal et un Jon Voight sosie-ébouriffé de Christopher Walken à qui la trique incommensurable va servir de pivot important de l’intrigue (oui, vous avez bien lu…), l’équation produit forcément un résultat monstrueux, maladivement irradié par quelque chose qui s’appelle le chaos et qui posera une question future aux personnes qui auront un peu plus de temps pour réfléchir à la chose: comment se fait-il qu’au royaume des films de 2h18 où l’ennui saisit parfois dès les premières minutes, ce Megalopolis tout aberrant qu’il soit ne nous ait pas ennuyé une seule micro-seconde? Ne vient-on pas d’assister au premier Monument du Cinéma directement taillé pour la DTV? GAUTIER ROOS
| 2h 18min | Drame, Science Fiction De Francis Ford Coppola | Par Francis Ford Coppola Avec Adam Driver, Giancarlo Esposito, Nathalie Emmanuel |
FRANCIS FORD COPPOLA: CANNES IS BURNING
Megalopolis est le film dont tout le monde parle à Cannes (hein, une liste? Une enquête de Médiapart? C’était il y a so deux jours…) et dont personne ne s’est remis. Revue de presse, à hurler de rire.
On s’attendait à voir Megalopolis animer la quinzaine cannoise, mais pas au point de mettre le feu aux poudres. Depuis hier, le film divise les festivaliers comme rarement, entre ceux qui taxent le film d’être un « effroyable nanar […] avec des acteurs en roue libre, des scènes nonsensiques et des dialogues absurde », de « gâchis […], comme l’adaptation d’une pièce de Shakespeare par Julie Taymor » ou encore de « réécriture de la série Rome de HBO par un millier de singes », et ceux qui crient au « chef-d’œuvre », de film « hors du temps, hors de toute considération de réussite ou d’échec », « par-delà le bien et le mal », de « nouveau Southland Tales« . En bref, l’essence même d’un film chaos. Notre panel cannois est d’ailleurs lui aussi déchiré, avec des 0 pointés, des palmes, et une moyenne de 2,6/5. On n’avait pas vu un tel bordel à Cannes depuis des années. Merci Francis.
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